La thèse est simple à énoncer, mais impossible à défendre : Kamto n’aurait jamais soutenu Tchiroma, dit-on. Sauf que les faits, eux, ne se réécrivent pas.
Avant de juger les postures, rappelons le contexte : le Cameroun n’est pas un laboratoire de démocratie libérale où les alliances se forment proprement, les règles s’appliquent équitablement et les acteurs jouent à armes égales. C’est un système verrouillé depuis des décennies, où les coalitions se négocient dans l’ombre, où les retournements sont une survie, où la pression sur les opposants prend des formes que les commentateurs depuis leur confort ne voient pas. Dans ce contexte, exiger des postures nettes, des soutiens publics formels et des lignes idéologiques pures, c’est appliquer les règles d’un jeu qui n’existe pas.
En effet, la politique camerounaise se joue à plusieurs niveaux simultanément : ce qui se dit, ce qui se tait, ce qui se négocie, et ce qui se subit. Réduire les choix d’un acteur à une seule de ces dimensions, c’est choisir de ne pas comprendre ou de faire semblant.
Avant le scrutin : Kamto a activement porté une logique de convergence entre forces d’opposition. Des discussions de coalition impliquant Tchiroma et Bello ont bien eu lieu. S’il avait voulu bloquer Tchiroma, il en avait les moyens politiques. Il ne l’a pas fait délibérément.
Pendant le scrutin : Les militants et/ou sympathisants du MRC se sont déployés dans les bureaux de vote y compris là où le FSNC était absent non pour défendre un parti, mais pour défendre un processus. Kamto, lui, appelait au vote libre et est même allé jusqu’à affirmer récemment et publiquement que la volonté du peuple avait été confisquée.
Après le scrutin :Des partisans de Tchiroma et certains ex-sympathisants du MRC reconvertis exigent que Kamto “reconnaisse la victoire de Tchiroma”. Oubli commode au-delà de tout ce qui a été cité précédemment: Kamto lui-même a été écarté d’un scrutin auquel il était attendu. Où était, à ce moment-là, cette même indignation de principe ?
Aujourd’hui : On exige de Kamto, depuis le Cameroun, qu’il revendique une victoire que l’acteur principal depuis la Gambie a lui-même du mal et, est à l’abri de toute pression de cohérence. Cette asymétrie n’est pas un accident. Mais la question essentielle c’est : lui reproche-t-on exactement ? D’avoir cherché des convergences dans une opposition fragmentée ? D’avoir laissé se mobiliser ses militants et sympathisants au-delà des frontières partisanes ? D’avoir refusé d’entériner des narratifs changeants au gré des intérêts ? Ou simplement : d’exister, et de tenir bon ?
La politique n’est pas un tribunal à sens unique. Mais quand un seul acteur doit tout justifier pendant que les autres réécrivent leur propre trajectoire sans contradiction, ce n’est plus du débat politique, c’est de la manipulation.
Par ailleurs, les faits restent têtus : Kamto n’a pas fracturé l’opposition. Il a navigué dans une opposition déjà fracturée comme tous les autres. La différence, c’est qu’on ne demande qu’à lui d’en répondre.
HF