De quelle décentralisation parlent la France et Paul Biya aux Anglophones?

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La «décentralisation» qu’imposent la France et Paul Biya aux Anglophones en ce moment est une grossière fourberie et non une solution sincère et durable à la crise Anglophone. Il s’agit d’une supercherie parce que dans les faits, aucun pouvoir réel n’a été décentralisé aux collectivités territoriales dites décentralisées, dans cette proposition qui est prônée.

Il importe de situer d’entrée de jeu le cadre de notre analyse en  rappelant  que le régime colonial français,  hyper centralisé et jacobin en place au Cameroun a été installé au Cameroun par la France entre 1955 et 1960 (par les gouverneurs coloniaux métropolitains Roland Pré et Louis-Paul Aujoulat), dans le seul et unique but de priver le Cameroun de son indépendance, en subtilisant la souveraineté effective du pays des mains du peuple camerounais, par des ruses savamment incrustées de façon inhérente dans le modèle conceptuel de ce régime néocolonial que préside Paul Biya aujourd’hui.

Cet objectif d’une colonisation perpétuelle du Cameroun par la France n’a pas évolué depuis lors, et reste toujours d’actualité aujourd’hui: continuer à maintenir par la ruse le Cameroun dans ce qu’elle appelle, son précarré, c’est-à-dire maintenir le Cameroun fermement dans l’étau de la vassalité coloniale française, tout en faisant croire aux Camerounais par des ruses multiformes que le Cameroun est indépendant et souverain!

D’où le rôle trouble que joue la France en ce moment par sa résistance à toute modification de la forme de l’État camerounais comme solution durable, négociée et consensuelle à la crise Anglophone. Pour la Métropole, la ruse, la perfidie, la roublardise, et la fourberie doivent être mises à profit pour maintenir le statu quo jacobin, tout en faisant croire aux Camerounais, particulièrement les Camerounais Anglophones,  que la forme de l’État a été modifiée en la faveur d’une décentralisation. Mais dans la réalité rien n’a bougé!

En effet, les gouverneurs, les préfets, les sous-préfets, les délégués du gouvernement et tout autre représentant du gouvernement central nommé directement et unilatéralement de Yaoundé auront chacun un veto, tout comme c’est déjà le cas présentement, dans chaque décision que prendront les autorités élues par les collectivités qui seront décentralisées. Telles sont les tristes vérités écrites noir sur blanc dans la constitution du Cameroun de 1996 qui est invoquée à cet effet, et qui spécifie la «décentralisation» en question prônée comme solution de la crise Anglophone par la France et son régime colonial en place à Yaoundé.

Cette nouvelle ruse coloniale de la France et de son gouverneur colonial local, Paul Biya, est une perfide insulte à l’intelligence de tous les Camerounais, singulièrement à celle de nos frères et sœurs Anglophones, car ce bel emballage du système jacobin hyper centralisé en place avec des parures de la décentralisation ne règle pas les problèmes de fond  à la source de la crise Anglophone en cours, la marginalisation.  La France se prend ce faisant pour plus rusée et plus maligne que tous les Camerounais réunis, et ce, aux mépris de nombreuses vies des Camerounais martyrisés et victimes des deux bords de la guerre civile (génocide Anglophone) en cours au Cameroun.

Par conséquent, tous les Camerounais doivent refuser ces demies mesures qui, au mieux, reportent simplement la résolution des crises et guerres civiles en cours aux futures générations de Camerounais, et ce dans le seul but de permettre à la France de continuer à traire le Cameroun et ses ressources, telle une vache.

La seule solution viable susceptible de résoudre durablement la crise Anglophone, le génocide des Anglophones,  la situation des autres guerres civiles larvées, la crise sociopolitique en cours au Cameroun, tout en assurant l’unité nationale et le vivre ensemble entre les différentes composantes du peuple camerounais est et reste le rétablissement d’un système fédéral conséquent au Cameroun.  Toute autre solution n’est que vain atermoiement ou perfidie coloniale habituelle de la France, qui ne résoudra rien, mais prolongera davantage les souffrances et les pertes inutiles des vies camerounaises des deux bords de la crise, pendant des générations.

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Même la meilleure possible de la simple décentralisation est à décommander au Cameroun, car dans une simple décentralisation, le gouvernement central conserve en toute légalité un pouvoir constitutionnel lui permettant de modifier en tout temps, et ce unilatéralement,  le cahier de charges des pouvoirs concédés aux régions dans le cadre de la décentralisation, sans demander ou obtenir l’avis préalable des régions décentralisées. Autrement dit, les pouvoirs concédés aux régions dans le cadre d’une simple décentralisation sont éphémères, et peuvent être repris par le pouvoir central sans préavis, à tout moment.

