POURQUOI APPRENDRE, EN POLITIQUE, A GAGNER SANS ENTHOUSIASME ET A PERDRE SANS AMERTUME ?

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A la suite de la nomination, le 07 février 2018 par Paul Biya, du magistrat à la retraite, Clément Atangana, comme premier président du Conseil Constitutionnel du Cameroun, le peuple camerounais tout entier a vu ce dernier danser sans relâche en compagnie des siens, crier à tue-tête les mains sur sa tête. Cette danse rappelait celle des autres membres du régime qui, après chaque nomination, organisent des fêtes à coup de dizaines de millions de francs, ou encore celle des autres barons du même régime qui organisent des célébrations à chaque milliard engrangé. Manifester son enthousiasme débordant est donc inscrit dans la philosophie du parti au pouvoir, parce que, semble-t-il, ça paye. Il s’agit d’une stratégie de recrutement des âmes faibles et pauvres à travers la formule gagnante suivante : « La richesse est du côté du pouvoir et la pauvreté du coté de l’opposition. Get rich or die trying ! »
Pourtant, dans le monde du bons sens, de la raison qui est commune en tous les êtres humains, pareil enthousiasme de la part d’un homme politique ne peut que faire douter de sa bonne foi, de son impartialité lors des élections, et donc de son patriotisme. En effet, par cette danse enthousiasmée, le président du Conseil Constitutionnel du Cameroun, en tant que personnalité chargée de déclarer le vainqueur de l’élection présidentielle à  venir, fait de cette nomination une victoire personnelle, alors même qu’il est tenu à en faire la victoire du peuple. Il semble donc ne pas percevoir l’étendue du pouvoir que sa fonction lui offre. La prise de conscience de l’étendue de ce pouvoir aurait en même temps projeté les lumières de son esprit sur l’étendue de sa responsabilité face au peuple et face à l’histoire et lui aurait, en conséquence, imposé l’humilité qui se formule comme suit : « A grands pouvoirs, grandes responsabilités.»
Lorsqu’en plus, pareille nomination est faite pour assurer la continuité d’une politique trentenaire qui a montré  ses limites dans tous les domaines, la danse et l’enthousiasme qui l’accompagnent détruisent l’échelle des valeurs qui sous-tend l’action politique. L’enthousiasme, dont la nature première est de faire éclater le beau (et de trainer les masses), fait son effet contraire en laissant apparaître la laideur qui s’exprime à travers le peu de valeur qu’il accorde à sa responsabilité devant l’histoire. Gagner avec enthousiasme n’a alors plus rien de beau. Il vaut mieux plutôt gagner sans enthousiasme pour préserver la beauté qui réside dans l’étendue de la responsabilité à assumer.
D’un autre côté, apprendre à perdre sans amertume, à accepter la défaite sans violence, n’a rien de laid, mais a tout de beau. L’action politique n’étant pas une action pour soi, mais pour autrui (pour le peuple), elle ne se confond pas à la personne qui l’exerce, mais plutôt au peuple qui l’incarne.  Dès lors, l’amertume n’a pas de place chez le perdant, puisque c’est le peuple souverain qui, en cas d’élections libres et transparentes, déplace la lourde responsabilité et la remet entre les mains d’un autre : le nouveau gagnant.
En politique, il faut donc gagner sans enthousiasme et perdre sans amertume. Bien plus, à la laideur de la victoire enthousiasmante doit succéder la beauté de la défaite sans amertume, afin que les peuples du Cameroun et d’Afrique puissent apprécier véritablement les délices de la démocratie.
Maurice NGUEPÉ
Le 09 février 2018
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