L’histoire effrayante du Dr. Kuissu atteint du covid-19 que le ministre de la santé Manaouda Malachie doit lire: Une nuit j’ai tellement souffert qu’au petit matin j’ai envoyé un message à ma famille: « sortez-moi d’ici s’il vous plait ».

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L’histoire personnelle et effrayante avec la covid19 du Dr. Siméon Kuissu que le ministre de la santé Manaouda Malachie doit absolument lire. Une nuit j’ai tellement souffert qu’au petit matin j’ai envoyé un message whatsap à ma famille, dont voici la teneur : « sortez-moi d’ici s’il vous plait »..

J’étais chez moi en confinement, dans mon village. Mais j’ai décidé d’aller à Yaoundé pour présenter mon neveu gravement malade (pas du COVID19) à un médecin spécialisé dans le cas de sa maladie.

Puis j’ai effectué aussi un voyage éclair à Douala dans la même semaine. Je me souviens avoir été dans deux boutiques, l’une d’informatique et l’autre un supermarché. A l’entrée du supermarché je me suis lavé les mains. C’était d’ailleurs obligatoire. Mais pas à l’entrée de la boutique d’informatique. Ni à la sortie de ce magasin, ni à la sortie du supermarché, je ne me suis lavé les mains. Même pas en rentrant à la maison ! Grosse bêtise.

N’ayant jamais été en contact avec un malade atteint ou suspect de COVID 19, je pense que j’ai attrapé le virus, à ces moments-là. En tout cas je n‘ai pas été contaminé dans le cadre de ma profession, puisque dans mon hôpital aucun cas de COVID 19 n’avait été signalé.

Quelques jours après mon retour au village, j’ai ressenti une fatigue puis la fièvre et la toux sont apparues. Médecin de mon état, j’ai tout de suite pensé au COVID19 et j’ai fait trois choses : la première c’est que je me suis isolé dans une chambre chez moi. Seule ma femme pouvait y entrer pour m’apporter à manger.

Les 4 premiers jours elle ne pensait pas à mettre le masque et moi non plus ! Mais elle se tenait à distance et en sortant de la chambre elle se lavait les mains et passait ma vaisselle sale à l’eau de javel. Elle nettoyait les poignées de porte à l’eau de javel. Les enfants qui étaient inquiets pouvaient se tenir à la porte pour me dire bonjour et repartaient aussitôt.

Quand mes collègues médecins de mon hôpital m’ont envoyé de la chloroquine de la pharmacie de l’hôpital, je me suis rendu compte que celle que je prenais depuis quelques jours, qu’on avait pourtant achetée dans une pharmacie de Bafoussam, était fausse

La deuxième chose, j’ai commencé à prendre l’association chloroquine-azithromycine. Ma femme me préparait aussi des tisanes de gingembre + l’ail+ citron non épluché ; je dois avouer que je ne buvais pas cela régulièrement à cause de son mauvais goût. Quand mes collègues médecins de mon hôpital m’ont envoyé de la chloroquine de la pharmacie de l’hôpital, je me suis rendu compte que celle que je prenais depuis quelques jours, qu’on avait pourtant achetée dans une pharmacie de Bafoussam, était fausse et j’ai donc commencé à prendre la vraie.

Enfin la troisième chose, c’est que nous avons téléphoné au 1510 ; on nous a renvoyé à l’équipe mobile de Bafoussam. Chaque jour elle promettait de venir, mais n’est venue qu’au 5e jour et a effectué le prélèvement naso -pharyngé et pharyngé. Trois jours après, le résultat est revenu positif. Ils sont venus aussitôt m’embarquer dans leur ambulance pour aller à l’hôpital de Bafoussam. Je ne voulais pas y aller, craignant de mauvaises conditions d’hébergement. Vous verrez que je n’avais pas tort. Mais le jeune médecin que j’ai eu au téléphone, qui avait été par ailleurs mon étudiante à l’UDM (université des Montagnes) m’a promis une bonne chambre.

