Préfectorale : Une pléonexie scélérate ayant institutionnalisé un tribalisme d’État

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Lorsqu’il accède au pouvoir en 1982, l’un des slogans de Paul Biya était “non au népotisme ”. Quarante ans plus tard, le constat est effarant. Ce n’était que du pipeau. Avec perfidie, le népotisme a été institutionnalisé. En toute chose, la priorité est donnée aux frères et sectateurs. Le résultat étant une ethnicisation monopolistique de l’appareil d’État. DansGouverneurs Des Régions : L’illustration D’un Accaparement De L’appareil D’état Du Cameroun”, l’évolution de cette dérive a été saisie de façon à permettre une comparaison avec l’ancien régime. Une présentation actuelle du corps préfectoral s’imposait pour décrire complètement le système ethniciste dendritique savamment mis en place à des fins de préservation et de perpétuation hégémonique.

I – Ce qu’il faut savoir (Prolégomènes)

Les données de population établissent que les Fang-Beti-Bulu et autres peuples associés tels les Maka, Djem représentent 19% de la population du Cameroun. Les Nordistes constitués entre autres des peuls et “kirdis” forment 32% de la population. Les Bamilékés et Bamoun 24.3 % des effectifs de population du Cameroun. Sans qu’on puisse dire avec exactitude s’il découle de la proportion du territoire ou de l’effectif de la population à la réunification, il est généralement admis que les anglophones représentent 20% de la population.

Le Cameroun est divisé en 58 départements placés sous l’autorité d’un préfet.  On compte 2 (3.4%) préfectures en pays bassa-Bakoko, 3 (5.1%) en territoire Sawa, 8 (13.7%) chez les Bamilékés-Bamouns, 13 (22,4%) en zone anglophone, 15 (25,8%) au Grand Nord et 17 (29.3%) chez les fang-Beti-Bulu appelé depuis très récemment Ekangs.

Une transposition de la fameuse pratique de l’équilibre régional permet d’établir les quotas suivants : Nordistes 30%, Bamilékés et Bamouns 13%, Anglophones 20%, Fang-Beti-Bulu 20%, Sawa (8%) et Bassa- Bakoko (6%).

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II- Préfectures : Une forte emprise Fang-Beti-Bulu

D’emblée, il faut rappeler qu’avec 5 gouverneurs sur 10, les gouverneurs Fang-Beti-Bulu commandent 22 Préfectures et 148 Sous- Préfectures.

Dans son numéro du 6 juillet 2017, sous le titre “ Nominations dans la préfectorale : René Sadi met le Grand-Nord au placard”, L’Œil du Sahel accusait René Sadi, le Ministre de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation (MINATD) d’alors, d’avoir exclu les ressortissants du Grand-Nord de la préfectorale. Le temps et les hommes sont passés. Qu’en est-il aujourd’hui ?

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Sur les 58 préfets que compte le Cameroun, 20 sont Fang-Beti-Bulu, 12 Anglophones, 11 du Grand Nord, 8 Bamilékés-Bamouns, 4 Sawa et 3 Bassa-Bakoko. La représentation ci-dessous donne une indication des proportions. La plus grande revient aux Fang-Beti-Bulu avec 34.5% de préfectures.

III- Les chefs de Terre : la “compétence ethnique” des Ekangs.

La littérature, la musique (Guy Manou) et le théâtre camerounais foisonnent d’évocations sur les sous-préfets. Dans les années 80, Oncle Otsama (Daniel Ndo) en avait fait des représentations montrant à suffisance les relations entre ces autorités et les population.

Pour avoir une idée de la perception que les populations ont de ces “ administrateurs si vils” (Abakar Ahamat), il suffit de voir le florilège de sobriquets dont ils sont affublés. Il y a quelques années, les populations de Fokoué dans la Menoua sont sorties en masse pour dire aurevoir au ”seul sous-préfet (Akhtalaï Denis) à avoir quitté l’arrondissement de Fokoué …sans que les populations lui aient collé un sobriquet ”. Un exploit qu’il fallait saluer. Nous évoquerons ici aussi le fameux Nyamoro Arock qui jurait de subjuguer les peuplades grâce au pouvoir de la pipe et de la canne que lui avait transmis les populations de Falé II dans la Mvila.

Le Cameroun est subdivisé en 360 sous-préfectures a la tête desquelles se trouvent des sous-préfets communément appelés “chefs de Terre”. Au dernier décompte sur les 360 sous-préfets actuellement en fonction, 142 sont Fang-Beti-Bulu, 90 des Nordistes, 69 Anglophones, 28 Bamilékés-Bamouns, 16 Bassa-Bakoko et 15 Sawa.

