C'est comme en finances publiques : toute dépense doit s'accompagner d'une recette équivalente. Et par recette équivalente, on entend un impôt ou une taxe. Dans le cas contraire, on aboutit inévitablement à un déficit budgétaire. C'est la grande situation qui se présente à l'issue de l'augmentation des dépenses de l'Etat, à travers la hausse des salaires et l'indemnité de logement des fonctionnaires camerounais.
96 MILLIARDS PAR AN
96 milliards par an, tel est, selon le ministre des Finances, le coût de cette augmentation de la dépense publique. En effet, 8 milliards par mois, multipliés par 12 mois, donnent ce montant. On se serait, selon la logique des finances publiques, attendus à voir la création d'un impôt nouveau, d'une taxe nouvelle, pour supporter cette charge supplémentaire.
Que non. Le ministre des finances nous a plutôt informé que les recettes de l'Etat vont diminuer de 120 milliards de francs, à cause de la défiscalisation des produits de première nécessité (riz, poisson, blé, farine, huile de table), la diminution du droit de douane sur le Klinker (produit entrant dans la fabrication du ciment) importé par Cimencam, etc. Nous aboutissons, par conséquent, à un manque à gagner de 120 milliards de francs, pendant que les dépenses, elles, vont s'accroître de 96 milliards de francs, ce qui aboutit à un déficit de 96+120=216 milliards de francs CFA.
RECRUTEMENT DE 14 196 JEUNES
Dans le même temps, le gouvernement annonce le recrutement de 14 196 jeunes dans la fonction publique, dès l'exercice budgétaire en cours. Bien mieux, il précise que ces recrutements ne tiennent pas compte de ceux de l'armée, de la police et des services pénitenciers. Donc, au total, il y aura au minimum 30 000 personnes recrutées dans la fonction publique ces jours-ci.
Si la moyenne des salaires de ces nouveaux fonctionnaires de l'Etat est fixée à 100 000 F CFA par mois, on aboutit à une dépense supplémentaire de 30 000 x 100 000 = 3 000 000 000 (trois milliards) par mois, soit en un an, 36 milliards. Rajoutés aux 216 milliards cités plus haut, on aboutit à un déficit total de 292 milliards de francs CFA. Grosse question : d'où proviendra un tel pactole ? Que va devenir la Loi des finances votée en décembre 2007 ? Cet argent, investit dans la production n'aurait - il pas généré plus d'emplois, plus de productions, plus de PME ?
© 2008 la Cité N°85 mars-avril 2008