LES ACTIVISTES CAMEROUNAIS ONT LE DROIT DE MANIFESTER : Réponse à Célestin Bedzgui

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La réalité est que nous vivons dans un régime policier que nous ne saurions associer à un Etat de droit et vous le savez très bien puisque vous invoquez la CAMDIAC sous son meilleur jour. Initiative dont vous aviez pris la tête mais dont les plus avertis savent que l’objectif caché était de renverser le régime actuel et qui se stoppa avec le décès de Pius Njawe. L’histoire sera témoin et reconnaîtra la droiture de ceux qui se seront vraiment battus pour des idéaux !

Cher Célestin,

J’ai lu avec une certaine consternation votre adresse aux activistes camerounais qui comptent se rendre en suisse afin d’interpeller le président Paul Biya sur la situation du Cameroun intitulée : « Ma réaction à la suite des incidents de Genève ». Une telle saillie relèverait de l’appel du pied à destination des autorités que vous ne vous y prendriez mieux. Que l’on se comprenne bien : ce n’est pas tant l’opinion somme toute de libre expression démocratique que vous exprimez qui m’importune ; c’est plutôt les qualificatifs dévaluants donc peu glorifiques que vous employez pour décrire cette diaspora dont vous fîtes autrefois partie (avec zèle !) qui m’interpellent.

A travers des expressions châtiées telles qu’« impudicité acitoyenne, improductivité de ces postures… » allant même jusqu’à faire une quantification de son poids électoraliste puisque, dites-vous, « moins de 1% de cette population indexée ne dispose pas de carte d’électeur » et vous en appelez à « des mesures qui doivent être prises pour la sauvegarde du prestige ». Eh beh dis donc !

 Il s’agit ni plus ni moins d’un réquisitoire et nous allons essayer d’occurrencer les faits de manière holistique pour qu’on se comprenne bien. J’entends dire ici que nous allons prendre de la hauteur afin de pouvoir analyser ces excroissances nationalistes (les activistes en sont, ne vous en déplaise !), afin de comprendre pourquoi une frange de votre point de vue insignifiante du peuple camerounais a pris les autres en otage depuis l’étranger.

Mais, rien qu’en posant le problème de cette façon, il y a un biais paradigmatique, car c’est le contraire qui est vrai : les institutions camerounaises en l’état, prennent en otage une majorité de Camerounais qui peinent à s’exprimer sous peine de détentions arbitraires et de privations de tous ordres dont vous êtes pertinemment conscient, mais que votre bicéphalisme vous empêche de voir. Quand la schizophrénie s’insinue au fond de votre être, par le truchement de votre complexion ambiguë, vous trouvez les activistes bien méchants pour la démocratie. N’oubliez pas toutefois ce que disait le savant Einstein : « Ne faites rien contre votre conscience, même si l’Etat vous le demande ».

DE MON RAPPORT AUX ACTIVISTES

Aucun ! Je n’en connais aucun directement mais j’observe leurs actions et essaie de les analyser selon les principes herméneutiques d’un Dilthey : Comprendre et expliquer. Que l’on se comprenne donc bien, je n’ai aucune sympathie a priori pour les actes commis contre ma nation si ceux qui l’incarnent sont irréprochables et si les institutions qui représentent l’Etat dans ses différents démembrements sont elles-mêmes respectueuses à la fois des textes et des populations qui y séjournent. Je n’ai rien contre l’Etat qui serait donc la mesure de tout acte citoyen car il serait un Etat arbitre, un Etat régulateur à défaut d’être un Etat stratège. Pouvez-vous me regarder droit dans les yeux et me dire sans sourciller que c’est le cas ? Vous qui avez dû vous exiler des années durant aux USA sous peine de vous faire arrêter dès votre retour au Cameroun ?

Parlons de ceux que vous avez en grippe ces derniers temps et qui vous donnent de l’urticaire, à savoir les activistes camerounais.

Vous le savez sans doute, pas grand-chose de ce qui relève du champ politique camerounais ne m’échappe depuis 11ans que j’ai mis sur pied mon parti politique LCN. Vous et moi nous connaissons bien. Vous savez bien que par choix, j’ai décidé de ne pas être un activiste afin de me focaliser sur le champ politique pur des idées et propositions, mais ce n’est qu’un choix parmi d’autres. Cela fait partie d’une stratégie de positionnement dans le jeu politique. Mais une nation se bâtit aussi de ses contradicteurs et les activistes participent de ce champ politique-là car comme le disait Hannah Arendt : « Priver un individu de ses droits fondamentaux, c’est d’abord le priver de la capacité du politique ». Ces manifestations protéiformes de la diaspora sont de toute évidence des réponses à la privation des libertés que subissent des franges de la population camerounaise perçues comme hostiles au système en place dans le pays. Le musellement forcené des citoyens fait le lit de la radicalité systématique des citoyens qui crient leur colère.

