COVIDGATE ET SOUVENIR PAUL BIYA ET LE NETTOYAGE DES ECURIES D’AUGIAS: RIEN N’EST PLUS POSSIBLE

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Depuis que, chose extrêmement rare dans une « verbalocratie », le chef de l’Etat a fait arrêter quelques directeurs généraux des sociétés d’Etat pour répondre de la gestion des entreprises dont ils ont eu la charge, il y a un branle-bas, une panique et des gesticulations indescriptibles dans la pétaudière du Renouveau !

Ici et là, des pêcheurs en eaux troubles, pas toujours au-dessus de tout soupçon, ont déjà, comme d’habitude, embouché les trompettes trompeuses et ennuyeuses des motions de soutien, une manière comme une autre déjà éprouvée par le passé pour divertir par la flagornerie le Prince et tenter de se mettre à l’abri de ses colères et de ses sautes d’humeurs saisonnières et imprévisibles. Ne nous attardons pas outre mesure sur ces motions et marches de soutien anachroniques : nous savons, depuis le « multipartisme précipité », que dans l’agitation politique clientéliste, elles sont de temps en temps commanditées et sponsorisées pour soutenir une chose ou son contraire.

Et cela se comprend : ce n’est jamais la girouette qui tourne, c’est toujours le vent qui change de direction ! Il y en a qui, amusés, observent et rient sous cape. Ils y sont déjà habitués et ne se laissent plus prendre au piège des mises en scènes grotesques que les régimes totalitaires organisent de temps à autre pour éblouir, flouer et reconquérir un peuple toujours grégaire et naïf. Ils se rappellent le sort des slogans « Rigueur et Moralisation » des années 82-84, les théâtrales arrestations de Titus Edzoa, Thierry Atangana, Mouchipou Séidou et Désiré Engo qui ont été présentées en leur temps comme les déclencheurs de bouleversements et de cataclysmes dans l’histoire de l’assainissement des mœurs politiques et de la gestion économique dans notre pays.

Puis, plus rien ! Ils savent aussi qu’ils ont affaire à un disciple de Machiavel et se souviennent : « ils avaient tous tort ; quelques-uns furent sacrifiés et tout rentra dans l’ordre » ! Quoi qu’il en soit, autant il serait malhonnête de dire que rien n’est en train de se passer au Cameroun, autant on est tout aussi fondé à se demander pourquoi cette opération ne commence que maintenant alors que depuis plus de dix ans, avec l’histoire des Baleines, tout un ministre, relayé par la Presse et l’Opposition qui sonnaient l’alarme, n’ont eu en retour que mépris, désaveu et exigence narquoise de preuves ! Pour ma part, l’assainissement des finances publiques et la lutte contre la corruption, surgissant sur le tard, ressemblent au « Nettoyage des Ecuries d’Augias » et au combat contre une hydre à mille têtes, dont deux repoussent à chaque fois qu’une est tranchée.

Il s’agit donc de Travaux d’Hercule, ordonnés par Eurysthée (les Bailleurs de fonds) pour atteindre le « Point d’Achèvement », le seul programme économique qui nous reste depuis bien longtemps et qui permettrait au Prince « de réaliser ses Grandes Ambitions afin d’entrer dans l’Histoire comme celui qui aura apporté la Démocratie et la Prospérité ! ».Dans la mythologie grecque, Augias, roi d’Elis, pays situé au Nord-Ouest du Péloponnèse, était le propriétaire d’un immense troupeau de trois mille (3 000) bêtes qu’il avait confinées dans des stalles qui n’avaient pas été nettoyées depuis trente (30) ans.

Mais il arriva enfin qu’il faille le faire en un jour et sans aide. Cela constitua le sixième des Douze Travaux d’Hercules qui, pour y parvenir, détourna deux grands fleuves, l’Alphée et le Pénée et les fit passer à travers ces écuries !Les Ecuries de M. Paul Biya, il faut le reconnaître, n’ont pas trente (30) ans de crasse, mais 24 ! Mais, avec six petites années de différence seulement, « en sommes-nous si éloignés » ?

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Quant à son cheptel, si nous prenons tous les ministres, les directeurs des sociétés et tous ceux qui, au nom du Parti au pouvoir, de l’Etat, de l’Administration, de la tribu, du clientélisme triomphant, des fratries et de toutes les conjurations ont eu accès à la gestion des fonds publics, on ne peut pas dire qu’elles ne soient pas autant sinon plus peuplées que celles d’Augias. Maintenant que les deux rois, leurs royaumes et leurs problèmes se superposent et se confondent, continuons le parallélisme.

Leurs destins étant désormais liés, si je parle de l’un, c’est que je parle aussi de l’autre.En trois décennies, les 3000 bêtes du Roi, exceptionnellement bien nourries, tout comme les gestionnaires de M. Biya, se sont naturellement multipliées et leurs déjections et déchets divers (indélicatesses de gestion) se sont accumulés et, piétinés jour et nuit par tant de pattes, se sont compactés, stratifiés, pétrifiés, au point de faire corps avec le plancher et le reste de la construction.

