Comment se défendre d’un État qui ment, triche, kidnappe, torture, enlève, tue? Comment se défendre d’un État qui a confisqué le droit à la défense ?
Quand la loi ne sert plus à protéger, mais à réprimer ?
Quand l’État ne défend plus les citoyens, mais se défend contre eux ?
Quand la police tire à bout portant sur les manifestants mains nues, pourquoi ces mains devraient elles rester nues?
Ce renversement, c’est le cœur de la crise actuelle au Cameroun.
Quand le pouvoir s’arroge le monopole de la violence, au nom d’une légitimité qu’il ne possède plus et que le citoyen devient la cible dès qu’il pense, coupable dès qu’il parle, dangereux dès qu’il agit, alors, alors oui, il faut poser la question de la légitime défense. Celle du droit du peuple à se protéger quand l’État devient prédateur.
Car que vaut encore un État qui ne protège plus ? Quand le citoyen n’a plus d’autre choix que la peur, le réflexe de résistance devient un devoir moral.
Pourquoi laisser un homme, simplement parce qu’il détient un fusil — une arme que toi aussi tu pourrais posséder — faire irruption chez toi, s’emparer de tout ce que tu as bâti à la sueur de ton front, menacer ta famille, violer ta femme, abattre tes enfants décider s’il va te laisser en vie ou te prendre la vie? L’arme devient la seule réponse à l’arme. Les hommes comme les Etats ne sont en sécurité que parce qu’ils sont capables de se défendre, donc avoir une arme devient un devoir.
Quand on interdit aux Camerounais de porter des armes, au nom d’une sécurité que l’État ne garantit plus, quand on sait que ceux qui kidnappent au nom de la loi, sans foi ni loi travaillent pour cet État,
de quel État parle-t-on encore ?
Souvenons-nous : c’est le fusil qui nous a réduits en esclavage. C’est le fusil qui nous a colonisé. Et c’est encore le fusil qui aujourd’hui maintient nos peuples sous la botte de dictatures sans foi ni loi.
Là où l’islam dit « œil pour œil »,
et où la foi chrétienne nous a appris à tendre l’autre joue, nous devons désormais nous demander pourquoi, en Afrique, ce sont pas toujours les plus éclairés qui gouvernent mais plutôt ceux qui tiennent le fusil.
La vraie question n’est plus de savoir s’il faut porter une arme, mais repenser la légitime défense comme un devoir collectif, une reconquête morale et politique.
Car un peuple désarmé face à un État armé est un peuple en captivité, voire un peuple condamné à mort. Et il est temps que les Camerounais sortent de cette captivité, il est temps que nous Camerounais refusions que nos bonnes âmes continuent d’être ces agneaux sacrificiels, à la merci du premier venu, parce qu’il possède un gun. Puisque les méchants sont armés, il est du devoir des justes de l’être aussi.