Nationalisme camerounais : Le combat inachevé de Um Nyobè

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Voici mon éditorial politique du lundi 13 septembre 2021 dont la version audio est diffusée depuis le matin sur les antennes de la Radio Tiémeni Siantou (90.5 FM à Yaoundé et Bafang et sur www.panoramapapers.com,www.shoutcast.com.)

Bonne semaine à toutes et à tousNé le 10 avril 1913 à Eog Makon et mort assassiné le 13 septembre 1958 près de Boumnyébel par l’armée coloniale française, Ruben Um Nyobè est incontestablement reconnu comme un nationaliste et l’une des figures de proue de la lutte pour l’indépendance du Cameroun, alors placé sous mandat, puis sous tutelle de la France et de la Grande Bretagne, respectivement par la Société des Nations (SDN) et l’Organisation des Nations Unies (ONU),après la première et la seconde guerre mondiale. Syndicaliste ayant eu le privilège d’être porté à la tête du Secrétariat Général de l’Union des Syndicats Confédérés du Cameroun (USCC), Ruben Um Nyobè va mettre à profit son expérience dans ce domaine pour migrer sur le champ de la politique partisane, en travaillant à la création de l’Union des Populations du Cameroun (UPC), qui a vu le jour le 10 avril 1948 dans un café-bar à Douala.Ruben Um Nyobè deviendra quelques mois après la naissance de l’UPC, le Secrétaire Général du parti. Il va ensuite mener la lutte pour l’auto détermination du Cameroun, n’hésitant pas à utiliser toutes les voies possibles comme des pétitions ou des interventions à l’ONU.

Lorsque l’UPC est interdite le 13 juin 1955 par le gouvernement français à la suite des émeutes survenues au mois de mai de la même année qui avaient couté la vie à plusieurs dizaines de personnes selon diverses sources, Ruben Um Nyobè et ses compagnons de lutte prennent le chemin du maquis.Il n’en sortira jamais vivant puisqu’il a été abattu de plusieurs balles le 13 septembre 1958 à l’âge de 45 ans.Il convient de noter que Ruben Um Nyobè et ses camarades de lutte reposaient leur combat politique sur trois piliers essentiels : l’unification du Cameroun oriental et du Cameroun occidental ; ensuite l’indépendance du pays ; enfin l’élévation du standard de vie des populations.63 ans après, ces préoccupations sont toujours d’actualité. La crise anglophone émaillée par des velléités sécessionnistes dans les régions du Nord-ouest et du Sud-Ouest, démontre que l’unification obtenue comporte d’importantes failles.Des doutes subsistent sur la réalité de l’indépendance acquise, puisqu’une bonne partie de l’opinion estime que le Cameroun reste et demeure depuis le 01er janvier 1960, une néocolonie de la France.

L’emprise de l’ancienne puissance tutélaire sur la monnaie à savoir le franc CFA, et son influence dans les domaines économique, éducatif, social, culturel, politique et diplomatique, ont fini par convaincre certains de l’idée selon laquelle, la décolonisation du Cameroun est encore à parachever.On est aussi très éloigné de l’élévation du standard de vie des Camerounais. Les politiques de lutte contre la pauvreté n’ont pas encore produit les résultats escomptés en faisant sortir une bonne partie des citoyens de la misère.

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S’agissant de certains fléaux comme les replis identitaires exacerbés que le colon a voulu utiliser pour diviser les Camerounais afin de mieux régner, Um Nyobè affirmait ceci : « une telle situation nous impose de rompre avec un tribalisme périmé et un régionalisme rétrograde qui à l’heure actuelle comme dans l’avenir, représente un réel danger pour l’épanouissement de cette nation camerounaise. » Nombreux sont ceux qui n’ont pas compris la leçon au regard de ce que l’on observe encore de nos jours au Cameroun.Par ailleurs, des profondes et perpétuelles divisions au sein de l’UPC, entretenues par ceux qui se réclament être des héritiers politiques directs de Ruben Um Nyobè et de ses compagnons de lutte, mais qui à la vérité se battent davantage pour leurs propres intérêts en ce qui concerne la plupart, dévoient la substance du combat politique du nationaliste.La relative satisfaction, 63 ans après la mort de Ruben Um Nyobè pourrait être sa réhabilitation comme héros national à travers une loi du 16 décembre 1991.

Après avoir longtemps été considéré comme un paria, Il a officiellement été reconnu au terme de l’article 2 de cette loi comme ayant œuvré pour la naissance du sentiment national, l’indépendance ou la construction du pays, le rayonnement de son histoire ou de sa culture.La réhabilitation a pour effet de dissiper tout préjugé négatif qui entourait toute référence à la personne réhabilitée, selon encore la loi du 16 décembre 1991.

Source: Eric Boniface Tchouakeu

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