Le nettoyage devrait donc tenir compte d’une résistance farouche et exiger une volonté inébranlable, beaucoup de courage, de sueur, de persévérance mais surtout, un matériel lourd et approprié : des marteaux-pilon et des burins, manuels ou électriques. Mais, par-dessus tout, il faudrait pouvoir accepter le risque de secouer l’édifice, de l’endommager, de l’ébranler dans ses fondements, de le voir s’écrouler ! C’est ce risque que prend Hercule en faisant passer deux grands fleuves à travers les écuries d’Augias : celui d’inonder tout le royaume, d’ébranler les colonnes, les murs et de voir emporter les installations, leurs habitants et peut-être aussi, leur propriétaire si ce dernier ne s’est pas au préalable aménagé un abri ou une porte de sortie !

Ceci n’a été possible que parce que c’est Hercule, une force extérieure, neutre, sans intérêts autres que le nettoyage, qui prenait en main la titanesque entreprise ! Augias, nettoyant lui-même ses écuries, aurait-il accepté d’utiliser les mêmes moyens, de prendre les mêmes risques, notamment ceux de perdre ses écuries et ses bêtes ou de voir ainsi sombrer sous les eaux son royaume et toute sa raison de vivre ? Assurément non ! L’instinct de conservation porte à croire qu’au bout de quelques efforts et de quelques strates, tout humainement, il aurait choisi de s’accommoder à la puanteur ambiante pour sauver son royaume. Augias, n’en déplaise à ses courtisans, ne sera jamais ce Monsieur Propre, ni l’ambassadeur et le porte- flambeau de l’hygiène et de la salubrité publiques qu’ils veulent nous présenter, simplement parce qu’il a, sur le tard, donné quelques coups de pioche sur une montagne d’ordures qui, à force d’attendre, est devenue un rocher : propriétaire des écuries, des stalles, des bêtes et des lieux, il lui revenait, en maître absolu qu’il était et qu’il est, de donner le ton, de veiller et de répondre de la propreté de son environnement.

C’est bien parce qu’il aura voulu qu’il en soit ainsi qu’il a tant attendu et que tant de déchets se sont accumulés. Il ne se résout enfin au nettoyage qu’à son corps défendant, contraint qu’il est par Eurysthée (les bailleurs de fonds ?), pour des raisons de force majeure, bien au-dessus de sa propre volonté. Quel crédit lui accorder ? Quand on voit un pyromane au volant d’un camion-citerne, le bon sens veut qu’on pense plus à un camion d’essence qu’au camion d’eau de sapeurs-pompiers !

Si Augias, comme on veut nous le faire croire, était si allergique à la saleté, comment aurait-il attendu 24 ans pour se décider à nettoyer ses écuries, alors que depuis des années déjà, un ministre de la Fonction Publique avec 42 dossiers de baleines, des plaintes, des odeurs pestilentielles venant de toutes parts, des épidémies récurrentes subséquentes touchant les caisses du trésor public et entraînant des fermetures d’entreprises, des restructurations sans lendemain, des privatisations-délits-d’initié-appropriation, des licenciements sans paiement des droits, des baisses de salaires de 70% , des « déflatages » et des grognes sociales annonçaient en vain que le seuil du supportable était depuis longtemps dépassé ?

Le nettoyage des Ecuries d’Augias par lui-même est d’autant plus difficile que non seulement il ne le sent pas comme une nécessité (parce qu’il n’en est pas gêné !) mais bien plus, il n’est pas exagéré ou trop cynique de penser qu’il cultive et tire de la pourriture, de la putréfaction et de la pollution alentour le fumier et le ferment qui fertilisent, revigorent et pérennisent son pouvoir. C’est pourquoi un tour panoramique dans les entreprises d’Etat nous fait observer qu’elles ont été subrepticement privatisées et distribuées à des amis et affidés.

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Car comment expliquer autrement que des directeurs fassent dix, quinze, vingt ans ou plus à la tête des mêmes entreprises, sans contrôle et sans obligation de rendre périodiquement compte de leur gestion, au point où eux et tous les leurs finissent par les confondre avec le patrimoine familial ? S’agit-il encore là de la res-publica (chose publique) ?Comment expliquer que des gens qui ont amené des entreprises à la faillite aient été presque systématiquement tous nommés à la tête d’autres ou promues à des postes toujours plus juteux comme si on leur témoignait une certaine reconnaissance ?

Ce paradoxe est aggravé par les cumuls qui viennent très souvent s’y greffer, quand ils sont nommés à de nouveaux postes de responsabilité tout en conservant les anciens, comme si en dehors d’eux, plus personne ne pouvait y prétendre ! Cette situation crée des insubordinations en cascade, donc de l’anarchie, chacun marquant et défendant bec et ongle « son territoire » comme des animaux dans une jungle et ne se reconnaissant plus aucune tutelle d’où quelqu’un lui exigerait quelques comptes.

