Sénatoriales 2023, dieu donne ma part sur ça !

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Le 12 mars prochain, le collège électoral que constituent les onze mille membres des Conseils municipaux et des Conseils régionaux au rang desquels de nombreux chefs traditionnels est appelé à élire 70 des 100 sénateurs qui formeront la troisième mandature du Sénat après celles de 2013 et 2018.

Le débat sur la légitimité, la légalité et l’importance de cette institution est toujours d’actualité. La représentation de sa composition politique au fils des années vise à faire comprendre ce qu’il faut ne pas attendre de cette institution constitutionnellement en charge de l’inexorable transition politique à venir.

La permanence du RDPC ultra majoritaire

Depuis la mise en place en 2013 de cette institution prévue dans la constitution de 1996, le RDPC, s’est toujours assuré la part du lion. C’est à la faveur d’une erreur de technicalité que le SDF a pu rogner cette majorité obèse en 2013 avec 14 sénateurs. Dans l’Adamaoua, le RDPC dont la liste était disqualifiée, avait alors assené un coup fourré à son allié l’UNDP en votant pour le SDF qui n’avait arithmétiquement aucune chance de gagner. Depuis lors, contre peu de vents et presque pas de marées, cet obélisque monolithique s’est rassénéré.

A ce jour, bien avant les élections, le RDPC a déjà engrangé 14 sièges dans la mandature de 2023. A titre illustratif tous les autres partis actuellement au Sénat ont reçu chacun un siège.

Si à ses débuts le Sénat a semblé être une institution de recasement ou de retraite pour des personnalités ayant occupé de hautes fonctions gouvernementales et/ou dirigé des sociétés publiques, l’entrée en scène des hommes d’affaires qui, par leur engagement politique entendent protéger leurs affaires, a rendu les primaires du RDPC particulièrement courues. Outre donc l’environnement institutionnel évoqué précédemment, le RDPC doit son apparente vigueur à l’embrigadement de l’élite traditionnelle (chefs de villages), administrative et économique dont les intérêts sont ailleurs.

Comme cela s’est vu par le passé, ce que redoute le plus le RDPC ce sont les querelles internes. En effet, comme l’affirme Christophe Mien Zok dans l’action 1404 du 7 février 2023, « ses vieux démons, ses éternels fantômes et ses principaux adversaires sont dans ses propres rangs ». En 2018 par exemple, dans le Nord-Ouest, la bataille entre les listes aux primaires s’est déportée au scrutin général à l’avantage du SDF. Tout récemment, dans le Sud-Ouest où le RDPC n’aura pas d’adversaire, deux barons du régime en seraient venus aux mains pour placer leurs candidates. Le décès il y a quelques jours des suites de maladies d’une vénérable de cette région, candidate à sa propre succession, va certainement y raviver les tensions.  

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Quoi qu’il en soit, avec le renouvellement des candidatures, au soir de la proclamation des résultats, le monolithe qu’est la chambre haute du parlement camerounais sera légèrement requinqué. 34 des 70 candidats titulaires présentés par le RDPC sont des new comers.  Dans le SDF, au Nord-Ouest, pour cause de décès ou de non-sélection suivie d’exclusion, 2 des 7 sénateurs de 2018 ne seront plus là. Il en est de même pour le sénateur nommé du MDR.  C’est dire que la mue du Sénat se fera grâce à une certaine dynamique interne du RDPC.

Donne ma part

A la vue de la composition du corps électoral, des pratiques et enjeux, il est clair que l’élection des sénateurs qui constitueront la cuvée 2023 est pliée. C’est donc parmi les 30 sénateurs que Paul Biya nommera qu’il y a cette fois ci quelques chances de voir figurer les autres partis politiques au Sénat. Afin de donner l’impression d’un pluralisme politique du Sénat, depuis 2013, la mansuétude du Président de la République a bénéficié à l’UNDP, à l’ANDP, au FSNC et au MDR auxquels s’est ajouté en 2018 l’UPC.

Depuis les dernières élections présidentielles de 2018, le nombre de partis satellites ou se réclamant d’une certaine alliance avec le RDPC ayant crû, Il sera très difficile de bénéficier ou de conserver cette gratification du président.  Ces partis, dont certains sont stratégiquement en compétition contre le parti au pouvoir, les yeux rouges et larmoyants vivent dans l’espérance d’une rédemption s’ils venaient à être gratifiés d’un à deux sièges de sénateurs nommés.

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Dans cette optique, le SDF présentement à l’agonie pourrait voir son concubinage avec le RDPC officialisé. Les yeux doux sont également mis à contribution. Au sortir d’une assise de son bureau politique en janvier dernier, L’UDC qui avait dédaigneusement refusé l’offre d’un siège de sénateur suppléant en 2013 s’est dit déterminé à entrer au Sénat. Comment ?

Il faut avoir à l’esprit que sur les plus de 300 partis politiques légalisées que compte le Cameroun seuls 10 sont officiellement en course pour les sénatoriales du 12 mars prochain. Le reste est en embuscade et bon nombre d’entre eux espèrent accéder à la mangeoire du Sénat qui est aussi, sinon plus fournie que les lignes 65 et 94 réunies.

Comme quoi, sauf miracle, ce n’est pas demain la veille du changement attendu. En tout cas l’impulsion ne viendra pas du Sénat. Sa physionomie ne l’y prête pas.

David Manga Essala

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