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L'Afrique dépotoir ou champ d'experimentation

Le Président camerounais Paul Biya, sa famille et sa délégation ont failli d’ailleurs perdre la vie en voyageant dans un avion d’occasion, acquis  dans des conditions nébuleuses. Pour autant la paupérisation accrue des populations de nos pays depuis cette date pivot qu’est la dévaluation du franc CFA et  la quasi banqueroute de nos Etats peuvent-elles expliquer à elles seules l’invasion de notre continent par ces déchets en tout genre ? La commission d’investigation chargée d’"examiner si les principes éthiques ont été violés dans la conduite de ce projet de recherche sur les 400 professionnelles du sexe à Douala", passé l’orage n’a jamais livré ses conclusions

[Yaoundé - Cameroun] - 16-10-2009 (Adrien Macaire Lemdja)



 

 

Il y a quelques années, les deux  guinées  (Conakry et équatoriale) se réveillaient avec la gueule de bois en découvrant par un hasard que leurs territoires avaient servi, en l’insu des plus hautes autorités, diront les dirigeants, d’entrepôts de stockage de déchets radioactifs. L’on se demanda alors combien de pays  africains se trouvaient dans la même situation, victimes des mouvements transfrontières de déchets dangereux ou des conséquences de l’exploitation non réglementaire des mines d’uranium.

 

AREVA fut d’ailleurs accusée d’avoir contaminé par radioactivité les eaux des communes d’ARLIT et d’AKOKAN au Niger. C’est ce que les associations françaises Sherpa et CRII-Rad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité) ont dénoncé le 25 avril dernier au cours de l’émission 90 minutes sur la chaîne Canal+.

 

Quelques années plus tard, c’est la Côte d’Ivoire, pays voisin de l’une des deux Guinée, qui découvrait douloureusement à son tour les affres du trafic illégal des déchets toxiques produits par des industries occidentales en quête de toujours plus de profits et contraintes désormais de respecter une réglementation environnementale draconienne.

 

En effet, en août 2006, 500 tonnes de déchets toxiques appartenant à la société néerlandaise TRAFIGURA avaient été déversés par le cargo PROBO KOALA sur plusieurs sites de la région d'Abidjan. Selon des sources officielles, ces déchets toxiques auraient entraîné 15 décès, l'hospitalisation de 69 personnes et plus 108.000 consultations médicales.

 

Plus près de nous, au Cameroun, nul n’a oublié le scandale presqu’étouffé de ces prostitués camerounaises qui  ont  servi  de cobayes, sans protection ni suivi, à un laboratoire américain FIH (Family International Health) dans leurs tests de vaccins contre le VIH avec la complicité des autorités de la santé publique du pays ?La commission d’investigation chargée d’"examiner si les principes éthiques ont été violés dans la conduite de ce projet de recherche sur les 400 professionnelles du sexe à Douala", passé l’orage n’a jamais livré ses conclusions.

 


Combien de protocoles médicaux ou pharmaceutiques de laboratoires occidentaux sont-ils testés sur des sujets du continent africain sans contrôle ? Nul ne peut le dire avec certitude mais tout porte à croire que ces pratiques persistent et semblent s’amplifier au rythme de la démultiplication des pandémies et des contraintes réglementaires de mise en vente des médicaments dans les pays de l’hémisphère Nord.

 


Dans un autre registre, le 12 octobre 2009 au palais des Congrès de Cotonou au Bénin, l’ancien Président de la République française Jacques Chirac au côté duquel se retrouvaient six chefs d’Etat africains, lançait un appel à la mobilisation et à la lutte contre la production et la distribution de faux médicaments.Découvrent-ils que, comme la drogue, les faux médicaments représentent un marché florissant à la fois pour les fabricants et les autorités locales dont la passivité coupable et/ou la complicité active rendent la lutte incertaine ?

 


Qui dit marché, dit une offre et une demande dont la confrontation détermine le prix. Un médecin béninois, interviewé, expliquait en tant que patient, qu’il n’avait  pas honte, faute d’argent, d’aller s’alimenter en médicaments sur les marchés de Cotonou.


Aveu  d’impuissance face à la paupérisation des masses africaines au point qu’un praticien, supposé connaître les conséquences de son geste pour sa propre santé, se résout malgré tout à cet acte désespéré et désespérant.Comme si cela ne suffisait pas, notre continent risque à nouveau de faire les frais de l’expérimentation, sous forme de dons, des vaccins contre la grippe A/HN1, hâtivement élaboré dans les usines pharmaceutiques chinoises et testés sur les porcs et insuffisamment « protocolés » sur les hommes.

 


La progression rapide de la pandémie, la politique de précaution et de risque zéro notamment en France après l’affaire du sang contaminé, ont poussé les gouvernements occidentaux à commander en masse des vaccins dont leurs laboratoires ne pouvaient élaborer, tester et produire dans le laps de temps qui leur était imparti.

 

Les industries chinoises s’y sont engouffrées au point où les médecins et les personnels hospitaliers en France par exemple, méfiants quant à leur qualité et efficacité, rechignent à se faire vacciner.
Les stocks étant commandés et les statistiques récemment publiés indiquant que la grippe HN1 tuerait trois à cinq fois moins que la grippe saisonnière (2 sur 10000) ne vont-ils pas alimenter en catimini une nouvelle filière d’exportation ou d’expérimentation de médicaments dans notre continent ?

