La lettre de la semaine : PIRE QUE LA TRIPARTITE: RENDEZ-VOUS AU BIYALOGUE

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La lettre de la semaine : PIRE QUE LA TRIPARTITE: RENDEZ-VOUS AU BIYALOGUE .Obnubilés par leurs rêves d’un monde politique moderne arrimé sur la démocratie et le progrès, pour lequel ils se battent depuis les années quatre vingt dix, les camerounais ont pris M. Biya au mot après son discours du 10 septembre 2019. Ils se sont ainsi mis a espérer d’un vrai dialogue pour éteindre le brasier sanglant que ce dernier a allumé depuis trois ans dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-ouest pour punir les anglophones d’avoir fait le même rêve depuis 1961.

Erreur fatale qui les amène à croire qu’un homme constant pendant 36 ans de pouvoir absolu, peut du jour au lendemain changer de cap.


A quelques jours de ce forum tant attendu, la désillusion est totale au fur et à mesure que la face réelle de l’homme et de son régime apparait dans sa crudité. M. Biya et son régime sont les avatars d’un système monolithique mis en place depuis soixante ans pour servir des intérêts néocoloniaux, indispensable aux ambitions planétaires des certaines puissances occidentales. Tant que cette logique persiste, M. Biya ne peut pas de lui=même subitement changer sans mettre tout un système en danger. Ensuite, il faut être naïf pour croire que quelqu’un peut changer une stratégie qui lui a déjà permis de gagner.

En 1991, grâce a la tripartite, il a réussi a étouffer les revendications populaires pour une conférence nationale souveraine qui, si elle avait eu lieu, aurait abordé la plupart des problèmes qui sont a la base de la crise anglophone actuelle, a savoir revoir la forme de l’Etat pour l’amener et refléter les aspirations qui ont été a l’origine de la restauration de la nation en 1961 et renforcer la démocratie et la bonne gouvernance pour mettre le pays sur la voie du progrès et de la modernité.

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Or dans son esprit, la concession du dialogue auquel par nature il s’est toujours opposé, n’avait pour seul but que de se donner une légitimité qu’il a perdue après son humiliante défaite aux élections présidentielles d’octobre 2018, même si finalement il a une nouvelle fois volé la victoire comme d’habitude. Surtout que la violente crise postélectorale qui en a suivi l’a poussé à museler une nouvelle fois l’opposition au point de mettre sous les verrous un des ses concurrents avec plus de deux cents de ses militants et sympathisants.

Un virage autocratique qui a refroidi le soutien de ses parrains occidentaux et provoqué des pressions multiformes de leur part qu’il ne peut desserrer qu’en donnant l’impression de céder sur la crise anglophone qui bien que plus sanglante, menace moins son pouvoir. D’ou la convocation du grand dialogue national qui finalement ne sera qu’un Biyalogue, soit un congres RDPC-bis.


Si vous avez bien scruté le défilé chez le Premier Ministre de toutes les délégations dont M. Biya est assuré du contrôle de la plupart a travers les gouverneurs revêtus de leurs manteaux de militants zélés de son parti, vous aurez remarqué qu’elles ne sont composées que des militants du RDPC. Et quand par hasard on y introduit un corps étranger comme a l’Ouest, on s’arrange à l’isoler a tel point qu’il n’a aucune chance de se faire entendre.

Plus grave, la majorité des délégations sont truffées de francophones qui non seulement ne comprennent rien a la crise anglophones, mais ne sont la pour la plupart que pour toucher les « frais de taxi » qui coulent flot au premier ministère. Par conséquent, il est clair que pour M. Biya, le grand dialogue national du 30 septembre au 4 octobre 2019 que vous attendez impatiemment, ne sera pas autres chose que le congrès ordinaire du RDPC son parti, dont il bloque la tenue depuis plus de trois ans.

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Si vous avez aussi écouté attentivement tous les chefs de délégations a leur sortie de l’audience avec le Premier Ministre, ce « congres » aura pour seul objectif de relancer la décentralisation, subrepticement introduite dans la constitution de 1996 mais jamais appliquée, pour étouffer l’aspiration populaire au fédéralisme qui de 1990 a nos jours, apparait comme la seule solution aux revendications populaires auxquelles M. Biya, en répondant par les armes, a provoque la guerre civile qui ravage les régions anglophones. En clair, M. Biya est à la recherche d’une caution des francophones pour continuer sa guerre contre les anglophones et imposer a l’échelon national sa décentralisation de façade a la place du fédéralisme, seule garantie du renforcement de l’unité nationale dans la diversité.


Enfin, si vous avez bien suivi la revue de la presse du mardi 24 septembre 2019, vous aurez compris que le régime n’est plus du tout content du gouvernement suisse (l’expulsion de Biya de Genève au mois de juillet dernier doit y être pour quelque chose) sur lequel il comptait pour amener certains groupes séparatistes radicaux a venir au grand dialogue pour cautionner sa démarche. Il accuserait les suisses de lui avoir fait du chantage en réclamant 10 milliards de francs CFA pour mobiliser les groupes séparatistes. Si sa volonté de négocier avec tout le monde était sincère, avait-il besoin de motiver financièrement les groupes séparatistes ? N’aurait-il pas suffit de décréter un cessez-le-feu et une amnistie générale pour toutes les personnes arrêtées suite a la crise anglophone et a la crise postélectorale pour leur permettre d’assister au dialogue ?

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Le décor étant ainsi planté, on comprend bien que le grand dialogue tant attendu risque d’être pire que la tripartite et n’aura pour seule ambition que d’essayer d’isoler encore plus les anglophones afin de se donner les coudées franches pour lutter contre l’opposition qui continuer a combattre son ambition de rester au pouvoir jusqu’à la mort et d’assurer une chance de survie a son régime après lui ?.
Wait and see.

Source Facebook: Evariste FOPOUSSI FOTSO

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