Monsieur le président Paul Biya à quand la convocation du Conseil de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique et Technique

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LETTRE OUVERTE
A
MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

Objet : Appel à la convocation du Conseil de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique et Technique

 

Monsieur le président,
Depuis votre accession à la magistrature suprême le 6 novembre 1982, le fonctionnement de l’Université Camerounaise a été privé d’une instance importante pour sa bonne marche : le Conseil de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique et Technique (le Conseil). Le Conseil bénéficie officiellement de la participation du président de la République, des membres du gouvernement, des membres du parlement, des membres de la présidence, des autorités universitaires, des enseignants, des étudiant.e.s. Ils sont tous réunis autour de l’objectif de définir une orientation et une planification consensuelles de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche en vue de mieux les adapter aux réalités camerounaises, de créer une cohérence dans les politiques et une harmonisation ainsi qu’une coordination dans les actions. Il faut regretter la sous représentativité des étudiant.e.s, l’absence des entrepreneurs, des collectivités territoriales qui doivent pourtant être indubitablement associés.Le respect de cette instance et l’implémentation des systèmes anglo-saxons et francophones dans un système de gouvernance mieux adapté auraient certainement permis d’éluder nombre de griefs portés actuellement au supérieur.

La crise dite anglophone actuelle qui secoue notre pays depuis plus d’un an avec un coût humain et matériel lourd s’aggrave les jours passants. Les réminiscences du commencement de cette crise ne peuvent que susciter des sentiments de regret et de colère car l’éducation a constitué l’un des piliers des revendications. Muré dans un système jacobin condescendant, notre système gouvernant a ignoré les signes annonciateurs les plus visibles quant à l’ouverture d’un dialogue qu’aurait pu assumer ce Conseil si nos textes étaient respectés. Ce Conseil aurait pu être l’expression d’un point de vue sectoriel sur l’éducation s’appuyant sur des espaces d’expression qui posent un diagnostic sans complaisance en externalisant le malaise pour mieux le contenir, et en proposant des solutions efficaces. Hélas ! Sa suppression officieuse sans la mise en place d’une alternative crédible a handicapé le dialogue. Même le Forum sur l’éducation attendu avec enthousiasme depuis son annonce gouvernementale le 16 janvier 2017, s’il est organisé dans un esprit sincère, piétine et semble s’acheminer vers les oubliettes au regard du mutisme qui l’entoure désormais.

L’état de notre université en déperdition appelle chacun à s’investir au mieux pour la relever de sa turpitude. En plus du fait qu’elle ne se construit pas en alternative crédible dans un contexte de paupérisation réelle, elle contribue plutôt à grossir les rangs de chômeurs (officiellement près de 76% des personnes sous-employées au Cameroun et moins de 1% des actifs sont des produits de l’enseignement supérieur). Ainsi notre système universitaire navigue à vue, peine à s’ériger en modèle, en archétype utile à notre société. L’université et la société camerounaises souffrent des mêmes maux sociaux tels que la mal gouvernance, le tribalisme, le népotisme, l’embrigadement partisan et contraignant, la corruption, l’opacité, la privation des libertés, la dépolitisation… Or, comme le souligne la Banque Mondiale, « L’enseignement supérieur est d’autant plus important pour la croissance et le développement qu’il contribue à la réduction de la pauvreté, en produisant l’expertise fondamentale nécessaire aux secteurs moteurs du développement que sont la santé, l’éducation, la gouvernance, le développement du secteur privé et de l’environnement » (Coûts et financement de l’enseignement supérieur en Afrique francophone, 2007). Malheureusement il n’en est rien de l’université camerounaise. Elle souffre cruellement d’une réelle impulsion qui lui aurait permis d’être une meilleure actrice sociale.


Un élément fort évocateur de cette absence d’impulsion dans notre système universitaire réside dans vos promesses restées muettes à l’instar de l’objectif que vous aviez fixé lors de l’ouverture du Centre universitaire de Ngaoundéré en 1986 « appelé à devenir une véritable université de technologie, formant des cadres hautement qualifiés, des hommes capables de transformer les produits de notre sol et notre sous-sol ». La situation actuelle de l’Université de Ngaoundéré n’a par contre rien avoir avec ce vœu qui paraît désuet. En fait, il ressort des attentes rappelées dans votre discours que l’université a failli. Et si, de votre posture de Chef de l’Etat, des décisions importantes et concrètes suivies de faits ne sont pas prises, l’université camerounaise échouera encore, entraînant la société dans les tréfonds du mal-être. Bien sûr, nous ne le souhaitons pas. Raison pour laquelle nous sollicitons de vous la convocation de ce Conseil.
Nous souhaitons nous interroger sur l’Université camerounaise à trois niveaux : la pertinence, la qualité, la gestion et le financement de l’enseignement supérieur.

