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De l’or découvert à Eséka Cameroun

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Depuis trois mois, quatre sites aurifères y attirent près de 800 exploitants artisanaux de diverses nationalités.

Le lac d’Eséka a perdu de sa superbe depuis plusieurs années. Envahie par les arbres, cette étendue d’eau qui se trouve dans une zone marécageuse n’attirait plus de monde. Pourtant, depuis près de trois mois, ce site situé à Eséka-Village est de plus en plus couru.
Tout le monde ou presque s’y rend de plus en plus, jeunes, hommes et femmes. C’est que, de l’or a été découvert à une cinquantaine de mètres du lac. La zone est difficilement accessible d’autant plus qu’elle est marécageuse. Il faut donc s’équiper d’une paire de bottes pour y accéder. A une dizaine de mètres de là, des ronflements d’une motopompe se font entendre. Sur les lieux d’exploitation samedi dernier (04 novembre 2017, ndlr), une cinquantaine de personnes sont en activité, hommes comme femmes. L’arrivée de tout visiteur suscite toujours beaucoup de méfiance.
A Eséka-Village, des trous et des fosses de taille

et de profondeur variées sont visibles. C’est une clairière. Plusieurs arbres ont été déracinés du fait des trous qui ont été creusés tout autour. Dans des cuvettes, des femmes nettoient du sable pour obtenir de petites quantités d’or. Les chercheurs de ce métal précieux se servent de motopompes, de pelles et autres caisses en bois, à la quête du précieux minerai. Selon l’un d’entre eux, présenté comme le plus expérimenté, la découverte s’est faite de manière fortuite. « J’ai découvert ce site d’or par hasard. Je sais qu’il y a de l’or dans le Nyong et Kéllé. Je sais également que partout où il y a le marécage, il peut y en avoir. Alors je suis venu ici, j’ai creusé et j’en ai découvert », relate celui qui dit avoir tout simplement humé l’odeur de l’or dans la zone. Sous le couvert de l’anonymat, ce dernier indique également que la découverte de ce site a été faite, il y a trois mois, et que pour l’instant, les orpailleurs ne se limitent encore qu’à l’exploration. Mais, indique-t-il, des préalables ont été faits avant l’exploitation dudit site. « Nous avons fait une demande de recherche d’or à la délégation départementale des Mines d’Eséka. Le délégué nous a demandé de nous faire établir une carte d’artisan minier, ce que nous avons fait et ce n’est qu’après cela que j’ai commencé à explorer ce site », ajoute-t-il.
L’exploration dure donc depuis trois mois. Pourtant, cela fait seulement un mois environ que Sa Majesté Gabriel Mayi Matip, chef supérieur d’Eséka dit avoir été informé de la découverte aurifère dans son territoire de commandement traditionnel. C’était, dit-il, après une altercation entre des exploitants. L’autorité traditionnelle a par la suite saisi les autorités administratives. C’est ce qui a amené le préfet du Nyong et Kéllé, Peter Tieh Nde, à prendre un arrêté interdisant l’exploitation artisanale de l’or. Le document daté du 31 octobre dernier fait étendre cette interdiction aux localités de Batbat et Bogso, ainsi que tout l’arrondissement d’Eseka et ses environs

Réglementation
A en croire le chef supérieur d’Eséka, au moins quatre sites d’extraction d’or ont été repérés dans le chef chef-lieu du département du Nyong et Kéllé. Lesquels sites sont actuellement exploités de manière artisanale. D’après le préfet, la ruée vers l’or est à l’origine de l’arrivée soudaine de plus de 800 personnes dans la ville d’Eséka, pas seulement des Camerounais.
Des ressortissants de plusieurs pays d’Afrique centrale et de l’Ouest y sont en pleine activité et de façon artisanale. Cela dure depuis de nombreux mois. L’activité minière étant régie par un Code minier, il est question, insiste le préfet Peter Tieh Nde, que cette réglementation soit appliquée. « J’ai saisi le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmindt) qui a envoyé une mission du Centre d’appui et de promotion de l’artisanat minier (Capam), laquelle est actuellement à Eséka. Il lui revient de veiller à ce que le Code minier soit appliqué en la matière », révélait-il pendant un entretien téléphonique dimanche dernier. L’autorité administrative indique également que l’exploitation sera permise uniquement à toux ceux qui auront une carte minière, un permis d’exploitation minier. Ces derniers devront par ailleurs s’organiser en Groupe d’initiative commune (Gic) ou en société.
Malgré cette exhortation à la formalisation pour une activité mieux structurée, l’exploitation artisanale de l’or se poursuit à Eséka. Le métal précieux se vend parfois sur place. « Lorsqu’on creuse, on projette de trouver de l’or quand on est au-delà du troisième coup de pelle. Puis, on lave la terre dans une cuvette. Il va rester au fond de la cuvette, une poudre noire. On continue le lavage, puis, on la poudre et on obtient des paillettes », explique un exploitant.
Ce dernier relève par ailleurs que des acheteurs viennent parfois sur place. Ce sont en majorité des ressortissants du Grand Nord du Cameroun. Le gramme d’or est vendu ici à 22 000 Fcfa. L’exploitation peut se pratiquer de jour comme de nuit. Loin du souvenir douloureux du 21 octobre 2016 où un accident de train avait fait 80 morts et 600 blessés, Eséka semble revivre. L’or annonce des lendemains plus heureux.

Blaise Djouokep, De Retour D’Eséka

©Mutations
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