Comme l’attestent les chiffres ci-dessus et le donut, à ce niveau aussi, les Fang-Béti-Bulu se taillent la part du lion au détriment il va s’en dire des autres communautés.

IV- Une main mise politico-administrative et sécuritaire “granitique”

Le 12 novembre 2019 alors qu’il participe au sommet de Paris sur la paix, Paul Biya répondant au modérateur Mo Ibrahim a révélé que sa base de partage entre anglophones et francophones est de 80/20 qu’il tire des effectifs de population a la Réunification. Les Anglophones ont 20% (2/10) de gouverneurs, 20.7% de préfets et 19.2 % de sous-préfets. Si on s’en tient à ce ratio, les macro-équilibres sociologiques sur la base des lingua franca nationales sont respectées. Pour ce qui est du reste du pays, les données démographiques ou de l’équilibre régional évoquées tantôt n’expliquent pas la répartition des postes de préfets et sous-préfets.

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En octobre 2020 Me Amédée Touko décrivait “ Bafang sous le quadrillage politique administratif et sécuritaire d’une famille [où] pour contenir ce désir de changement et de liberté dans le Haut-Nkam, le pouvoir de Yaoundé, depuis des lustres a fait subir à ce département, les affres de l’état d’urgence, levé dans les années 80, mais remplacé par un état d’urgence de fait. A ce jour, la mise en exécution de cette politique ultrasécuritaire est confiée à une famille, à la tête de laquelle se trouve le préfet du département du Haut-Nkam, Luc Ndongo, secondé par le Sous-Préfet de l’arrondissement de Bafang, Auguste Alain Ndongo Mbang et du commandant de la Brigade territoriale de gendarmerie de Bafang, Elie Abeng Abeng. L’homonymie ici observée, ne s’explique pas simplement par une « proximité sociologique », mais surtout par le fait que tous les trois sont cousins de premier degré. Ce qui en soi est un concentré de la manière dont Biya, depuis 38 années, pense et gère le Cameroun”. Cette dénonciation résume une perception d’étranglement de plus en plus ressentie par les populations non-Ekang. Que disent les chiffres ?

38 arrondissements sont sous une chaine de commandement (Gouverneur-Préfet- Sous-Préfet) entièrement Fang-Beti-Bulu. De ces 38 arrondissements, 23 se trouvent en pays Ekang. Ce chiffre passe à 14 pour les nordistes (Tous dans leur aire géographique). 3 arrondissements ont pour sous-préfet, préfet et gouverneur des Anglophones et tous sont en dehors de leur zone géographique.

Poussant plus loin l’observation, 121 arrondissements sont sous l’autorité de Préfets et Sous-Préfets de la même extraction sociologique. 61 arrondissements ont sous-préfets et préfets Fang-Beti-Bulu, ce chiffre est de 30 pour les Nordistes, 24 Pour les anglophones. 4 arrondissements ont pour sous-préfets et préfets des Bamilékés – Bamouns. Pour les Bassa- Bakoko ils sont 2.

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Harouna Nyandji Mgbatou, le sous-préfet de Yaoundé I a bien fait de dire “Un sous-préfet reçoit des ordres de sa hiérarchie et les exécute”. Là où le bât blesse c’est lorsque cette hiérarchie est majoritairement mono-ethnique comme le démontre les données chiffrées.

La pilule déjà difficile à avaler sur la surreprésentation des Fang-béti-Bulu devient encore plus amère lorsqu’on se déporte sur le plan géoéconomique où il saute aux yeux que les unités stratégiques et/ou névralgiques sont aux mains des Ekangs (prosaïquement on parlerait de circonscriptions juteuses) quand celles dangereuses de l’Extrême-Nord et du NOSO sont laissées à la charges des Nordistes et Anglo-Bamis pour utiliser une terminologie des années 1990.

Les « chefs de terre » constituent la réserve. Tous les pontes du régime y ont les leurs ou leurs protégés. Ceux-ci seront nécessaires demain pour la préservation des acquis. Donc, lorsque ceux-ci sont en majorité de la même aire sociologique, il devient clair que demain risquent fort de ressembler à aujourd’hui.

V- L’archaïsme de la gouvernance Biya

La république telle que définie a pour idéal d’être juste. Les observations faites démontrent à suffisance une main mise Fang-Beti-Bulu sur l’administration du territoire. Au-delà des slogans creux, Biya l’a voulu ainsi afin de préserver son pouvoir. Cette situation se révèle finalement potentiellement dangereuse pour l’alternance attendue car derrière ces administrateurs de circonscriptions sont tapis leurs parrains, qui préparant sereinement leur maintien ou leur prise de pouvoir contrôlent déjà des portions du territoire. La République en a pâti !

David Manga Essala

 Analyste

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