QU’EN EST-IL DES CONTESTATAIRES AILLEURS ?

Dans des pays comme la France, ce sont ces contre-pouvoirs qui de tout temps, ont permis des avancées politiques, sociales, voir économiques.  Les 2 semaines de congés payés n’auraient jamais été octroyées aux salariées si le Front populaire (la gauche) n’en avait brandi l’étendard de la révolution sociale en 1936 dans des contextes sociaux défavorables aux salariés : « Germinal » de Zola est la preuve concrète des conditions de vie dans les corons à la fin du XIXe siècle. Plus près récemment en France, il fallut des manifestations populaires très critiquées du gouvernement contre la loi travail El Khomri, ensuite sous Macron, pendant plus d’un an, « les gilets jaunes » qui ne sont que des citoyens (quidams) ont bravé les lois de la France bourgeoise et des privilèges pour esquisser des avancées sociales sur les conditions de vie précaires de millions de Français. Ceux que l’on traite d’agrammatôs ne sont certes pas des académiciens, mais ce sont eux qui ont fait les révolutions dans le monde : les bourgeois n’ont pas pris la Bastille, ni inversé le cours de la guerre d’indépendance américaine en 1776. Ce sont les sans-culottes, les lumpens prolétariens, les sans-dents et autres « Tiers-Etat » dans une société stratifiée qui ont bravé les obstacles pour libérer leurs peuples du joug oppresseur de la monarchie absolutiste en France.

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Vous ne pouvez donc vous permettre d’avancer que les activistes n’ont pour but que de salir l’image du Cameroun. Personnellement, je les trouve même courageux à défendre leurs convictions dans des pays où certains encourent des peines de prison.

Là Où VOUS AVEZ RAISON : ILS DEVRAIENT LE FAIRE CHEZ EUX

A vrai dire, je pourrais vous donner raison sur un point : ils devraient le faire chez eux ! Chez eux ? Parlons-en, voulez-vous !

Vous avez fait un calcul statistique dont le but est de démontrer l’insignifiance de cette population qui manifeste et d’induire par le fait le peu d’incidence qu’ils ont sur l’échiquier politique. Quand bien même cela serait, ont-ils répudié leur citoyenneté camerounaise ? Il me semble que l’appartenance à la nation est dans leur naissance et non le fait des attributs superfétatoires à finalité politicienne que vous brandissez pour jouir de scélératesses indues dans un océan de misères et de souffrances.

Depuis l’élection présidentielle de 2018, toutes les marches de l’opposition liées à Maurice Kamto ont été interdites : son meeting improvisé au Rond-Point Longkak devant quelques supporters, interdit ! Sa marche pacifique du 26 janvier 2019 à Douala, interdite et réprimée par des tirs de balles puis, en corollaire une incarcération de presque 10 mois avec pour motif rébellion-sédition, alors même qu’il s’opposait aux résultats des urnes comme cela se fait dans plusieurs pays dans le monde, y compris les plus grandes démocraties comme les USA. Récemment encore, sa marche du 22 septembre 2020 fut interdite et lui-même gardé en résidence surveillée jusqu’à la fin des élections régionales du 06 décembre. J’étais au Cameroun à ce moment-là et jamais je n’ai vu pareil déploiement des forces armées pour interdire une marche dans une démocratie. Pourquoi un tel acharnement ? Je vais ici illustrer mon propos.

Vous au PAL vous pouvez organiser les réunions qui vous chantent, moi au LCN aussi. Djeukam Tchameni peut très bien se réunir avec Cap Liberté, le PCRN n’a aucun problème avec les réunions publiques. Djamen a même pu lancer son mouvement APAR récemment avec la bénédiction des autorités. Voyez-vous cher Monsieur Bedzigui, ce déséquilibre manifeste dans le traitement du parti de Monsieur Kamto devrait interroger toutes les personnes férues du respect des institutions et vous devriez éviter ce jeu de la division par la stigmatisation globale d’un mouvement politique : Pointer des incohérences au sein d’un appareil est une chose, systématiser l’opposition à un mouvement dénote une idéologie totalitaire. La loi N°90/055 du 19 décembre 1900 fixant le régime des réunions et des manifestations publiques est claire en son article 3 alinéa 1 : Les réunions publiques, quel qu’en soit l’objet, sont libres. Ah oui bien sûr, vous m’objecteriez qu’il faut une déclaration préalable suivie d’une autorisation spéciale. La vérité est que cette limitation de la loi au droit de manifester n’est qu’un artifice juridique décidé par le président pour reprendre d’une main (la limitation), ce qu’il autorisait légalement de l’autre main à savoir la légalisation des partis politiques par la loi N°90-056 promulguée le même jour, soit le 19 décembre 1990.