Arrivé à l’hôpital, à la descente de l’ambulance, on m’a aidé à monter l’escalier d’une hauteur d’un demi-étage, puis on m’a laissé seul en me montrant du doigt où était la chambre qui m’était réservée. Une fois entré dans la chambre, ils ont posé mon sac sur le pas de la porte et ont fermé la porte à clé. J’ai alors vu quatre lits métalliques d’un certain âge, recouverts de vieux matelas, sans drap, sans couverture, sans oreiller. Pas de table de chevet. J’ai choisi un lit et j’ai posé mes affaires sur un autre lit à côté. J’étais seul dans cette chambre. Je me suis couché sur le matelas nu. Il était environ 14h. Je n’ai revu quelqu’un que le soir; une infirmière qui venait prendre mes constantes et délivré les soins, sans dire un mot. Je n’ai rien eu à manger jusqu’au lendemain ; ce matin-là un petit sachet en plastique noir (l’écaille comme ils disent) contenant un bout de pain et un sachet de café ou de chocolat, je ne sais pas car je ne l’avais pas ouvert.

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Comme il y avait une bouilloire électrique dans un placard, j’ai supposé que je devais faire mon petit déjeuner moi-même ; je n’en n’avais pas la force. Donc je n’ai rien mangé. A midi, ma famille que j’avais en ligne régulièrement, m’a apporté à manger, mais les vigiles qui gardaient l’entrée ont refusé de prendre le sac, disant qu’il y a des horaires pour amener la nourriture.

Les infirmières l’acceptèrent quand même, mais elles devaient le garder à l’infirmerie jusqu’à l’heure des prochains soins pour me l’apporter, car elles venaient de passer dans ma chambre et n’avaient plus de combinaison pour y retourner.

J’ai alors mangé très peu, car j’avais perdu l’appétit. Comme rien ne devait sortir de ma chambre, tout devait aller à la poubelle, c’est-à-dire dans un sachet en plastique posé près de la porte qui n’avait pas été vidé depuis un certain temps. L’agent de nettoyage est passé une seule fois pendant tout mon séjour. Je ne pouvais pas y aller, donc je laissais tous les déchets sur le deuxième lit à côté de moi. D’autres fois, sans que je sache pourquoi, l’entrée de la nourriture était totalement interdite et les vigiles conseillaient à ma femme d’aller poser mon repas par derrière.

Le colis était alors posé sur le toit qui se voyait en dessous du balcon. Je sortais péniblement sur le balcon pour récupérer ma pitance à travers les barreaux qui fermaient le balcon.

Une fois entré dans la chambre, ils ont posé mon sac sur le pas de la porte et ont fermé la porte à clé. J’ai alors vu quatre lits métalliques d’un certain âge, recouverts de vieux matelas, sans drap, sans couverture, sans oreiller. Pas de table de chevet. J’ai choisi un lit et j’ai posé mes affaires sur un autre lit à côté. J’étais seul dans cette chambre. Je me suis couché sur le matelas nu.

La chambre était munie de toilette, sans eau. Au deuxième jour, je le signale à une infirmière qui me dit : « mais il fallait ouvrir la vanne ». La dite vanne était tout en bas d’un mur, à peine visible. Elle l’ouvre. Dans les toilettes il y avait une colonne de douche dont le robinet ne se fermait plus. Inondation des toilettes. Il fallait marcher dans l’eau pour y entrer. Dans l’état d’épuisement où j’étais, marcher jusqu’aux toilettes était un calvaire, et souvent je lâchais les urines avant d’y arriver.

J’étais seul, fatigué, et il n’avait personne pour m’aider. Je pouvais même crier, personne ne m’aurait entendu. La porte était fermée à clé et l’infirmerie était loin. Par la suite l’infirmière me mit un étui et un sachet dans lequel coulaient les urines. Je devais aller vider le sachet moi-même. Un jour une infirmière me reproche de l’avoir fait sans noter le volume d’urine !

Du côté arrière de la chambre il y avait un balcon et une porte qui y donnait accès. Quel bonheur, je trouvais la force pour découvrir ce balcon fermé sur trois côtés, poussiéreux, la devanture donnant sur un toit de tôle car nous étions au premier étage. Un jour ensoleillé j’étais allé sur ce balcon et m’étais assis dans un fauteuil après avoir essuyé avec du papier hygiénique plusieurs couches de poussière.

Plus tard j’appris que le chef de service n’était pas content de cela et me traitait d’indiscipliné. Il craignait que je ne contamine les gens. Pourtant je ne risquais de contaminer personne puisque le seul côté ouvert donnait sur un toit. Est-ce que les gens marchent sur le toit ?

Les infirmières m’injectaient par voie intraveineuse directe une ampoule de Fleming (antibiotique associant amoxicilline et acide clavulanique), ce qui provoquait une sensation de brûlure très douloureuse dans ma veine ; malgré mes protestations elle continuait en me disant « assia », et cela tous les jours.