Sur la pertinence de notre système supérieur
Monsieur le Président, l’Addec, comme bon nombre d’observatrices et observateurs avertis, avait observé un changement théorique de paradigme sur le rôle de l’Université qui traditionnellement a pour fonction la production du savoir dans ses laboratoires de recherche, sa conservation et sa transmission d’une part et l’appui aux activités de développement d’autre part (article 6, alinéa 1 de la loi du 16 avril 2001 sur l’orientation de l’Enseignement Supérieur). L’Université, tout en conservant son rôle fondamental, devait également se préoccuper du devenir socio-professionnel de ses étudiant.e.s en leur fournissant certes du savoir, mais aussi du savoir-faire, du savoir-être dans le respect d’une vision communément partagée au service du développement du pays.

Dans ce cas, le Gouvernement s’est axé sur la professionnalisation des institutions prônée depuis les premières heures du Conseil en 1974. L’une des étapes importantes de cette professionnalisation ces dernières années a été la mise en œuvre du système LMD (Licence – Master – Doctorat) lors de l’année académique 2007/2008 sous l’impulsion de la CEMAC. Des objectifs ciblés fort intéressants devaient favoriser une révolution de l’Université en tant que levier important pour le développement et insister sur l’aptitude des étudiant.e.s formés à s’insérer dans le monde professionnel aux différents échelons de ce système (Licence – Master – Doctorat). D’ailleurs, le système LMD étant parvenu à sa 10e année académique, on pourrait entreprendre une évaluation rigoureuse et sérieuse de l’effectivité et des éventuels effets des chantiers qu’il devait favoriser.
Sans nul doute, les objectifs de ce système LMD peinent à se concrétiser et la situation risque de s’aggraver si tous les intervenant.e.s n’accordent pas leurs violons en ne regardant pas dans la même direction. Il faut reconnaître que la démarche du Gouvernement a été boiteuse et inappropriée. Le Conseil, qui était une exigence avant la mise en œuvre d’un tel système, ne s’est pas tenu. Nous cheminons ainsi vers un système universitaire qui n’a fait que changer de nom et non de pratiques. Les voyages d’étude demeurent des luxes onéreux pour les étudiant.e.s. On peut également citer les stages qui ne suivent aucune règlementation précise. C’est la confusion totale ! Les étudiant.e.s sont abandonnés à leur propre sort tandis que le Gouvernement s’est désengagé de son rôle de créer un environnement favorable à la participation des entreprises à la formation des étudiant.e.s à travers des sujets d’études, des financements, des stages. L’obligation sociale des entreprises à participer à la formation de la future génération n’est pas mise à contribution.

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La mentalité rétrograde de nos universités continue à sévir. La mal gouvernance et la rigidité du système par sa politisation partisane desservent toujours nos universités et entravent indéniablement la réforme du système. De même, l’arbitraire continue à constituer un écueil réel à la recherche et l’innovation positives.

L’absence d’une carte universitaire visionnaire analysée, planifiée et adoptée est un autre impératif pour voir le système LMD prendre corps au Cameroun. En effet, nous assistons à des ouvertures de nom des universités et à une succession de difficultés inhérentes à la création dilettante. Une gouvernance par embuscade qui révèle une improvisation dans les décisions, impacte négativement la formation des étudiant.e.s et cause des malheurs immenses. L’université de Maroua n’a pas de campus jusqu’à ce jour. De même que certaines autres décrétées depuis 1993 à l’instar de l’université de Douala. Ces agissements se perçoivent également avec les Grandes écoles. Ce point constitue une véritable source de déception encore que, jusqu’à nos jours, aucun outil d’observation permettant de visualiser la situation de chaque université n’a vu le jour.

M. le Président, votre passage dans une université vous aurait certainement permis de toucher du doigt la réalité de l’état de notre système universitaire et du LMD à la camerounaise. A moins qu’on assiste à du maquillage de circonstances. On attend toujours une révision des programmes en lien avec les exigences du Cameroun. Le terme « professionnalisation » est quant à lui galvaudé pour favoriser une duplicité de filière et un enrichissement illicite : l’une dite académique aux frais de 50 000 f cfa et l’autre dite professionnelle aux frais de scolarité de 300 000 f cfa à 1 000 000 f cfa. Conscient de la pauvreté qui domine dans notre pays, on reproduit une élite au nom des moyens financiers aux dépends des compétences des Camerounais.e.s de la plèbe. Monsieur le Président, pourquoi le Cameroun s’interdit-il d’encadrer par des bourses les personnes qui ont des intelligences reconnues et utiles pour le rayonnement du pays et de son système universitaire ? On peut toujours se vanter du mérite d’un cas singulier mais une université ne progresse pas avec l’exception. Elle progresse avec la diffusion de valeurs telles que la liberté ainsi qu’avec le renforcement et la valorisation des compétences dont les étudiant.e.s ont besoin.