LE CAS DU MRC

Dans le cas du MRC, il est constamment invoqué un trouble à l’ordre public. Cher Monsieur Bedzigui, vous et moi savons pertinemment pourquoi ce parti est interdit de manifestation. C’est que la personnalité et le potentiel électoral de Maurice Kamto dérangent les autorités camerounaises dans leur sommeil. Il est évident que la dernière élection présidentielle a dessiné un certain paysage politique au Cameroun et des lignes de front se sont clairement dessinées avec une vision réaliste du poids des mouvements politiques dans notre pays.  Dans cette nouvelle configuration, le MRC occupe une place non négligeable qui pourrait menacer l’ordre établi et il faudrait arrêter de faire l’autruche pour comprendre que le parti le mieux préparé lors de cette bataille à laquelle j’ai pris part aux côtés d’Akere Muna, était le MRC.

Simplement, et là j’abonde dans votre sens, un ultraradicalisme militant s’est instauré subrepticement, par capillarité et de plus en plus ouvertement au sein même de ce parti, au point que son leader lui-même semble dépassé par les événements. En effet, des réunions se tiennent en son nom et lui-même semble surpris par leur organisation (la dernière en date étant celle du 03/07 dernier), ce qui fait désordre dans une organisation à l’apparence structurée par la rationalité de son maître. Des failles apparaissent telles que le « bug informatique et financier » qui aura engendré une prise de distance manifeste entre lui et son ancien allié Penda Ekoka et des communications brouillonnes accentuent le malaise. Si l’on y adjoint le comportement vulgaire, primesautier et cavalier de certaines personnes se réclamant de son parti qu’un enseignant de Yaoundé familier des plateaux télévisuels qualifie de « Kamtolâtres », on peut aisément en déduire les conclusions auxquelles vous arrivez. Toutefois, j’entends vous prouver que c’est par un biais de confirmation que vous arrivez à cette conclusion.

Certes, le noyau dur du MRC a une coloration tribale. C’est leur choix et très souvent un choix politique a des fondements souterrains, non rationalisés. Il s’agit donc moins de rationalité parfois que d’affect. Pourquoi aime-t-on tel homme politique et moins tel autre ? Très souvent ces mécanismes subtils relèvent de l’inconscient qui est un coconstruit social et notre inconscient de Camerounais est encore fortement empreint d’un ethnicisme qui échappe même parfois à ses auteurs. On ne saurait donc les blâmer pour cela. D’ailleurs, les électeurs de l’UDC sont Bamoum pour l’essentiel et ceux du PCRN ont des origines Bassa pour la majorité. Chacun défendant le parti du pays ou d’un enfant du pays. Ainsi est la composante anthropoculturelle dont le politiste camerounais doit fortement tenir compte, sous peine d’ignorer les soubassements sociologiques des suffrages des camerounais. Il suffit d’aller dans le sud pour comprendre la nature phagocytaire du parti Etat RDPC dont les cotisations se font sur la base des postes à responsabilités qu’occupent les militants de ce parti. Moralité : vous voulez progresser, il faut faire grandir le parti. Vous voulez exister, il faut adhérer au parti, pour « entrer dans la danse » qui en déclinaison camerounaise signifie « manger aussi »

Cependant, peut-on rendre responsable de tous les actes du parti les débordements de quelques-uns qui s’expriment en son nom ? Ce serait un paralogisme et un artefact qui n’arrangent que les détracteurs du mouvement.

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Monsieur Bedzigui, si le gouvernement veut éviter que des ressortissants camerounais ne salissent l’image du pays en dehors des frontières nationales, la chose à, faire, c’est qu’il permette aux manifestants de tous partis de s’exprimer au sein du triangle national, sans répression autre que celle qui viendrait des déprédations commises. Cela signifierait que les libertés individuelles sont tolérées, que les manifestations sont autorisées et que l’Etat accepte les exigences de la démocratie participative. Car de quoi a-t-il peur ? Pourquoi réprime-t-il toutes manifestations d’un seul parti qui ne trouve qu’autre lieu d’expression que les rues de nations étrangères, qui témoignent d’ailleurs là, de leur respect de la pluralité d’opinion ?

