Il y a quelque chose de profondément malhonnête ou au mieux d’intellectuellement paresseux dans cette manie de tout ramener au boycott de 2020, comme s’il s’agissait de la faute originelle expliquant à elle seule tous les blocages politiques actuels. C’est devenu un réflexe mécanique : quoi que fasse Maurice Kamto, quoi qu’il propose, quoi qu’il dise, on ressort le même argument, usé jusqu’à la corde. Le boycott comme péché initial. Le boycott comme disqualification permanente.
Ajouter à cela, une nouvelle variante s’impose : “S’il veut aller aux élections aujourd’hui, qu’est-ce qui a changé ?”
La question se veut maligne. En réalité, elle repose sur une confusion volontaire. Car rien, justement, n’a fondamentalement changé dans le système. Et c’est bien là le point que certains refusent d’affronter. Ce raisonnement simpliste suppose que tout se joue dans un choix binaire participer ou boycotter comme si ce choix, à lui seul, déterminait l’issue politique ou mieux, que l’histoire récente n’avait rien montré.
En réalité la rupture remonte à 2018, lors de la contestation de la présidentielle, moment où Maurice Kamto est devenu un acteur à contenir coûte que coûte. Depuis, tout s’est enchaîné avec une logique implacable : arrestation, pressions, restrictions.
Le cadre était déjà balisé. C’est pourquoi penser que la participation aux élections de 2020 aurait inversé cette dynamique relève non pas de l’analyse politique, mais du fantasme.
Alors non, la vraie question n’est pas “qu’est-ce qui a changé ?” La vraie question est : faut-il rester figé dans une posture, même lorsque le contexte impose d’adapter la stratégie ? Ce, d’autant qu’en politique, seuls ceux qui ne font rien ne changent jamais de tactique.
Ce qui dérange, au fond, ce n’est pas une supposée incohérence, c’est la persistance. C’est le fait qu’il continue d’agir, d’exister politiquement,de proposer, malgré les contraintes. Voilà ce que certains n’acceptent pas.
Parce que pendant qu’on disserte à l’infini sur le boycott, d’autres réalités, elles, sont têtues: Ceux qui se présentent comme les “lucides”, les “réalistes”, les “anti-boycott”, qu’ont-ils produits ? Ils ont participé, ils ont même siégé. Très bien. Et après ? Qu’ont-ils transformé de fondamental ? Quel rapport de force ont-ils réellement modifié ? Quelle rupture ont-ils imposée ? Pire encore : beaucoup accompagnent désormais le système qu’ils prétendaient équilibrer. Ils votent, ils cautionnent, ils s’inscrivent dans une continuité sans rupture visible.
Alors il faut poser la question franchement : si participer était la solution miracle, pourquoi ceux qui ont choisi cette voie n’ont-ils rien changé de décisif ?
On ne peut pas, d’un côté, accuser le boycott d’avoir affaibli l’opposition, et de l’autre, fermer les yeux sur l’échec manifeste de la participation à produire un basculement réel. La vérité, c’est que ce débat est devenu un écran de fumée.
Un refuge confortable pour éviter de regarder en face une réalité beaucoup plus dérangeante : le problème n’est pas une décision prise en 2020. Le problème, c’est un système politique qui limite et absorbe toute contestation sérieuse à laquelle elle participe ou qu’elle boycotte.
Dans ce contexte, s’acharner sur chaque initiative de Maurice Kamto n’a rien de lucide. C’est un détournement. Une manière de ne jamais poser les vraies questions. Une manière, aussi, de décourager toute action. Car au fond, c’est bien cela qui est en jeu : si chaque initiative est immédiatement tournée en dérision, si chaque tentative est disqualifiée au nom d’un passé qu’on refuse de contextualiser, alors plus rien ne peut émerger.
Et pendant qu’on répète en boucle “boycott, boycott, boycott”, non seulement rien n’avance… mais surtout, ceux qui n’ont jamais eu besoin de se justifier avancent, eux, très bien.
Est-ce réellement cela, votre objectif ?
Hanelore Fotso
Source: Facebook