J’ai lu la sortie de Boris Bertolt parlant de la pétition lancée par le professeur Maurice Kamto. J’avoue que ce genre de sortie se veut tranchante, mais elle passe complètement à côté de la réalité.
Dire que Maurice Kamto “jongle”, c’est faire comme si la politique au Cameroun était un terrain simple. Or ce terrain est verrouillé, déséquilibré, étouffant. Dans de telles conditions, s’adapter n’est pas de la ruse.
Mais le vrai problème est ailleurs.
On exige de l’homme une radicalité absolue. Une opposition frontale, spectaculaire, irréprochable. On lui demande presque l’impossible. Pourtant, l’histoire récente est là: lorsqu’il a été arrêté, qu’est-ce que cela a changé ? Rien. Le pays n’a pas tremblé, encore moins le peuple. Le silence a recouvert l’événement comme si de rien n’était. Lorsqu’il a été écarté du jeu électoral le 05 août, même scénario. Indignation, oui, mais action non.
Alors une question simple : que peut-il faire de plus, réellement ? Se sacrifier davantage ? Pour quoi ? Pour qui ? Pour un peuple qui observe, commente, critique… mais ne se lève pas ? Il faut avoir l’honnêteté de le dire : on ne peut pas exiger d’un homme ce qu’un peuple entier refuse d’assumer. On ne peut non plus réclamer l’héroïsme individuel dans un désert collectif. La politique n’est pas un spectacle où un seul acteur porte tout pendant que les autres jugent depuis les gradins.
Je vois certains évoquer aussi Issa Tchiroma Bakary, comme si tout reposait sur une alliance non réalisée. Mais regardons les faits. Revendiquer une victoire et ne même pas être sur le territoire dit déjà beaucoup. Mais au final, peut-être qu’il a eu raison de partir. Peut-être que cela montre simplement ce que coûte réellement la confrontation. Car résister n’est pas simple, et cela en dit long.
Alors oui, revenons à l’essentiel : que lui reproche-t-on exactement ? D’agir imparfaitement ? D’essayer autrement ou de proposer une pétition ? Mais que représente une pétition dans un tel contexte ? Ce n’est pas un gadget, encore moins une distraction. C’est un outil. Peut-être limité ou insuffisant, mais réel. C’est une manière de rassembler en créant une trace pour dire “nous existons encore et disons non”. C’est une tentative de transformer une colère diffuse en expression concrète. En effet, en politique, même les formes minimales d’engagement peuvent mener à la libération.
Il faut savoir que cette sortie ne dénonce pas seulement un homme. Elle révèle une contradiction collective. On ne peut pas rejeter ceux qui essaient ou agissent, tout en ne proposant rien de plus solide. On ne saurait disqualifier les initiatives tout en restant immobile, ni exiger des résultats sans jamais créer les conditions pour qu’ils existent. Dire “soit tu t’opposes frontalement, soit tu te tais”, c’est ignorer une vérité essentielle : dans certains contextes, exister politiquement est déjà un acte de résistance. Et si cela ne suffit pas, alors il faut avoir le courage d’aller au bout du raisonnement : qui fait mieux ? Qui essaie, concrètement, avec constance, visibilité et persévérance, malgré les blocages ? Le silence, encore une fois.
Alors non, le problème n’est pas qu’un homme “jongle”. Le problème, c’est qu’on attend de lui qu’il porte seul un combat que personne n’est prêt à mener collectivement. C’est cette attente irréaliste, presque injuste, qui finit par épuiser, décrédibiliser et isoler ceux qui, malgré tout, continuent d’essayer. Et pendant qu’on débat, qu’on critique, qu’on exige, plus rien ne bouge et surtout le camp adverse avance paisiblement.
Hanelore Fotso
Source:Facebook