Intégration sous-régional : Un bilan mitigé pour l’Afrique centrale

Dans un ouvrage récemment publié, Alphonse Zozime Tamekamta présente les tares qui ont plombé les objectifs de l’Udeac et la gestion camerounaise de son administration, et interroge l’avenir de l’intégration en zone Cemac à l’heure de la mondialisation.
L’Union douanière des Etats de l’Afrique centrale (Udeac) voit le jour en 1964, sous l’impulsion des chefs d’Etat de l’Afrique centrale. Avec pour objectifs de permettre, à terme, une intégration économique effective de la sous-région à travers la libre circulation des personnes et des biens. Mais aussi une harmonisation des politiques économiques (douanières, industrielles,…). C’est du moins ce qui ressort des textes constitutifs de l’Union.
Des objectifs louables, qui ont été « partiellement ou imparfaitement atteints » sans doute à cause de nombreux écueils. Des écueils dus, entre autres, à l’inadéquation entre les textes et les actes du traité de Brazzaville du 8 décembre 1964 (fondant l’union) et les principes généraux même de l’Udeac ; aux égoïsmes nationaux ou encore aux conflits de leaderships entretenus par les dirigeants des Etats-membres (en rappel la guerre de leadership longtemps entretenu par les dirigeants camerounais et gabonais). C’est le constat fait, par Alphonse Zozime Tamekamta, auteur d’un essai récemment publié aux éditions L’Harmattan.
L’auteur y relève que cette situation a plombé, pour longtemps, l’activité de l’Udeac. Et celle de son administration dépouillée de pouvoir de décision, malgré toute la bonne volonté, la compétence et le dynamisme des trois secrétaires généraux camerounais ( Charles Onana Awana, Pierre Tchanqué et Vincent Efon) qui se sont succédés à sa tête entre 1964 et 1998, date de la création de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac).
C’est une recension de plus de trois décennies d’histoire de l’Udeac et de sa transition vers la Cemac, mais surtout du rôle central qu’a joué le Cameroun dans le processus d’intégration en Afrique centrale que l’auteur expose sans vergogne dans un ouvrage riche de 246 pages pour trois parties subdivisées en sept chapitres.
Une histoire qui remet au goût du jour, de ses prémices à l’ère du Renouveau, la volonté, malheureusement « éphémère » des chefs d’Etat de la sous-région Afrique centrale, de se mettre ensemble pour un idéal communautaire d’intégration. Mais une volonté qui a résisté aux difficultés et au temps. Notamment avec la création de la Cemac qui de l’avis de l’auteur, « s’inscrit dans la continuité du processus d’uniformisation des espaces économiques initié en 1964 avec la création de l’Udeac » dont elle est la fille. (p. 165).
A ce titre, elle en a (certainement) hérité nombre de tares, malgré son souci d’intégration plus affiché. Avec, entre autres, la mise sur pied des instruments juridiques coercitifs à l’instar du parlement communautaire et la cour de justice communautaire. Des instruments qui ont entre autres fonctions, d’assurer l’autonomie des structures de l’organisation et de limiter l’influence, souvent trop partiale, de certains Etats membres jadis observée avec l’Udeac.
L’ouvrage préfacé par le Pr. Jacques Fame Ndongo ne manque pas au passage, d’interroger l’avenir de l’intégration en Afrique centrale dans un contexte de tiraillement entre nationalisme, communautarisme et mondialisation. Un questionnement qui, avant d’en appeler à la responsabilité des chefs d’Etat de la sous-région, met en exergue le rôle trouble qu’aura joué la France dans la « non-intégration » de l’Afrique centrale. Une France « hantée par les matières premières de l’Afrique » (p.149) ; une France qui tient, plus que jamais à garder la mainmise sur ses anciennes colonies et qui a pleinement tiré avantage des égoïsmes des Etats de la sous-région pour y consolider sa présence. Conséquence : les Etats de l’Udeac sont restés dans une logique d’assimilation au point où les échanges de chacun d’eux avec la France sont plus importants qu’avec ses voisins. Alors que le principe fondateur de toute intégration véritable, est « la libre circulation des personnes et des biens ». Ouvrage à lire.
Charles Le Grand TCHAGNENO
Alphonse Zosime Tamekamta, Le Cameroun à l’Udeac. Bilan et perspectives d’unes gestion administrative contestée à l’heure du Renouveau, Paris, L’Harmattan, 2011.
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