C’est ce qui se passe entre la Primature, la fonction Publique et l’ENAM au sujet de ce concours « truqué » qui défraie la chronique, ou entre la Primature, les ministères des transports et du Travail et les Aéroports du Cameroun (ADC) au sujet des licenciements abusifs des délégués et autres travailleurs qui y sont récurrents et où le Directeur refuse de se soumettre aux injonctions des inspecteurs du travail et de ses tutelles et même des services du Premier Ministre ! Mais ces insubordinations, luttes d’influence, conflits de compétence et de personnes, formes de pollution politique, sont souhaitées, provoquées et subtilement entretenues dans la mesure où elles affaiblissent la périphérie et appellent l’arbitrage central et discrétionnaire du Très Souverain Augias qui s’en sortira toujours plus que puissants et déifié !Le respect des quotas tribaux dans l’accès à la Fonction Publique, la politique de l’équilibre régional et de la nomination à des hauts postes de responsabilité comme récompense au sens et au nombre de votes d’une région ne sont pas là pour faciliter le nettoyage des écuries.

Cette philosophie fait des ministres et autres gestionnaires, non pas des gens qui peuvent se revendiquer quelque mérite, mais plutôt des passerelles pour la redistribution clientéliste du fruit de la corruption électorale qui a porté le régime au pouvoir et qui doit l’y maintenir ! Ce qui fait croire à ces mandataires tribaux qu’ils peuvent impunément et sans limites puiser dans leurs caisses pour soigner l’image d’un régime illégitime et entretenir l’électorat ethnique. Maintenant que contre toute attente semble avoir sonné l’heure des comptes (?), on se demande bien qui endossera la note.

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On comprend les frustrations et les révoltes des victimes qui ressentent leur arrestation comme une injustice ou une trahison et s’indignent de se voir ainsi lâchées et sacrifiées par le Parti et le Grand Camarade auxquels ils ont tant donné et pour la gloire desquels elles ont avalé et fait avaler tant d’énormes couleuvres !Depuis toujours, la moindre promotion et le moindre poste de responsabilité appartenant au parti, celui-ci attend bien le retour d’ascenseur pour vivre et pour survivre. Ceci est d’autant vrai qu’au Cameroun on ne vient pas au RDPC pour militer, mais pour avoir des privilèges, des trafics d’influence, des passe-droits, bref l’immunité et l’impunité. Il faut bien, au bout du compte, se montrer reconnaissant en finançant les campagnes, le train de vie des dignitaires et de leur entourage, les caprices des égéries et les autres événements de prestige décidés par la double hiérarchie, puisque chez nous il y a confusion entre l’Etat et le parti au pouvoir !

Et Dieu sait combien depuis 1998 que les cartes de cotisation ont disparu (faute de cotisants volontaires !) les gestionnaires et leurs caisses ont été sollicités pour les grandes ambitions du Roi et de sa Cour ! Quand, pour un événement comme le Sommet France-Afrique, un congrès ou autres on demande à un directeur de société ou à un ministre de contribuer en centaines de millions, on comprend bien qu’il ne lui est pas demandé de solliciter ses économies propres ou son salaire.

Et comme ces gracieusetés et largesses, à ce qu’on dit, sont toujours remises sans reçu pour le grand bonheur de multiples commanditaires et intermédiaires réels ou supposés, on comprend que dans ces conditions, le bilan soit impossible et que le nettoyage des écuries risque d’ouvrir la boite de Pandore d’où jailliront des monstres qu’Augias aura vraiment du mal à maîtriser ! Pour se donner quelques raisons de vivre et d’espérer, on peut se dire que mieux vaut tard que jamais tout en présumant qu’Augias ira jusqu’au bout. Mais après tant d’années où le temps, le climat, la ruse, les complicités, les alliances objectives ou contre-nature, l’oubli et même la mort ont permis de dissimuler les traces, d’effacer les empreintes et de faire disparaître certaines preuves, où peut-on désormais fixer ce bout ?Un doute subsistera toujours quant à la profondeur et à la sincérité de ce nettoyage qui risque de laisser les plus optimistes sur leur faim.

Quand le cancer s’était déclaré, l’attention d’Augias avait été immédiatement attirée. Pour des raisons qui lui sont propres, il a attendu que les métastases gangrènent tout son sérail, toute son administration et tout le corps social. Il ne lui reste plus aujourd’hui que l’invalidante thérapeutique de l’amputation, qui, à ce stade de la maladie, ne produit même plus de résultats. Pendant 24 ans que le royaume était en feu, Augias exigeait des preuves et ne tenait pas compte de celles qui lui étaient présentées. Et j’aurai toujours beaucoup de mal à croire et ou à applaudir un pyromane même quand sur le tard, il me jure qu’il devient pompier.

Le royaume est déjà en cendres et il est peut-être trop tard ! Tant qu’en plus de la répression pénale l’argent et les biens indus n’auront pas été récupérés, toute cette opération n’aura été qu’une arlésienne dont on aura beaucoup parlé, mais qu’on aura très peu vue !

Yaoundé, en l’an 2006

Source: Jean Takougang

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