Sur les TICs, à travers vos discours à la jeunesse, il est sans aucun doute satisfaisant pour l’étudiant.e de connaître l’intérêt que vous accordez au numérique. Toutefois, il est plus intéressant de voir les dires se transformer en actes que de demeurer des promesses. Malheureusement, la pratique de cet intérêt pour le numérique se résume souvent à une propagande stérile qui cause souvent plus de mal que de bien. Et c’est effectivement le cas dans nos universités actuellement.

Les minima requis sur ce point sont connus : couverture internet des campus, équipement de chaque établissement en salles informatiques bien fournies en libre-accès, développement de l’accès aux ressources pédagogiques numériques par la mise en œuvre d’infrastructures et de dispositifs incitatifs dans le temps pour l’équipement des étudiants en outils informatiques, financement substantiel à la recherche.
Nous regrettons que l’emprunt contracté pour les 500 000 ordinateurs n’ait pas été utilisé à meilleur escient. Nous ne les considérons pas comme des dons mais comme une action gouvernementale sous emprunt contracté. Autant d’argent pour ne pas soutenir plusieurs générations, par exemple sous forme de bourse au mérite, est désolant. La présente génération est même soumise à des machines de qualité piètre. C’est dire que cette initiative menée tambours battants risque d’être sans effet bénéfique tant à court terme qu’à long terme. L’Université doit contribuer à sortir notre société de la dépendance extérieure et non servir d’excuse pour l’y maintenir.
Que notre université soit réduite à un tel niveau d’incompétence, de navigation à vue et d’opportunisme est une tragédie. Notre pays qui est pauvre semble oublier que nous avons la double responsabilité de faire bien avec le peu de moyens dont nous disposons et de susciter une dynamique qui se répercutera de génération en génération. Il faut se demander si l’épée de Damoclès suspendu sur la tête des futures générations ne serait pas moins dangereuse si l’intérêt général n’avait pas été sacrifié sur l’autel de l’opportunisme que revêt l’année électorale 2018. Sinon comment expliquer que le bien public soit si mal valorisé et considéré qu’il soit réduit à une appropriation personnelle par l’inscription de la marque « PB HEV » (Paul Biya Higher Education Vision). C’est malheureusement un manque d’attention à notre Nation qui est celle qui doit être élevée et non des individus. Car c’est notre Nation qui nous rassemble et non l’individu fût-il Chef de l’Etat. Il faut s’indigner de la manipulation dont fait l’objet la souffrance de l’étudiant.e.

Sur la qualité de l’enseignement
On pourrait s’interroger sur les conditions de vie et de formation des étudiant.e.s ainsi que sur la condition enseignante.

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L’amélioration des conditions de vie (logement,santé,transport, toilettes sur le campus, restaurants universitaires) et de formation (constructions de salles de cours et de salles de travaux dirigés, équipement des laboratoires et des bibliothèques, des examens crédibles, publication des notes, transparence des concours, attribution des bourses et aides) doit constituer un objectif du Gouvernement. Aucun système universitaire ne peut s’attendre à se bonifier s’il ne s’interroge sur la situation du bien-être de ses étudiant.e.s. Or les conditions de formation et de vie des étudiants sont très âpres. Un rapport de 2015 de l’Addec sur la situation du logement des étudiants décrit leur martyr. Nous espérons d’ailleurs pouvoir défendre nos propositions formulées dans ce rapport lors d’une session du Conseil.
Notre système pêche également par l’absen

