Owona Nguini « à genoux ». Lui qui en 2011 parlait de faire tuer Paul Biya.

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« Le syndrome d’Eddy Malou [dont souffrirait notre « intellectuel » sabitoulogue des plateaux de télé] par ERIC ESSONO TSIMI
Quelques mots pour faire écho à la déclaration d’Odile Tobner

J’ai été consterné par les dernières sorties de Mathias Eric Owona Nguini au sujet duquel je rassure ceux d' »en bas » (Jean-Marc Ela): sa prose jargonneuse est aussi lourde et obscure pour le lecteur « lambda » que pour des spécialistes du texte. Il parle pour poser. On essaie d’en deviner le sens mais ces majuscules dont il abuse, ces néologismes intempestifs, ce jargon n’arrivent en rien au niveau de l’art de Nganang. Owona Nguini est-il artiste-écrivain ? S’il est homme de science il sait que nulle revue savante ne publierait toutes ses lettres capitales, il ne fait ni de l’art ni de la science. Or Nganang dans un extrait aussi apparemment trivial que : « Faites-moi confiance, et je ne blague pas – je l’ai devant moi, lui Biya, et ai un fusil, je vais lui donner une balle exactement dans le front » montre la grâce de son écriture. Il a commis un seul lapsus, c’est d’oublier « M » de Mbiya qui donnait à ses sorties toute leur valeur parodique. Pour le reste, c’est beau, dôle et ceux de notre génération ont grandi en passant en boucle Tupac et en célébrant « Hit’em up » comme un chef d’oeuvre.

 

Owona Nguini

Eric Mathias Owona Nguini est un homme aujourd’hui « à genoux ». Lui qui en 2011 parlait de faire tuer Paul Biya. Il utilisait une métaphore soi-disant puisée dans nos fonds culturels, arguait que le Chef lorsqu’il devenait trop vieux ou trop faible se faisait tuer par les prétendants les plus jeunes. Il était radical, présentait Paul Biya comme l’axe et la frontière du Mal. Et cet acharnement médiatique lui a valu un prénom, avant que progressivement, ce qui est son droit le plus absolu il ne devienne le courtisan inattendu de Chantal Biya et du régime de son époux qui l’a nourri, entretenu et consacré.

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Ses attaques contre Patrice Nganang sont ignobles. Les miennes, notamment à la suite de sa première lettre que j’avais jugée intempestive, n’étaient pas tendres non plus… Mais je les avais consignées pour les publier sitôt qu’il serait dans l’avion. Or sa sortie rétardée conjuguée aux attaques des plus savants et des meilleurs d’entre nous font que même s’il venait à sortir je ne publierai plus une telle chronique.

Odile Tobner a tout dit. Entre la nature kabbalistique de la prose du « professeur » (que le public a tout à fait raison de qualifier de grommologie, au sens de prose grossière et narcissique) et la pseudo-vulgarité des propos de Nganang, il y a tout un monde. Nganang est devenu professeur envers et contre tout, écrivain de langue française en insultant la France, qu’on trouve sa prose balbutiante et que l’on ne tienne pas compte des influences visibles (trop visibles) de son oeuvre dans la travail d’autres auteurs contemporains reputés plus aboutis relève d’une ignorance au sommet.

Dans une étude que j’avais voulu faire à son propos je relevais deja que même au plan intime, lui il est marié à une Africaine, cela bien sûr est anecdotique, mais aux Etats-Unis par exemple certaines personnes que nous admirons tant de loin: artistes, intellectuels, savants américains ont créé et défendu le Black Love: je n’en suis pas forcément partisan, mais c’est encore à mettre au crédit de Nganang, si l’on veut parler cohérence et intelligibilité de la posture.

Enfin pour rendre à Caïn ce qui est à Caïn et à Ela ce qui est à lui, je vais conclure sur d’autres comparaisons futiles qui avaient dejà eu lieu quand Hogbe Nlend s’était attaqué dans les médias aux diplômes de Mongo Beti qui lui faisait des reproches de fond sur la mort d’Osende Afana. Jean-Marc Ela a en effet été convoqué malgré lui dans ce combat (de coqs et d’âne comme dit Odile Tobner) : Jean-Marc Ela partage ceci avec Nganang qu’il ont tous eu les mains dans le cambouis l’essentiel de leur existence, et qu’ils ont incarné à travers leur pensée l’insoumission, en étant dépouillés et toujours proches des humbles, leur leçon donc est que les Camerounais n’ont pas à arbitrer des assauts d’inimitié entre « héros dérisoires » (l’expression a été entendue chez Sami Tchak) ou entre des modèles imposés par la mode, l’actualité ou les indicateurs d’impact. Ces mesures de productivité et d’influence académique ne valent pas pour l’avenir de nos peuples et sont dénués de la moindre utilité aux sociétés africaines : nos données de citation nous servent à nous Africains en Occident à avoir des postes dans des grandes universités, à publier dans les revues les mieux classées, à obtenir des financements pour nos projets et recherches. Mais le Journal Citation Reports (JCR) n’apporte strictement rien en propre à l’Afrique.

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Les véritables maîtres sont nombreux qui ont fait la preuve que le compagnonnage intellectuel peut créer les conditions d’une pensée audible, si et seulement s’il n’est pas basé sur (biaisé par) des intérêts à courte de vue de cooptation dans des cercles, s’il ne se réduit pas à des attentes de dividendes en cent, en mille ou en billets de première classe, s’il ne consiste pas enfin en le partage de prébendes ou de commissions de la Commission Européenne. Au lieu de faire de l’arrestation de Nganang l’occasion d’un vrai combat pour nous sortir de notre longue et grande nuit, on continue de parader dans des lieux de consommation de fonds européens, on entretient des factions, on tient salons, haut-lieux, coteries passagères, qui sont autant d’ascenseurs sociaux africains certes, mais encore autant de sous-systèmes, autant de délégations postcoloniales qui empêchent de penser, structurent les impensés, et enfin créent en Postcolonie des protocolonies.

L’ennemi, c’est nous en fait, dans le sens de nous-même. Sans « s » pluriel. Dans le sens de « soi ». Si des confrères (écrivains), des collègues (universitaires) en arrivent à oublier ce qui les unit pour faire parler ce qui les différencie, faut-il être grand clerc pour en déduire qu’ils se détestent autant parce qu’ils se ressemblent furieusement ? Comme le reflet déteste le miroir, quand des kilos en trop ont été pris ou qu’est arrivé le temps des rides et cheveux blancs.

Eric Essono Tsimi »

19 Dec 2017

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