Oh oui mon cher aîné, ainsi naissent les totalitarismes ! Les totalitarismes naissent de l’incapacité structurelle d’un Etat à se regénérer par la confrontation des idées et la perpétuation du même par l’arbitraire, la coercition et l’annihilation de toute pensée contraire perçue comme subversive. Cette hydre polycéphale génère ainsi un état quasi stationnaire (mais profondément instable) au sein duquel mugissent des velléités souterraines d’implosion de l’ensemble. Cela se passe chez nous aussi ! A ce propos, la sociologue Hannah Arendt nous rappelle que « le totalitarisme transforme toujours les classes en masses, substitue au systèmes les partis, déplace le centre du pouvoir de l’armée à la police et met en œuvre une politique étrangère visant à la domination du monde ». Dans le cas du Cameroun, il s’agit moins de domination du monde que d’écrasement de la velléité contestataire ou irrédentiste interne.

DE LA SACRALITE DU CHEF DE L’ETAT

A un moment de votre propos, j’ai failli m’étrangler par le discours épidictique à l’endroit du chef de l’Etat que vous assénez à vos lecteurs. Car oui, vous en avez appelé à la sacralité du chef de l’Etat qui, selon vous, serait une institution. Je m’inscris encore en faux avec une telle assertion, qu’il ne vous est possible d’asséner que parce que vous êtres devenu un auxiliaire de l’Etat en votre qualité de chef traditionnel. Votre autorité de tutelle étant le sous-préfet puis le MINAT, il est donc évident que le chef de l’Etat qui est l’instigateur du décret N°2013/332 du 13 septembre 2013 modifiant en votre faveur certaines dispositions du décret N°77/245 du 15 juillet 1977 portant organisation des chefferies traditionnelles, est d’abord l’autorité qui vous rémunère.

Mais voyez-vous cher Monsieur, autant vous invoquez la tradition africaine pour le placer au sommet de la hiérarchie traditionnelle en sa qualité de patriarche entérinant de fait la subordination des autorités traditionnelles à la tutelle administrative, autant vous faillissez de fait à l’idéal républicain en même temps que démocratique. En effet, Sa Majesté Bedzigui, Une République n’est pas une monarchie et Paul Biya n’est pas un roi, mais un président. Ce qui entraîne une conséquence préliminaire : Il tire sa légitimité des suffrages qui peuvent tout aussi bien le démettre en cas de faute, par le fait des contrepouvoirs dans toute démocratie, y compris sous les antiques. Il faut considérer l’Etat comme un régulateur de tensions sociales et non comme une oligarchie où les privilèges des uns empêchent jusqu’à la sacro-sainte expression des citoyens. Or c’est bien ce dont il s’agit quand on analyse les discours de ceux qui proposent de laisser le chef de l’Etat en paix. Il ne peut être en paix, car il est par définition le principal régulateur des tensions qui naissent au quotidien entre des rationalités contingentes d’acteurs relativement libres utilisant des sources de pouvoir à leur disposition pour défendre des intérêts souvent contradictoires !!!

En France depuis Sarkozy, aux USA encore récemment avec les troubles apparus au Sénat suite à l’échec électoral de Donald Trump pour ne citer que ces 2 démocraties ? Eh beh on proteste ! On conteste la légitimité même de nos élus ! Les citoyens cassent même parfois, mais on arrive à une forme de consensus et la démocratie c’est cela. Alliée au républicanisme, elle devient la condition d’exercice de la citoyenneté qui ne doit en aucune manière être brisée. Le chef de l’Etat a certes droit au respect dû à son rang, mais les citoyens en colère ont tout autant le droit de dire leur mécontentement où cela leur chante, y compris de s’opposer aux institutions qui les représentent quand ils s’estiment bafoués dans leurs droits et dignité ! C’est le principe de base de toute République par opposition aux régimes dits totalitaires. Le devoir de s’indigner est un droit, la capacité de protester est une nécessité citoyenne : elle témoigne de la vitalité démocratique. Et je l’affirme haut et fort : On peut à la fois aimer son pays et détester ses dirigeants. C’est même un socle essentiel des règles du jeu politique qui inclinent à laisser la majorité des suffrages décider du sort de toutes les autres sensibilités contraires. Le nier revient à amodier (ramollir) notre conscience nationale en faisant de nous des écornifleurs qui se faufilent dans les failles du système.