ce d’une politique d’amélioration de l’accueil, de l’accompagnement et de l’orientation des étudiant.e.s.Malheureusement, il est loisible de remarquer que les actes concourent à une volonté de contrôle de l’étudiant.e qui n’a droit au chapitre que sous la bonne « grâce » d’une autorité. Telle est la substance du statut de l’étudiant actuel, défaillante par le contenu qu’il présente, néglige en plus la santé, le transport, le logement, la sous-représentativité des étudiant.e.s dans les cercles de décisions universitaires, etc. ; en somme la vie de l’étudiant.e.Il faudra sans aucun doute produire un Statut de l’Etudiant qui tienne véritablement compte de sa situation réelle ainsi que du contexte national et qui favorise l’émergence d’un citoyen construit et réfléchi qui s’assume à la faveur de notre pays.
Il faudrait également s’interroger à long terme sur la compétitivité réelle de nos universités qui favorise la fuite de nos compatriotes formés. L’importance d’accorder au moins des bourses mensuelles comme ça se fait dans tout pays sérieux n’est plus à démontrer. C’est une exigence pour les étudiant.e.s en Master, en Doctorat et dans les Grandes Ecoles. Votre programme de société dit « communautaire » ne peut se départir de la responsabilité de tenir compte des démuni.e.s qui ont de la difficulté à s’assurer une place dans le supérieur. Les aides sociales doivent être réintégrées dans nos universités et systématisées selon des critères fixés pour éluder à tout prix l’arbitraire et l’embourgeoisement des « élites ».

Booster le développement du Cameroun passe également par un encadrement adéquat des étudiant.e.s. Sur ce point, on peut déplorer que l’enseignement supérieur camerounais traîne le pas. Le manque de recrutement des enseignant.e.s a une incidence néfaste sur les performances des étudiant.e.s. Il est aussi utile de s’interroger sur la situation des enseignant.e.s au Cameroun. Avec peine, nous constatons que les enseignant.e.s ne sont pas jusqu’à nos jours considérés à leur juste mesure. La récurrence des grèves enseignantes dans plusieurs campus universitaires ces dernières années en sont l’illustration. Ce qui provoque comme conséquences négatives les absences criardes de ceux-ci à leurs cours, le bâclage des cours par le biais de l’intérêt plus attentionné accordé aux enseignements et/ou consultances délivrées à l’extérieur qui rémunèrent plus, un manque d’enthousiasme reversé sur les étudiant.e.s.

La gestion et le financement de l’enseignement supérieur
Depuis la réforme de 1993, le Gouvernement fait savoir que nos universités doivent s’autonomiser financièrement. Ce qui n’est pas le cas jusqu’à nos jours comme ne cessent de le rappeler les Commissions de coordination universitaire, dites CCU. Ainsi, les universités tirent principalement leur budget des droits universitaires et des subventions de l’Etat et sur ce point le Gouvernement fait du service minimum.L’enseignement supérieur est sous-financé.

L’effet direct de ce sous-financement public est que les autorités universitaires soumises à votre pouvoir considèrent et traitent les étudiant.e.s comme les coupables idéaux sous le fallacieux prétexte de leur sous-participation financière alors que les bourses étudiantes mensuelles ont été supprimées lors de la réforme universitaire de 1993. Dans le même temps, nos universités constituent des hauts lieux de gangstérisme financier orchestré par les autorités universitaires dont les batailles autour du partage du gâteau ayant mal tourné atterrissent souvent sur la place publique sans aucune action en justice.

Cette thèse de « l’école coûte chère », certes vulgarisée, est indécente par le simple fait que l’éducation est un droit et chaque Nation − et à plus fortes raisons celles fragiles comme la nôtre − sait qu’elle a besoin d’autant de citoyens formés pour accroître le rendement de ses capacités et satisfaire ses besoins. Des conclusions du Programme international pour le suivi des acquis des élèves, ditePISA, montrent que ce sont les pays qui favorisent une formation éducative gratuite et encadrée (souvent avec bourses en appui) qui produisent de meilleurs rendements. Il est même urgent de dire que les frais universitaires doivent être réduits. Il est anormal que le SMIG puisse être inférieur aux droits universitaires ! En plus de cette position stéréotypée peu honorable, au Cameroun il n’existe aucune mesure d’aides, de bourses et de facilités comme celles mises sur pied par d’autres Etats en Afrique et dans le reste du monde pour ne pas bloquer leurs citoyens à la formation.
Mais il faut aussi dire que c’est se décharger facilement de ses responsabilités pour le Gouvernement que de dire que nos universités doivent s’autonomiser financièrement. Car tout pays sérieux qui reconnaît la place de l’université dans sa société la subventionne substantiellement. En effet, le Cameroun ne consacre pas plus de 0,40% de son PIB à l’enseignement supérieur alors que les pays de l’OCDE assez avancés en matière de développement sont en moyenne à 1,6%, la Corée du Sud qui avait un PIB par habitant comparable à celui du Cameroun dans les années 1960 est à 2,3% avec une situation économique des plus dynamiques au monde de nos jours.Il est sans aucun doute évident que l’enseignement supérieur devra jouer un rôle majeur pour que notre pays rattrape son immense retard. Mais pour cela, les autorités camerounaises doivent prendre conscience de la nécessité d’injecter les fonds nécessaires.

