Un pays où il ne se passe jamais rien ? La seule politique, c’est la position ? Le positionnement ? Tout ce que la politique devrait faire, on attend. L’autoroute Douala-Yaoundé, on attend. L’argent du Covid, on attend. L’affaire Martinez Zogo, on attend. Même le remaniement, on attend. Voilà un pays où la politique ne fait rien, à part les anniversaires et les gâteaux! Oui, on fait la politique pour manger.
On veut rester au pouvoir pour en profiter. Pendant que nous, comme ça, on est sur l’affaire Epstein, ces grands de ce monde qui couchent avec des enfants et ont des cimetières secrets où ils enterrent ni vu ni connu.
Pendant qu’on croit qu’on est encore sur Epstein, Bing! C’est sur Trump et Israël qui ont lancé une affaire en train de les dépasser, où la guerre, c’est devenu lâcher les bombes et tuer les dirigeants du pays, mais ils ne savaient pas que les gars en face étaient prêts. Au point qu’on dit qu’ils envoient des SMS pour négocier, mais les mecs disent que cette guerre, c’est jusqu’à la gare. Ce sont les missiles que tu veux voir pleuvoir? Jusqu’à traverser le fameux Dôme de fer ?
On se croit encore en Iran. Bing! C’est la France, là-bas, qui nous sort six ou sept maires noirs d’un coup : Fip ! Fap ! La tête de Macron et ses gars se met à chauffer, ils décident de les mettre sous surveillance. Des maires ? Parce qu’ils sont noirs ?
Donc tous les Noirs sont des dealers qu’on met sous surveillance ? Sauf que les gars de Mélenchon, un autre gars prêt, sont dehors, ils disent : marche contre le racisme.
Pendant qu’on est concentrés sur la chaîne de Bolloré, Canal Plus qui dit que ces maires noirs (c’est à dire, nous) sont des singes, voilà que dans le pays où rien ne se passe jamais en politique, sinon attendre le 20 mai pour être invité au palais, d’un seul coup, en catimini — comme quand on invitait les chefs traditionnels en catimini à Etoudi pour leur dire de dire qu’ils veulent de la candidature de Paul Biya, moyennant quelque chose, évidemment — là aussi, Bing !
On enlève le PAN son ami de 40 ans, on met un gars du “beau village” ou du village des beaux que personne ne connaît. On dit au revoir au président du Sénat, qui lui-même avait déjà dit au revoir au Sénat, pour un roi traditionnel qui a succédé à son père, qui lui-même a succédé à son père. On croit que ça va être assez de mouvement comme ça pour la politique qui ne bouge jamais.
Eh ben non ! Bing ! Ce sont les députés qui décident de proroger leur propre mandat arrivé à expiration jusqu’à l’infini, puisqu’ils n’ont pas dit jusqu’à quand, hein. Et sans tarder, Bing ! Bing! On les convoque pour modifier la Constitution, et ils se retrouvent là. Personne n’a lu ou relu le texte qu’on vient présenter, plein de fautes, en direct à la télé. Et Bang ! Ils votent pour le poste de vice-président. Le dynamisme de ça !
Donc la politique peut faire des choses dans ce pays? Quelle évolution! Pour ne pas dire révolution!
Oui, quand c’est pour le mal.
La politique bouge chez nous quand c’est pour le mal.
Quand il faut bloquer Kamto, là tu les vois s’agiter.
Quand c’est pour remettre comme candidat un vieux président dont on sait qu’il est fini, là ils montent, ils descendent.
Quand c’est pour voler les élections à Tchiroma qui a gagné,
là on fait la politique
“bia bo politique”.
La politique chez nous, c’est pour le mal.
Le poste de vice-président, là,
C’est pour le mal !
Jean Pierre Bekolo, Cinéaste
Source: Facebook