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Les partisans du MRC n’ayant pas d’autres tribunes, ni modes d’expression que la rue, ils s’expriment comme ils le peuvent et cette exclusion territoriale du jeu démocratique est celle que vous devriez contester. Cette ostracisation d’un parti dont le représentant a quand même été crédité officiellement d’une 2e place à l’élection présidentielle avec plus de 14% des suffrages exprimés est un non-sens qui engendre un extra-territorialisation de la contestation. Dans d’autres pays, le jeu démocratique a entrainé des changements de logiques d’appareils ; ainsi en a-t-il été en RDC dans le jeu Tshisekedi-Kabila après des négociations préélectorales avec J.P. Bemba, Fayulu, etc. ; Au Gabon aussi, Jean Ping a pu tenir des réunions sans connaître les affres de la prison, Gbagbo sera peut-être encore candidat en Côte d’Ivoire, etc.

Au Cameroun comment se fait-il qu’un parti ne puisse tenir de meeting ? Sommes-nous revenus au 13 juillet 1955 où l’UPC fut interdite par le gouvernement français ?

Un reproche fait à Maurice Kamto à tort ou à raison, c’est d’avoir volontairement ou non, personnifié l’alternance du pouvoir au Cameroun, c’est-à-dire de façon consciente ou pas, instillé la croyance qu’il serait l’unique alternative au chaos orchestré par le régime actuel. Cette image anthropomorphique de l’homme providentiel participe de la théorisation du sectarisme tribal par les idéologues du radicalisme institutionnel, qui en profitent pour bâtir une théorie fallacieuse des Bulu contre Bamiléké, extraction grossière et captieuse du fameux ethno-régionalisme camerounais. Mais c’est aussi son droit et c’est une stratégie politique qu’on est en droit d’accepter ou pas.

POUR FINIR

Dans la foule de manifestants qui sont à Genève, il y en a certains que vous semblez passer par pertes et profits : les anglophones Ambazoniens. Ces personnes dont nous vîmes le traitement dégradant par nos armées dès 2016 dans le NOSO, se sont radicalisées au point de s’organiser en hordes de combattants qui ont déjà fait plus de 1200 morts dans les rangs de nos forces armées. S’ils continuent de clamer leur souffrance, voire leur haine de l’Etat « LRC » comme ils surnomment le Cameroun, c’est bien parce que la situation dans ces 2 régions du pays est loin d’être résolue et nous devons arrêter de faire l’autruche face à cette tragédie.

Dans une récente tribune que vous trouverez facilement sur Internet, j’avais élaboré un petit traité pour résoudre la crise du NOSO mais visiblement, nous sommes face à un Etat autiste dont l’action armée est la seule issue probable, ce qui laisse encore augurer de sang et de larmes dans bien des familles camerounaises.

Pour finir, les détournements des fonds sont décriés sans qu’aucune réelle sanction ne soit prise de façon directive, grâce à un volontarisme d’Etat affirmé. Comment comprendre une impunité aussi criarde dans un Etat stationnaire au laxisme si prononcé et s’enorgueillir d’une gestion saine des finances publiques ? Des sentences fermes seraient la meilleure illustration d’une mise sous coupe des effets pervers d’un système de corruption généralisé que vous peinez à voir, car vous être si content d’être rentré au pays et d’avoir bénéficié de rogatons par le biais de vos cooptations.

Pensez-vous vivre dans un Etat structuré ? Les institutions le sont pour une certaine élite qui l’interprète au gré de ses accointances et intérêts. A vrai dire, vous n’en faites même pas partie mais vous caressez visiblement le secret espoir d’en être.

A la vérité, cher frère, les circuits de décision de cette machine infernale sont imperméables à des personnes comme vous qui ne doivent pas être considérées comme fiables, ni a à nous autres considérés comme indociles : c’est de l’entre-soi entre copains de facs, d’Enam et anciens séminaristes qui forment des micro clans et communiquent grâce à des passerelles entretenues par des hommes d’affaires véreux dont certains ne me sont pas inconnus.

La réalité est que nous vivons dans un régime policier que nous ne saurions associer à un Etat de droit et vous le savez très bien puisque vous invoquez la CAMDIAC sous son meilleur jour. Initiative dont vous aviez pris la tête mais dont les plus avertis savent que l’objectif caché était de renverser le régime actuel et qui se stoppa avec le décès de Pius Njawe. Nul doute qu’il serait fortement déçu de lire ce sacro-saint repli stratégique de votre part dans l’espérance secrète d’un maroquin, un de ces jours pour services rendus à la patrie ? Les experts en batelage d’estrade font aussi la représentation politique la plus ostensible et au Cameroun, nous en connaissons quelques-uns.

L’histoire sera témoin et reconnaîtra la droiture de ceux qui se seront vraiment battus pour des idéaux !

Salutations cordiales,

Prof. Henri Georges Minyem

Enseignant à l’université de Paris-SACLAY

Président du parti politique LCN (LE CAMEROUN NOUVEAU)

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