A deux semaines du scrutin présidentiel du 12 octobre, je me vois dans l’obligation de lancer cet appel à l’intention de mes compatriotes et de toutes les âmes de bonne volonté à même d’accompagner nos populations dans leur quête permanente pour des élections propres et une démocratie pleine et inclusive, qui bénéficie aux générations du moment et celles de l’avenir. Je lance cet appel parce que le contexte politique actuel le demande; l’exige! Je lance cet appel en toute humilité, reconnaissant de prime abord les engagements personnels et collectifs des uns et des autres, mais aussi en tirant profit de mon attachement indéfectible aux principes démocratiques comme l’attestent plusieurs décennies de combat pour la démocratie et la bonne gouvernance sur notre continent. Comme vous le savez j’entretiens des contacts étroits et permanents avec les Camerounais de la diaspora. A cela s’ajoutent les échanges permanents que j’entretiens avec les compatriotes dans toutes les 10 régions du pays dont beaucoup se souviennent des œuvres humanitaires de ma fondation qui m’ont exposé par le passé aux besoins réels des populations à la base.
Ces 30 dernières années en Afrique et dans d’autres parties du monde, j’ai vu les pays valoriser des réussites électorales pour consolider la paix et l’esprit de l’unité nationale, renforcer le développement économique et même redorer leur réputation et leur blason sur l’international. Aujourd’hui en Afrique, et en grande partie parce qu’ils ont réussi leurs élections, on admire et on parle en bien des pays comme le Sénégal, le Ghana, le Botswana, l’Afrique du Sud et le Malawi, pour ne citer que ceux-là.
Je lance cet appel aussi parce que j’ai vu comment les élections viciées et mal organisées; et manquant de légitimité ont contribué à la polarisation excessive des sociétés et même à la fragilisation des États, avec l’érosion de la cohésion nationale et des conséquences néfastes inimaginables qui s’en suivies pour l’intégrité des institutions étatiques. Je connais des pays qui ont sombré dans le marasme socio-économique et même dans des conflits dévastateurs, et dont l’origine de leurs malheurs se trouve dans des processus électoraux mal gérés qui vident le processus de sa substance. On se souvient que la question électorale a été évoquée par certains pour rationaliser et même justifier les dislocations connues dans les pays du Sahel. Non loin de nous, les cas du Gabon ou même de la Guinée nous parlent. Je lance cet appel solennel en guise de sonnette d’alarme pour tous, y compris les plus renfermés dans leur obstination à dicter une issue qui leur sied à un processus qui, pour être crédible et à la hauteur des attentes de nos populations, gagnerait à être libre et vraiment transparent.
Je lance aussi cet appel en guise d’encouragement et de soutien à ceux et à celles de nos compatriotes qui, en dépit des défis de la période de précampagne et de nomination des candidats, croient toujours à une possibilité d’équité et de fair play dans le choix de nos leaders par la voie des urnes. Et je le fais en me rappelant de mes années universitaires à Ngoa Ekelle où étant très actif dans le Club UNESCO, j’avais appris que c’est par les hommes et les femmes qui le changement s’obtient, y compris même par ceux exerçant dans les institutions étatiques les plus autoritaires et rétrogrades.
Il va sans dire que les défis de l’heure sont énormes car le pays traverse des moments difficiles dans tous les secteurs. Ça se voit; ça se ressent et les compatriotes en parlent à ciel ouvert comme derrière les bureaux et les portes fermées de leurs résidences personnelles. En fin de compte personne n’est à l’aise, et personne n’est épargné, y compris ceux qui dans leur arrogance d’autrefois couplée d’opulence irrationnelle se croyaient tout permis et à l’abri de tout. Comment ne pas entendre les voix de détresse des familles endeuillées qui s’élèvent des régions du Nord-Ouest et le Sud-Ouest aux prises avec un conflit armé qui n’auraient jamais dû commencer et aux voix de l’Extrême Nord du pays qui vivent au quotidien au rythme des incursions meurtrières de la secte de Boko Haram. Sommes-nous devenus si sourds et aveugles, indifférents aux souffrances des NÔTRES?
