Vient de paraitre Douala : toponymes, histoire et cultures de Megopé Foondé

Portrait de Icicemac

 

Comprendre le passé pour mieux appréhender le présent. Tel semble être l’ambition de cet ouvrage paru tout récemment aux Editions Ifrikiya à Yaoundé. Jean Philémon Megope est géographe et a été enseignant de lycée à Douala pendant plus d’une décennie, période au cours de laquelle il a réalisé cette étude. Note de lecture…
 
Alors que se cache t-il sous le nom d’un lieu ? Une histoire, une découverte, une transformation, un combat, une victoire ou une défaite ? La toponymie est une sous branche de la linguistique qui étudie les noms de lieux
 
C’est ainsi que la présente publication permet  à partir des noms des quartiers de Douala, d’avoir des informations sur leur étymologie, les circonstances de leur création, leur position géographique, les événements qui les ont marqués et bien évidemment leur impact sur la société
S’il est un aspect de l’histoire du Cameroun dont il est à peu près sur que chaque écolier de notre pays maitrise, c’est sans doute celui de l’origine du nom Cameroun. Le mythique Rio dos Camaroes, devenu Cameroon River, puis Kamerun Fluss qu’est aujourd’hui le fleuve Wouri, aura donc été à l’origine de la création du nom Cameroun… 
 
Qu’en est-il de Douala et de ses quartiers ?
Parce que chaque ethnie y a une forte concentration, Douala présente le visage de la diversité camerounaise en termes de représentativité. Et de ce fait, « elle résume toutes les chances et les vicissitudes  du Cameroun pour s’adapter au rythme  du monde moderne. C’est à Douala que se trouve l’origine principale des mutations du Cameroun contemporain », tel que l’affirme Guy Mainet dans son livre Douala croissance et servitude. Pour ce dernier, rien n’est définitivement acquis à Douala.
 
 Ce que Jean Philémon Megopé Foondé confirme en ces termes : « Douala est une ville que chacun cherche à posséder, a marquer de son empreinte et c’est pourquoi, des groupes sociaux historiquement prépondérants y campent sur la défensive alors que les nouvelles composantes sociales, démographiquement majoritaires, qui ont investi cette agglomération en revendiquent le contrôle. Cette réalité se traduit par des noms de quartiers d’une signification et d’une diversité  particulièrement évocatrices ». 
 
De Bonaberi à Japoma en passant par Bonanjo, tous les noms des quartiers sont passés au crible de la recherche toponymique. De « Trois morts » a « Trois bordelles » sans oublier «  Trois voleurs » « Double balle », « Tonnerre », etc… les histoires les plus folles côtoient les plus drôles. Les légendes sont confrontées aux réalités de l’histoire et aux témoignages fortement documentés
 
Estimant qu’il serait présomptueux de conclure une étude sur une ville inachevée, l’auteur se contente tout simplement de faire ressortir quelques enseignements. D’abord il fait appel à Eza Boto (Mongo Beti) dans Ville cruelle, pour définir Douala comme « une authentique  enfant de l’Afrique qui a peine née, s’est retrouvée toute seule dans la nature, a grandi et s’est formée rapidement ». Et comme tout enfant abandonné, Douala  s’est donc  orientée et s’est développée au gré du hasard aboutissant à une urbanisation non maitrisée parce que non contrôlée
 
Réputée ville rebelle sur le plan politique, Douala n’échappe pas non plus à la loi de la rue sur le plan social. D’où les nombreux soubresauts qui la secoue de temps à autre comme ce fut le cas tout récemment à Deido. Ce qui amène l’auteur à estimer qu’ « Elle est une anarchie urbaine cancéreuse qui se développe à l’instar d’une coulée de lave fluide ».
 
Malgré un choix discutable de la typographie et la mise en page, les 258 pages sont plutôt faciles à  parcourir.
 
Nul doute que quiconque lira ce livre ne sera plus victime des anecdotes «  colportées et donc déformées a l’extrême  parce que transmises de bouches peu sures a oreilles peu attentives » tel que constaté par l’auteur.
 
 
 
Felix Pene
 
 
 
 
 
 
 
 
Douala
Toponyme, histoire et culture 
 
 Partie il y a plus de cent ans d’un embryon de quatre villages de pêcheurs, la ville de Douala qui s’étend aujourd’hui sur près de 20.000 hectares, a dans son développement spatial impulsé par le port, phagocyté de nombreux villages duala, basaa et bakoko qui sont devenus sur le plan urbanistique de simples quartiers.
 
Si dans ce processus de développement l’organisation générale de l’espace a conservé la trame toponymique des terroirs originels, à la petite échelle de nombreuses autres appellations ont vu le jour du fait des influences diverses. Cette réalité s’exprime dans une multitude de noms des quartiers qui tirent leurs origines aussi bien des contingences de l’histoire que de la dynamique urbaine.
 
Il y a quelques années, Douala célébrait le centenaire de l’officialisation de son nom. Cet ouvrage permet par le truchement des noms de quartiers de découvrir l’histoire particulière, les réalités quotidiennes, les efforts de développement, les problèmes et les défis futurs de cette villevitrine du Cameroun.
 
Jean Philémon Megopé Foondé est géographe. Il a enseigné pendant plus d’une dizaine d’années dans un lycée de Douala
 
Editions Ifrikiya / Collection Interlignes

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