Par contre, dans un système fédéral, le pouvoir central n’a aucune possibilité de  modifier unilatéralement quel que élément que ce soit de la constitution du pays, y compris le partage du pouvoir entre les paliers de gouvernements de la fédération, sans la participation effective des états fédérés au processus de cette modification et sans leur accord préalable et explicite. Cette disposition sur la participation obligatoire et sine qua non des états fédérés à toute modification de la constitution fédérale du pays consacre la stabilité constitutionnelle des pouvoirs dévolus aux régions dans un système fédéral, par opposition au contexte constitutionnel insécure et instable dans une simple décentralisation, où le gouvernement central est le seul maître qui délègue et reprend unilatéralement les pouvoirs aux régions, à sa guise et selon son humeur du moment.

L’histoire récente nous enseigne que la France et Paul Biya négocient au Cameroun seulement chaque fois qu’ils ont le dos au mur, mais ne respectent jamais les ententes signées, une fois la tempête passée :

  1. En 1991, devant l’ampleur de la mobilisation des opérations « villes mortes » dont les émeutes résultantes et les manifestations s’étendaient à l’ensemble du pays, la France et le régime Biya ont organisé une négociation dans le cadre de la fameuse  conférence tripartite gouvernement-opposition-société civile, mais n’ont jamais mis en application les résolutions convenues par toutes les parties suites à ces négociations. Le silence de la France qui jouait le rôle de l’arbitre lors de ces négociations est complice.
  2. Le 27 février 1996, un décret présidentiel de Paul Biya érigea une dizaine des plus grandes villes du Cameroun en « communes à régime spécial », dont la plupart avaient été gagnées par l’opposition, afin de confisquer le pouvoir aux mairies. Le silence de la France fut complice.
  3. En 2008, Paul Biya modifia la constitution promulguée 18 janvier 1996 pour y éliminer  le verrou de la limitation à deux mandats présidentiels, tout en massacrant au passage des centaines de Camerounais qui s’étaient opposés à cette modification anticonstitutionnelle. Le silence de la France fut complice.
  4. L’article 66 de la constitution du Cameroun du 18 janvier 1996 qui soumet les personnalités de la République, du gouvernement, les parlementaires, les élus régionaux, municipaux et ceux de
    l’administration publique à l’obligation de faire une déclaration de leurs biens au début et à la fin de leur mandat ou de leur fonction n’a jamais été mis en application par le régime de Paul Biya. Le silence de la France est complice.
  5. Etc.

Tous ces faits d’armes récents de la roublardise du couple colonial France/Paul Biya, pour simplement rappeler aux négociateurs et aux médiateurs éventuels des pourparlers de paix de la crise anglophones et sociopolitiques en cours au Cameroun que des mesures spécifiques qui enlèvent au gouvernement central de Yaoundé toute possibilité de modifier unilatéralement le cahier de charges de quelque partie que ce soit de la nouvelle constitution négociée du pays qui sera convenue, sans la participation et l’aval explicites des collectivités territoriales décentralisées, doivent être enchâssées dans l’entente finale qui résultera des pourparlers de paix.

À cet égard, un fédéralisme étalonné au standard international est la seule forme de l’État qui garantira une paix durable, une stabilité constitutionnelle, le vivre ensemble et l’unité nationale du Cameroun.

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Certains se demanderont à juste titre pourquoi cet article invoque le nom de la France dans un conflit qui n’oppose que des Camerounais entre eux! Le rôle colonial de la France est mis en exergue et affiche la France aux yeux du monde comme étant le vrai dépositaire de la souveraineté du Cameroun, maître colon des lieux au Cameroun et comme le seul décideur actuel du sort des Camerounais par les faits avérés suivants :

  1. Le régime de Paul Biya est néocolonial et ne prend ses ordres que de Paris. Monsieur Biya a été nommé gouverneur colonial local du Cameroun par la France en 1982. La loyauté de Paul Biya et de son régime, à maintes reprises, est à la France et non au Cameroun. Pour preuve, malgré les multiples demandes des parties politiques d’opposition représentées au parlement et au Sénat au Cameroun, ni le parlement camerounais ni le Sénat camerounais n’a pu débattre de la crise Anglophone, de la guerre civile ou de la situation de crise sociopolitique en cours. Par contre, les soi-disant autorités camerounaises sont convoquées par la France (par exemple le Président du Sénat du Cameroun) pour participer à ce même débat dans le système parlementaire français à Paris. Ceci prouve à ceux qui doutaient encore que le Cameroun n’est toujours pas indépendant, mais reste une simple colonie de la France.
  2. Malgré toutes les apparences, à date, le peuple camerounais n’a aucune capacité, aucune chance, et aucune possibilité de choisir lui-même ses dirigeants. En effet, depuis l’instauration au Cameroun du régime néocolonial français par les gouverneurs coloniaux métropolitains Roland Pré/Louis-Paul Aujoulat en 1955, ce régime se maintient en place à Yaoundé par des fraudes et hold-up électoraux successifs dont les résultats frauduleux sont systématiquement reconnus et félicités à chaque fois par la France.
  3. Dans tous les forums internationaux où la communauté internationale à travers les organisations internationales tente de trouver une solution à la situation de graves crises qui déchirent le Cameroun en ce moment, la France défend systématiquement son régime néocolonial en place au Cameroun et s’oppose à toute solution susceptible de modifier le statu quo du régime jacobin en place au Cameroun. Or, c’est ce statu quo de régime colonial jacobin français qui crée directement ou indirectement, tous les problèmes politiques et de la gouvernance de l’heure au Cameroun.