A part les infirmières qui venaient pour les soins matin et tard le soir je ne voyais personne. Je devais tout faire tout seul. J’ai mangé pendant une semaine avec la même fourchette sans la laver, n’ayant pas de force pour aller jusqu’au lavabo. Le premier jour, un jeune médecin est venu m’interroger, mais ne m’a pas examiné. Pendant tout mon séjour, aucun médecin n’est passé me voir, sauf le cardiologue qu’on avait appelé au dernier jour car j’avais les jambes qui enflaient.

Les médecins me téléphonaient pour me demander comment j’allais. Un jour l’un d’eux m’a demandé ma tension artérielle au téléphone, et comme l’infirmière ne l’avait pas encore prise, il m’a intimé l’ordre de le faire moi-même, ce que je ne pouvais pas faire.

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J’ai mangé pendant une semaine avec la même fourchette sans la laver, n’ayant pas de force pour aller jusqu’au lavabo

Je dormais assis les jambes posées sur le lit d’à côté, car dès que je me couchais les quintes de toux m’obligeaient à m’assoir et là je toussais moins. Ce n’était pas vraiment un sommeil.

Le médecin chef de service m’a téléphoné une fois, sous les pressions téléphoniques diverses qu’il recevait me concernant. Je l’ai su plus tard, après ma sortie. Le représentant du conseil de l’ordre des médecins à BAFOUSSAM m’a aussi appelé une fois, à la demande du président de l’ordre des médecins.

Ma famille m’avait demandé avec insistance de venir à Douala pour être à côté de centres pouvant me prendre en charge en cas d’aggravation, mais je refusais toujours dans l’espoir de guérir et de rentrer chez moi. Une nuit j’ai tellement souffert qu’au petit matin j’ai envoyé un message whatsap à ma famille, dont voici la teneur : « sortez-moi d’ici s’il vous plait ». Ce n’est pas tellement la maladie qui me faisait souffrir, mais la façon dont j’étais traité. C’était l’isolement, une souffrance morale. Une souffrance psychologique.

Ma famille m’avait demandé avec insistance de venir à Douala pour être à côté de centres pouvant me prendre en charge en cas d’aggravation, mais je refusais toujours dans l’espoir de guérir et de rentrer chez moi. Une nuit j’ai tellement souffert qu’au petit matin j’ai envoyé un message whatsap à ma famille, dont voici la teneur : « sortez-moi d’ici s’il vous plait ».

Surmontant de nombreuses difficultés procédurières administratives, notamment concernant le transport de malades COVID19 par ambulance, et après de longs entretiens entre ma famille et le médecin chef de service, celui-ci, très coopérant, accepta que je sois transféré à Douala, le 22avril 2020. Il m’envoyait dans une clinique de réanimation. Mais je n’étais pas en détresse respiratoire et mon état bien que grave ne demandait pas un séjour en réanimation. Le lendemain ma famille envoya une ambulance qui vint me ramener à Douala. J’exigeai qu’on m’amena à la clinique de l’Aéroport dont le propriétaire avait offert un étage de sa clinique pour prendre en charge les professionnels de la santé atteints de COVID19.

Ce qui fût fait. Un autre monde ! A la descente de l’ambulance, quelqu’un me soutint, car je ne pouvais pas marcher tout seul, et me monta jusqu’à mon lit. C’était un lit médicalisé couvert de draps. La chambre est confortable. Le lendemain j’ai dit à mon neveu que j’ai passé une nuit au paradis. J’avais pu enfin dormir couché car le lit médicalisé me permettait de soulever le dossier du lit jusqu’à la hauteur où je me trouvais bien en toussant moins.

Le lendemain, je me suis aperçu que les ambulanciers à qui j’avais demandé lors du départ de Bafoussam de prendre en même temps que mon sac ma couverture (une couette) et mon oreiller personnels que j’avais fait ramener de la maison étaient restés dans ma chambre à l’hôpital de BAFOUSSAM. Ma femme téléphona aussitôt pour demander qu’ils soient mis de côté en attendant que quelqu’un vienne les récupérer.

Ils avaient déjà été brûlés par le service d’hygiène. Pourquoi n’ont-ils pas brûlé aussi le matelas sur lequel je couchai, ou l’appareil d’oxygène que j’avais constamment devant moi ?

Les soins furent poursuivis avec cependant quelques modifications, notamment le rajout d’un anticoagulant. Un médecin passait dans ma chambre régulièrement. Les infirmiers et l’agent d’entretien me parlaient.