Qui peut être indifférent au sort de plus d’un million de déplacés internes parmi lesquels beaucoup de jeunes désœuvrés au futur brisé. Qui ne soulève pas la voix en étonnement lorsqu’on parle des scandales financiers au préjudice de la fortune publique? N’en parlons pas du manque d’infrastructures de bases à même de faciliter le déplacement des populations ou de garantir la santé de tous et la scolarisation des enfants et des générations à venir. Et je laisse à chacun le soin d’imaginer la notoriété dont jouit la patrie sur l’international avec des masses des Diaspora exilées par les conditions de vie ô combien difficiles et mortellement étouffantes de la terre de nos ancêtres.
L’utilité d’une élection présidentielle dans tout pays réside dans cette unique opportunité dont disposent les citoyens à choisir librement celui qui pourra les diriger et ainsi porter leurs voix par rapport aux questions pertinentes sur le plan national et international. C’est aussi pendant cette période qu’on peut mesurer l’attachement des différents acteurs, gestionnaires des différents leviers de la vie sociopolitique et économique d’un pays par rapport à leur respect des principes fondamentaux de la justice, de l’équité ainsi que du sens du devoir et du professionnalisme.
J’avoue que les signaux à l’heure actuelle ne sont pas du tout rassurants. Toutefois, j’espère que l’organe chargé de l’organisation des élections, Elections Cameroun (ELECAM), aura le champ libre pour exercer en toute responsabilité, comme en toute transparence et impartialité. J’espère surtout que cet organisme dont l’opinion dans certains milieux n’est déjà pas trop favorable, saura s’imposer contre des interférences maladroites des personnes zélées de tout bord et sans distinction qui chercheraient à agir en lieu et place des agents électoraux dûment mandatés par les lois et règlements de notre pays. J’espère que les services administratifs, tout comme les services de sécurité ne se laisseront pas instrumentaliser pour des sales besognes pas dignes de leurs statuts ou de leur professionnalisme et sens élèves de l’éthique, surtout en ces moments spécifiques de notre histoire. J’ose espérer, comme c’est le cas dans tous les pays Africains et ailleurs, que la société civile et les médias auront un grand rôle à jouer pour garantir la transparence et renforcer la participation et la confiance des électeurs et de la population en général dans ce scrutin d’une importance capitale. J’attends de voir la société civile recruter, former et déployer des milliers d’observateurs nationaux à travers toutes les 10 régions du pays et même dans les villages les plus reculés, pour surveiller le vote, surtout pendant les aspects sensibles comme le comptage, la transmission, la tabulation et l’annonce des résultats.
Enfin des comptes, les acteurs majeurs de cet exercice sont les 12 candidats en compétition pour la présidentielle, les partis politiques qui les ont investis, ainsi que les huit millions d’électeurs inscrits dont beaucoup réclament actuellement la mutualisation des efforts pour un changement véritable dans notre pays. J’imagine qu’ils vont tous descendre sur le terrain pour sillonner les régions du pays et prendre le temps de dialoguer avec les populations. Sûrement qu’ils se sentent tous capables d’assumer et de conduire notre destin commun et collectif, mais devant l’insistance du peuple et les faiblesses évidentes de certaines candidatures, chacun des 12 gagnerait à faire un examen de conscience par rapport au sens de son engagement pendant les trois semaines qui restent. L’histoire est ainsi faite car, même si par une conjugaison des circonstances on se trouve au-devant de la scène à un moment donné, la vraie place dans les annales de l’histoire de la nation sera déterminée par la capacité des uns et des autres à se surpasser et de sortir de son égomanie pour tenir compte de l’intérêt national et collectif. Les 12 candidats doivent tous comprendre que la population est plus éveillée et mieux informée aujourd’hui que par le passé, et qu’elle tiendra chacun responsable si les améliorations de leurs conditions de vie et de l’avenir du pays sont hypothéquées à cause de leurs erreurs de jugement pendant la présidentielle du 12 octobre 2025.
La présidentielle d’octobre 2025 marquera un tournant significatif pour notre pays, après lequel il sera absolument nécessaire de se ressaisir, de redéfinir une vision commune et une feuille de route collective pour l’avenir. Notre pays a besoin de se réconcilier et de se réformer à fond pour pouvoir se reconstruire après ces dernières décennies de gaspillage et de déclin injustifiés. Avec un leadership bien élu et légitime, le Cameroun peut encore renaître tel un phénix des cendres de son passé et de son présent ! Tel est mon souhait et mon espoir pour notre pays et notre avenir collectif à condition que chacun agisse avec sérénité et dans le sens d’un sursaut national de bon sens.
Christopher Fomunyoh
Directeur régional pour l’Afrique du National Democratic Institute for International affairs ( NDI)