Pour Chris Fomunyoh avec l’impact de la covid-19 sur la democratie en afrique : la démocratie et les institutions démocratiques vont être mises à l’epreuve.

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Le Dr Chris Fomunyoh est expert du processus de démocratisation en Afrique, associé principal et directeur régional pour l’Afrique centrale et occidentale, du National Democratic Institute, une organisation à but non lucratif et non partisane qui travaille au renforcement des institutions démocratiques dans le monde entier.

Le Dr Christopher Fomunyoh est basé à Washington D.C. Aux États-Unis. Il a organisé et conseillé des missions internationales d’observation des élections dans presque tous les pays africains et tient régulièrement des réunions avec des chefs d‘État et de gouvernement, des ministres, des élus et des responsables de la société civile.

Dans cet entretien, il nous parlera de l’impact probable de la COVID-19 sur les élections et la démocratie dans divers pays africains, ainsi que des mesures à prendre pour relever les défis qui se posent.

Certains pays africains sont susceptibles de reporter les élections, car ils pourraient être confrontés à des défis aggravés par l’augmentation des coûts et l’apparition de la COVID-19. Quelles sont vos recommandations pour ces pays durant cette période ?

Dr Fomunyoh : Jusqu’ici les pays africains nous ont présenté trois approches. Il y a des pays comme le Mali ou le Burundi qui ont organisé des élections en Avril et en Mai. Nous avons d’autres pays comme la Tanzanie et le Malawi qui se demandent toujours s’il est pertinent de maintenir leur calendrier électoral. Nous avons un pays comme l‘Éthiopie où la question du report des élections est actuellement en débat. C’est donc une épidémie qui aura un impact avec le calendrier électoral dans de nombreux pays africains.

Comment peut-on utiliser la technologie et la créativité pour réduire les coûts des élections en Afrique, car elles risquent d‘être annulées dans certains pays faute de ressources suffisantes ?

Dr Fomunyoh : Bien sûr, il y a une question liée aux ressources mais il y a également quelques difficultés à respecter ces mesures destinées à réduire la contamination des populations du fait de la COVID-19. Du fait de la nécessité de respecter la distanciation sociale, il n’est plus possible de tenir des meetings populaires. Cela exposerait la population. La communica tion des partis politiques et des candidats devra donc passer par les médias et les technologies moderne. Et même les organisations citoyennes qui observent traditionnellement les élections devront adapter leur travail, en commençant par la transmission des résultats, au travers de la technologie, du téléphone, des portables et des ordinateurs afin de transmettre l’information. Nous devrons nous préparer à faire confiance à l’innovation et aux nouvelles technologies afin de tenir nos élections.

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Dr Chris, y a-t-il des raisons de craindre que les institutions démocratiques soient affaiblies de quelque manière que ce soit par la pandémie de COVID-19 ?

Dr Fomunyoh : Écoutez. Je n’ai pas beaucoup de craintes. Mais la vérité est que la démocratie et les les institutions démocratiques vont être mises à l’epreuve. Dans certains pays, parce que l’espace politique va se réduire, certains régimes peu attachés à la démocratie vont utiliser le prétexte de la pandémie pour essayer de renforcer les pouvoirs de l’exécutif. Mais dans les pays qui sont engagés dans la gouvernance démocratique, je suis sûr que les dirigeants, les élus, les chefs de partis politiques et les responsables civiques trouveront des moyens de travailler avec leurs commissions électorales respectives afin qu’il y ait des processus inclusifs où chacun pourra donner son avis sur la manière dont les élections et les autres processus politiques pourraient être gérés pendant cette période de COVID-19. Et en fait, ces pays pourraient même voir leur démocratie se renforcer et la résistance de la population être compensée en conséquence.

Dans l’une de vos interventions à la Chatham House, vous avez invoqué la nécessité pour les dirigeants africains d‘être de bonne foi. Pouvons-nous compter sur leur bonne foi pour promouvoir la démocratie pendant cette période ? Et est-ce une occasion de rendre les élections plus transparentes qu’avant ?

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Dr Fomunyoh : Certainement. Je dirai qu’au cours des deux dernières décennies, nous avons vu un certain nombre de dirigeants africains qui se sont présentés comme des partisans du dialogue politique et qui ont fait des efforts pour s’assurer que le pouvoir politique puisse changer de main par les urnes et que les élections puissent être organisées de manière significative pour donner une voix aux citoyens. Il y a donc un bilan dont on peut être fier. Mais en même temps, nous avons toujours des régimes récalcitrants et autocratiques qui rendent difficile l’organisation des elections crédibles et nous utiliserions des occasions comme celle-ci pour exhorter les démocrates africains, qu’ils soient dans des organisations de la société civile ou des partis politiques, à continuer de demander des comptes à leurs dirigeants. Nous appelons également les dirigeants à prendre des décisions qui peuvent préserver leur place dans l’histoire, qui peuvent préserver leur héritage en tant que personnes qui ont gouverné avec justice et qui ont contribué à faire en sorte que la démocratie puisse être renforcée sur tout le continent africain.

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Avec une crise économique imminente et la hausse possible du chômage, doit-on craindre qu’il y ait des troubles à travers le continent ?

Dr Fomunyoh : Ne soyons pas des porte-malheur puisque cette pandémie mondiale ne touche pas seulement l’Afrique. De nombreux pays d’Europe, d’Asie et d’Amérique du nord sont aussi concernés. Et de nombreuses économies de ces pays vont être touchées par la pandémie. Je ne serais donc pas surpris de voir que certains des mouvements sociaux que nous observons actuellement aux États-Unis et dans certaines parties de l’Europe se font également sentir en Afrique. Mais le test va consister à voir quelles mesures les gouvernements africains vont prendre afin d’atténuer le choc économique de la pandémie et comment ils peuvent travailler avec d’autres parties prenantes pour s’assurer qu’il y ait un accompagnement économique pour les entreprises qui créeront des emplois, pour le secteur privé qui créera des emplois, que les jeunes trouveront encore des opportunités dans la période post-COVID et que les pays peuvent être stabilisés d’une manière qui leur permettra de rebondir aussi bien économiquement que politiquement.

Permettez-moi d’aborder un autre évènement qui fera date, car nous arrivons progressivement à la fin du programme. En République démocratique du Congo, une affaire de corruption très médiatisée impliquant le directeur de cabinet du président Felix Tshisekedi est en cours. Quel est l’impact des campagnes anti-corruption sur la bonne gouvernance sur le continent ?

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Dr Fomunyoh : Comme vous l’avez indiqué à juste titre, l’affaire en République démocratique du Congo est toujours en cours. C’est une affaire très médiatisée, je ne la commenterais pas car les enquêtes sont toujours en cours et le procès est toujours en cours. Mais c’est une affaire que nous suivons de près aux côtés du peuple congolais qui veut pouvoir déterminer s’il s’agit d’un effort honnête de lutte contre la corruption qui se traduit par un impact très négatif sur le bien-être des citoyens. Et je suis sûr que si la justice prévaut et que les enquêtes sont menées de manière très transparente en fin de compte, cela enverra un message très fort, non seulement aux Congolais mais aussi aux titulaires de postes à travers le continent, que le système judiciaire a un rôle à jouer et que la corruption a un impact négatif sur le bien-être de nos économies et de nos pays.

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Propos recueillis par Elvis Boh

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