Mon rétablissement s’effectua progressivement. L’appétit revint. La fatigue persista plus longtemps. Je restais encore un peu essoufflé. Je pus quitter la clinique pour rentrer chez moi. En sortant Je constatai la joie du personnel admiratif du dévouement de ma famille qui venait plusieurs fois par jour sans pouvoir entrer dans ma chambre, m’apportant nourriture et objets divers que le personnel montait dans ma chambre avec gentillesse.

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Mon dossier médical me fût remis. C’est seulement à ce moment que je pus prendre connaissance des résultats des examens de sang que j’avais subi à et de la lettre de référence du médecin de Bafoussam au médecin réanimateur de Douala. Elle contenait des données médicales dans lesquelles je ne me reconnaissais pas. Je ne peux en dire plus car les non- médecins ne comprendront pas.

Ce fut le parcours du combattant pour trouver un test afin de confirmer ma guérison. Rien dans la clinique, ni auprès de plusieurs confrères de Douala. Il me fallut beaucoup de démarches pour en obtenir un.

J’avais demandé aux médecins de la clinique de ma refaire un prélèvement pour constater ma guérison par la négativité de ce test. Ce fut le parcours du combattant pour trouver un test afin de confirmer ma guérison. Rien dans la clinique, ni auprès de plusieurs confrères de Douala. Il me fallut beaucoup de démarches pour en obtenir un. Il est revenu négatif. Ouf ! Le scanner du poumon fut enfin fait. Le médecin qui m’avait vu à l’entrée à l’hôpital de Bafoussam en avait prescrit un, que j’avais approuvé. Mais il ne fût jamais réalisé. A chaque demande on me disait que c’est compliqué.

Ce scanner révéla une atteinte importante des poumons. Après traitement le scanner de contrôle montra que ces anomalies avaient considérablement diminué. J’étais inquiet à cause de ma fréquence cardiaque qui restait trop élevée. Il existe effectivement des atteintes cardiaques au cours du COVID19. Un confrère que je remercie ici me fit gratuitement un bilan cardiologique qui s’avéra normal. Plus tard ma fréquence cardiaque revint à la normale sans aucun traitement spécifique.

Après ma sortie de la clinique, ma famille et un ami me firent une révélation étonnante: pendant que j’étais hospitalisé à Bafoussam, un médecin, praticien en ville dont je tairai le nom vu sa position en vue dans la ville, informa un ami que mon cas était désespéré, ce qui lui fit profondément mal. Je n’avais jamais vu ce médecin. Mais il m’avait téléphoné une fois dans mon lit d’hôpital, à la demande du président du conseil de l’ordre des médecins.

J’appris aussi qu’un autre médecin de ville ami de ma famille avait reproché à celle-ci de m’avoir conduit à cet hôpital connu pour sa maltraitance des malades COVID 19. Je confirme. Ma famille ne voulait pas me le dire pendant que j’étais hospitalisé, de peur de me déprimer, mais elle se bâtit à fond pour me trouver une ambulance qui me ramènerait à Douala. Je l’ai échappé belle.

FIN

Voilà les faits bruts, que je ne commente pas.

Ajouter un couplet sur le traitement des morts de COVID19

Le corps de morts du COVID19 n’est pas contagieux
Parce que, « quand le malade meurt, le virus meurt aussi »
Le virus peut cependant persister dans les poumons quelques jours, jusqu ‘à 5 jours selon un médecin légiste qui a pratiqué une autopsie. Mais ne peut en sortir car le mort ne parle, ni ne tousse, ni n’éternue.
Le personnel des morgues, des pompes funèbres et les médecins légistes doivent donc porter des équipements de protection. Les autopsies rituelles faites dans certaines régions du Cameroun, doivent donc être interdites.
En conclusion les familles de morts de COVID19 peuvent récupérer les corps et leur offrir des obsèques dignes à deux conditions 1) ne pas manipuler ni traiter eux-mêmes les corps, notamment par les autopsies rituelles. 2) Ne pas rassembler plus de 50 personnes pour les enterrements, en raison du principe de la distanciation sociale.

A propos du Dr Siméon Kuissu :

Ancien chef de clinique à la faculté de médecine de Strasbourg, le Dr KUISSU est pneumologue, c’est-à-dire spécialiste des maladies respiratoires. Diplômé de tabacologie de l’Université du Kremlin-Bicêtre à Paris, il est également Allergologue, Spécialiste en médecine interne, enseignant chercheur,

Source: Dr Kuissu est actuellement praticien hospitalo-universitaire à l’Université des Montagnes à BANGANGTE

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