L’OJA: Appel à la libération immédiate et inconditionnelle de l’écrivain Patrice Nganang

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L’Organisation Jeunesse Africaine
Appel à la libération immédiate et inconditionnelle
de l’écrivain engagé Patrice Nganang

L’Organisation Jeunesse Africaine (OJA) appelle à la libération immédiate et inconditionnelle de l’écrivain engagé Patrice Nganang. Pour comprendre le contexte de son arrestation, l’OJA revient en arrière pour présenter les derniers événements en zone anglophone du Cameroun.

Le contexte

Après 35 années de règne sans partage de Paul Biya, les Anglophones ont lancé, depuis novembre 2016, un mouvement populaire pour réclamer l’application du Common-law et le respect du système éducatif anglo-saxon. Au même moment, la branche radicale minoritaire du mouvement, revisitant l’histoire, exigeait une plus large autonomie, voire l’indépendance au motif que le Cameroun anglophone était venu dans l’union en tant que partenaire égal. Le régime de Yaoundé, fidèle à sa politique violente, a répondu par :
– La Séquestration d’étudiants : entre novembre 2016 et avril 2017, de nombreuses vidéos ont circulé faisant état la torture des étudiantes et des étudiants qui scandaient «no violence» et réclamaient la liberté et de meilleures conditions de vie en contexte démocratique.
– Une militarisation sans précédent des deux provinces anglophones du Cameroun couplée d’arrestations arbitraires, de la coupure d’Internet, des couvre-feux et de l’emprisonnement des leaders d’opinion.
– Le massacre des populations anglophones et les multiples disparitions : Plus d’une centaine d’Anglophones ont été massacrés et d’autres portés disparus depuis le 1er octobre 2017, date à laquelle ils ont manifesté pacifiquement pour réclamer leur indépendance de la partie francophone.
– Le refus absolu de dialoguer et de résoudre la question de fond : dans ses dernières déclarations, le président Paul Biya a déclaré mener une guerre sans merci aux contestataires anglophones qu’il a qualifié de terroristes: «L’armée combattra sans état d’âme les séparatistes anglophones».

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L’ entrée en scène de Patrice Nganang
C’est dans ce contexte de refus de dialogue et de violence étatique contre des populations anglophones que Patrice Nganang a fait le voyage d’un mois (27 octobre au 05 décembre 2017) au Cameroun pour toucher du doigt la réalité. Après avoir sillonné les villes et villages des deux provinces anglophones, il a publié, en date du 4 décembre 2017, un article à Jeune-Afrique intitulé «carnet de route en zone (dite) anglophone». Dans cet article, il révèle que « le 1er décembre 2017, faisant suite à la déclaration de Paul Biya, le préfet de la Manyu (Mamfé) ordonnait aux populations de son district, dans le Sud-Ouest anglophone du Cameroun, d’évacuer quinze villages – dans l’immédiat -, sous peine d’être considérées comme complices de ceux qui posent des actes de violence. » Et l’écrivain de se demander si on va vers « la relocalisation forcée des populations et la constitution des camps ? Une situation offensive contre les populations qui, au Cameroun, a connu un précédent durant la période du maquis, avec ses camps de regroupement. »

Face à cette situation alarmante, Patrice Nganang conclut son article par une déclaration ferme : « La résolution du problème anglophone passe inévitablement par le départ de Paul Biya. » Faisant suite de cette conclusion, il publie dans les réseaux sociaux une diatribe cinglante dans laquelle il affirme : « Je l’ai toujours dit, je ne suis pas un opposant. Biya ne mérite pas que je consacre mon intelligence à m’opposer à lui…J’ai vu des types comme lui être zigouillés dans des rigoles, et mes propres étudiants ont descendu plus coriace que lui –Saddam Hussein… Je l’ai devant moi, lui Biya, et ai un fusil, je vais lui donner une balle exactement dans le front ». Cette déclaration a été vue comme outrage au chef de l’État et a constitué, officiellement, le motif de son arrestation.

Le regard et l’appel de l’Organisation Jeunesse Africaine

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L’Organisation Jeunesse Africaine affirme, d’abord, que partout en Afrique, la jeunesse africaine a soif du changement, soif de l’avènement d’une démocratie véritable, et que Patrice Nganang a, par sa diatribe et le ton, non seulement exprimé les conclusions de ses enquêtes de terrain, mais aussi traduit l’état psychologique des populations martyrisées, ainsi que leurs aspirations de voir le symbole d’un régime trentenaire tomber. Le fait que l’écrivain ait dit qu’il tuerait le roi s’il le rencontrait entre en droite ligne de ces conclusions et représente la symbolique de la solution recherchée – la mise à mort d’un système de gouvernance néfaste comme solution de la résolution du problème anglophone. Ces conclusions ne peuvent donc pas devenir un motif d’arrestation et d’emprisonnement dans un pays qui s’est proclamé démocratique.

Ainsi, l’OJA condamne les insinuations du gouvernement camerounais qui, de la bouche de son ministre de la communication, Issa Tchiroma, déclare que la police « est en train de mener des investigations dans le but de voir si Patrice Nganang a déjà introduit des armes qui lui serviront pour son acte criminel », évitant par ce fait même d’analyser les propos du romancier exprimés au conditionnel.

De ce qui précède, l’Organisation Jeunesse Africaine constate que l’arrestation de Patrice Nganang est l’expression de la chasse aux intellectuels libres. Son procès est arbitraire et représente une fuite devant la réalité, puisqu’il ne tient pas compte du contexte de violence étatique décrit plus haut, lequel est la source des propos de l’écrivain engagé.

Face à ce constat, l’Organisation Jeunesse Africaine, fidèle à son exigence de liberté, de bonne gouvernance, de justice sociale et d’instauration des régimes démocratiques en Afrique, exige du gouvernement camerounais :
– La protection de l’intégrité physique et mentale de l’écrivain Patrice Nganang.
– Sa libération immédiate et inconditionnelle.
– Le règlement, par le dialogue national inclusif – et non par la force des armes – du problème anglophone et de la question générale de la malgouvernance au Cameroun.

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Maurice NGUEPÉ
Le Secrétaire general
10 décembre 2017

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