Pour nous membres de Diaspora pour la Modernité, cette confiscation de l’indépendance et de la souveraineté du Cameroun par la France est le problème source qui génère les autres sous problèmes de la mauvaise gouvernance qui paralysent notre pays sur tous les pans de la vie nationale. En effet, le peuple camerounais n’a en ce moment aucune possibilité d’organiser des élections, libres, crédibles et compétitives, sur la base d’une saine compétition des projets de société des candidats, comme cela se fait ailleurs dans le reste du monde contemporain, et de choisir au final ses fils les plus compétents et les plus capables pour diriger le pays.

Dès lors, c’est le problème central camerounais de l’heure. Nous devons faire bloc, dans un genre d’union sacrée, indépendamment des nos familles politiques et groupes ethniques respectifs pour mettre fin à ce régime néocolonial qui perdure au Cameroun depuis 1955, par des pressions populaires massives, et ce, pacifiquement.

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Beaucoup plus qu’hier au temps d’UM Nyobé, Osendé Afana, Moumié, Ouandié et autres, cette gageure d’une mobilisation à l’échelle nationale pour le changement du régime colonial est plus que possible dans le monde d’aujourd’hui, avec les outils de communication et de la diplomatie qui nous entourent, et la qualité de l’importante Diaspora camerounaise dans le monde.

En Conclusion :

  1. Les Anglophones et tous les autres Camerounais doivent être vigilants, et refuser catégoriquement ce piège du maintien du statu quo du système jacobin hyper centralisé que leur tendent la France et son régime néocolonial de Yaoundé sous la fausse représentation d’une décentralisation qui n’en n’est pas une;
  2. La seule solution viable susceptible de résoudre durablement la crise Anglophone, le génocide des Anglophones,  la situation des autres guerres civiles larvées, la crise sociopolitique en cours au Cameroun, tout en assurant l’unité nationale et le vivre ensemble entre les différentes composantes du peuple camerounais reste et demeure le rétablissement d’un système fédéral étalonné et conséquent au Cameroun.  Ce système fédéral devra être étalonné sur les autres États fédéraux connus du monde, qui fonctionnent de façon démocratique et exemplaire sur tous les autres aspects de la vie de la nation.
  3. Les Camerounais doivent constater une fois de plus la preuve évidente que leur pays n’est pas indépendant de la France, par ce fait éloquent que ni le Parlement camerounais ni le Sénat camerounais ne peut débattre d’un problème aussi crucial, urgent et important que la menace de la sécession du Cameroun Anglophone, mais les dirigeants fantoches du Cameroun, véritables gouverneurs coloniaux locaux sont plutôt convoqués en France pour en débattre à Paris et y recevoir les instructions sur quoi faire ou ne pas faire pour résoudre cette crise entre Camerounais, de la seule manière qui préserve uniquement les intérêts de la France.
  4. Les organisations camerounaises et les Camerounais épris de liberté, qui hésitent encore doivent prendre enfin acte de la grave situation de vassalité dans laquelle se trouve leur pays vis-à-vis de la France et rejoindre les manifestations pacifiques pour le changement du régime néocolonial français continûment en place au Cameroun depuis 1955. Ce régime a été mis en place par la France pour subtiliser et confisquer la souveraineté effective du Cameroun des mains du peuple camerounais : ce qui a été fait depuis lors et se fait encore aujourd’hui avec succès  par les régimes successifs d’Amadou Ahidjo et de Paul Biya. Sans ce changement de régime colonial en place à Yaoundé, aucune bonne gouvernance dans l’intérêt du Cameroun et du peuple camerounais ne verra le jour.
  5. Toute solution de décentralisation proposée dans laquelle les représentants mandatés ou nommés unilatéralement par le pouvoir central de Yaoundé ont un veto sur les décisions que prendront les autorités élues des collectivités décentralisées n’est qu’une ruse perfide pour tromper les Anglophones,  la communauté nationale et internationale, en prétendant faussement que la forme de l’État centralisé à la source de crise anglophone a été révisée à la faveur d’une décentralisation.

Camerounaise, camerounais, ouvre tes yeux pour voir. L’histoire t’observe.

Que vive le Cameroun fédéral, juste, inclusif, apaisé et maître de son destin.

Michael Fogaing, Porte-parole de Diaspora pour la Modernité-Diaspora for Modernity

N.B. : 

Diaspora pour la Modernité est une organisation de la société civile de la Diaspora camerounaise, pour qui l’indépendance des institutions démocratiques les unes des autres est la pierre angulaire de son activisme politique au Cameroun. Elle est basée au Canada.

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