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Tout le monde fait comme s’il avait, soudain, disparu. Et comme si nul ne savait où il se trouve. Or tout le monde sait exactement où il est. En Suisse. Tapi, comme à l’accoutumée, avec, chaque fois, une suite de courtisans et de sicaires attitrés, dans le meme Hotel Intercontinental qu’il fréquente depuis plus de 40 ans, et qu’il est en passe de transformer en sa maison de retraite.

Comme envoûtés, les Camerounais ne savent plus où donner de la tête. Ils s’agitent, profèrent des jurons, se dressent les uns contre les autres sur des bases tribales, et comme souvent, vivent dans le déni et le mensonge, empêtrés dans le faux. Ils ne savent pas comment se débarrasser d’une figure désormais assimilée à la malédiction. « L’habitude du malheur », disait le regretté Mongo Beti.

Ce n’est guère faute d’avoir essayé.

Échec après échec, défaits en grande partie par leurs propres turpitudes et leur lâchete, ils ont fini par s’en remettre à l’horloge biologique. Aujourd’hui, beaucoup d’entre eux ne cachent guère leur désir, – aussi macabre puisse-t-il paraître – de célébrer publiquement le trépas du satrape. « Si ce n’est un lundi, ce sera un mardi, peu importe », se rassurent-ils.

Le problème, commente un observateur local, « est que ni le bon Dieu, ni Satan, le père adoptif du tyran, n’en veulent ».

La presse internationale commence, timidement il est vrai, à s’intéresser à cette abracadabrantesque histoire. Vous lirez, à ce propos, cet article du quotidien anglais « The Guardian ».

Evidemment, nul n’ose aller au fond des choses ou poser les vraies questions.

Combien cela aura-t-il couté depuis 1982 au contribuable camerounais ?

Quel aura été le prix de ce funeste manège lorsque l’on sait combien de kilomètres de route l’on aurait pu construire; combien de centres de santé l’on aurait pu édifier; combien d’écoles primaires, bref combien de pauvres vies auraient pu être sauvées ?

Qui donc, de l’intérieur comme de l’étranger, soutient cette diabolique satrapie?

Qui, à la vérité, répondra de ces vies brisées?

Est-il possible de trainer la Suisse devant les tribunaux pour recel d’argent sanglant et complicité avec cette forme hyper-sadique de la prédation?

 

Source: Achille Mbembé

Research Professor in History and Politics at University of the Witwatersrand

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