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Dans le même temps, les universités ne peuvent nullement se contenter des subventions de l’Etat. Mais elles recherchent des entrées propres.

Pour cela, les universités créent une atmosphère favorable à l’implication de partenaires. Comme dans les autres sphères de la société, la bonne gouvernance, la démocratie, la transparence dans le management, la tolérance, le respect des droits humains sont des critères cruciaux à l’Université pour réaliser efficacement ses missions et favoriser le bien-être de ses membres. Selon notre compatriote Jean Marc Ela, sociologue à la pensée pratique, « La science qui se fait a plus de rapport avec le doute et l’ignorance qu’avec les évidences et les certitudes.» (L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir, 2006, p. 66). Nous savons que nos universités se font particulièrement remarquer par l’absence totale de débats contradictoires et les violences de toutes sortes envers les étudiant.e.s et les enseignant.e.s. Ainsi, les détentions arbitraires, les exclusions arbitraires, la gouvernance par la peur, l’interdiction officieuse de remettre en cause la pensée unique établie, le musèlement, le trafic d’influence, le refus de la reddition des comptes sont quelques faits d’armes qui maintiennent nos universités engluées dans des attitudes autoritaires qui interdisent de douter ou de remettre en question notre vécu en tant qu’étudiant.e.s et citoyens camerounais.e.s. Les universités jouent pourtant un rôle de lanterne de la société sous d’autres cieux, en étant des lieux par excellence de libertés et de construction des citoyens. En somme, nos universités ne favorisent pas la pensée, mais la « zombification » non seulement des gouvernés, mais aussi des gouvernants (Achille Mbembe, « Notes provisoires sur la postcolonie », 1992, p. 78).

Ce qui se répercute sur la recherche.
Le monde de la recherche qui est négligé par notre pays constitue pourtant une précieuse source de financement pour nos universités, par la production des savoirs et innovations nécessaires au développement des actrices et acteurs politiques, économiques et sociaux. Il demande plus d’appui de la part de l’Etat tout en favorisant une autonomie et une meilleure implication des entrepreneurs. Cette dernière requiert un meilleur contrôle public afin d’assurer que les bienfaits de la science ne soient travestis et soumis à des intérêts mercantilistes. Pour cela, il faudrait crédibiliser nos institutions et les prémunir des tares ambiantes telles que la corruption, le trafic d’influence, etc.

Monsieur le Président, nous vous écrivons afin d’arriver à cette modernisation de l’enseignement supérieur, dont vous vous êtes érigé en clef de voûte. En effet, le système LMD impose une culture d’évaluation et de reddition des comptes que la gestion actuelle de l’université ne favorise pas. Par le simple fait que vous nommiez toutes les fonctions importantes dans les universités, et de surcroît vos partisans du parti politique généralement, on a des universités qui s’érigent en partenaire de votre parti et agissent en tant que tel. La responsabilité de ces autorités envers la communauté universitaire n’est pas établie. Ce qui altère l’utilité et annihile la responsabilité de nos universités envers la société. En ce moment, il ne peut « régner une prise de conscience, un état d’esprit engageant l’ensemble des Camerounais et d’abord la jeunesse » à l’université, comme vous le rappeliez en 1984.

Ça peut sembler être une rhétorique, pourtant c’est établi par des faits. Nos universités périclitent. Et la mise en place de l’élection des principaux responsables dans les universités et les établissements constitue un électrochoc crucial à l’amélioration de notre système.

Monsieur le Président, la professionnalisation de l’enseignement supérieur est une exigence de l’heure. L’enseignement supérieur, par la voie de ses universités publiques et privées, ne saurait tourner le dos aux réalités et aux attentes de notre société. Avant de nous suggérer de croire à une professionnalisation du secteur agricole et des nouvelles technologies de l’information, nous vous exhortons à convoquer le Conseil de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique et Technique. Nous espérons que celui-ci contribuera à renforcer le dialogue entre toutes les parties prenantes et à encourager la recherche dans des domaines déterminants pour que les ressources naturelles et humaines de notre pays soient non pas gaspillées mais valorisées, et ce au bénéfice de l’ensemble de nos concitoyens.

Nous vous souhaitons nos meilleurs vœux à vous et à votre famille.
Le Président du Conseil Exécutif National

TCHALEU Barthélémy

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