 

Ne sommes nous pas à l’orée d’une potentielle affaire qui risque de pénaliser sur des décennies les populations africaines comme l’affaire qui a opposé le gouvernement fédéral nigérian et une célèbre firme pharmaceutique occidentale à propos d’un médicament ayant provoqué des morts ou encore l’affaire du lait maternisé qui avait défrayé la chronique des journaux au Cameroun il y a deux ans ?

 

Ne faut-il pas émettre une alerte même prématurée afin que nos autorités prennent conscience enfin  d’un tel risque comme elles devraient le faire à propos de l’utilisation d’intrants polluants sur des terres cédées aux chinois ou cultivées par des compagnies bananières ou fruitières dans nos pays?

Pourquoi nos terres sont-elles devenues ces dernières années des véritables dépotoirs ou champs d’expérimentations ?

                            

               LES CAUSES DE CETTE DEFERLANTE SUR L’AFRIQUE

Après des années d’atermoiements et quelques mois de tergiversations, le gouvernement d’Edouard Balladur décida en 1994 de la dévaluation du franc CFA. Ce fut comme un couperet qui tomba sur la tête des pays ayant en commun cette monnaie mais nul n’imagina, même les spécialistes, l’impact réel de cette mesure sur nos économies, nos états et surtout sur nos habitudes de consommation.

On vit déferler sur le continent des biens de consommation de seconde main : véhicules, équipements ménagers, médicaments etc. Ces nouvelles habitudes touchèrent autant les particuliers que les Etats en panne de trésorerie qui privilégièrent alors à court terme de telles solutions à première vue peu onéreuses mais qui pouvaient à long terme être très coûteuses financièrement et/ou humainement.

 


Autant un faux médicament censé réduire le mal pouvait l’aggraver voir causer la mort de celui qui l’ingurgite autant un réfrigérateur ou un véhicule  de seconde main acheté peut être coûteux en terme de maintenance et faire perdre au propriétaire tout le gain qu’il pouvait imaginer ou espérer au départ.De nombreux Etats l’expérimentent encore aujourd’hui dans les achats d’armements puisés dans les stocks des ex-républiques de l’URSS et qu’alimentent des filières parallèles des marchands sans scrupules de la mort.

 


Le Président camerounais Paul BIYA, sa famille et sa délégation ont failli d’ailleurs perdre la vie en voyageant dans un avion d’occasion, acquis  dans des conditions nébuleuses. Pour autant la paupérisation accrue des populations de nos pays depuis cette date pivot qu’est la dévaluation du franc CFA et  la quasi banqueroute de nos Etats peuvent-elles expliquer à elles seules l’invasion de notre continent par ces déchets en tout genre ?


Le différentiel réglementaire en matière de contrôle et d’environnement entre nos Etats et les pays occidentaux, l’absence d’autorité de nos Etats, la corruption, l’absence de moyens de contrôle ne contribuent-ils pas aussi à amplifier ces phénomènes ?

 

Car comment comprendre que la Chine qui connaît depuis deux décennies une croissance à deux chiffres au prix de nombreuses contorsions sociales et surtout environnementales, s’oriente, en raison de la fermeté occidentale et de la montée en puissance des récriminations de leur population face aux pollutions, désormais vers le continent africain, vierge de toute législation et donc permissive, pour utiliser les procédés agricoles très polluants. Mais que faire face à cette déferlante dont les flots risquent d’emporter nos populations et nos terres?


Les traités, les conventions et les appels comme celui de Cotonou peuvent et suffisent-ils à inverser le cours de cette déferlante?

 

                                                                            COMMENT EN SORTIR ?

 Nos Etats doivent agir à la fois sur les deux pans de ce marché à savoir l’offre et la demande de médicaments. Tout comme les fabricants de produits prohibés, les fabricants de faux médicaments sont mondialement connus et peuvent être facilement répertoriés. Par ailleurs les médicaments comme la plupart de produits manufacturés disposent de codes barres avec des informations permettant de remonter à la source, en somme d’avoir leur traçabilité.

 


Avec une législation efficace et des conventions d’entraide judiciaire avec les pays fournisseurs malgré eux de ces faux médicaments et un contrôle draconien à nos frontières et sur les marchés, nos Etats pourraient, à défaut d’éradiquer ce commerce illicite, d’en atténuer l’ampleur. Pris individuellement chaque Etat, face à la puissance de ses multinationales derrière lesquelles se cachent leurs extensions, ne pourrait influer sur l’offre de vrais médicaments et satisfaire au meilleur prix les besoins de leur population.


La CEMAC constitue un marché de près de 40 millions d’habitants, le Nigéria à côté, plus de 120 millions d’habitants. En mutualisant leurs forces, ces pays pourraient d’une part négocier à la baisse les prix des vrais  médicaments  pour les rendre accessible à une plus grande partie de leur population comme ce fut le cas pour les ARV et d’autre part installer sur leur sol en coopération avec le Brésil, l’Inde, des usines de fabrication de médicaments génériques. En termes de demande, en attendant que nos politiques économiques ne parviennent à réduire la pauvreté, la misère, il est important que nos Etats mettent en place des  systèmes d’assurance maladie adossés sur leur richesse réelle.


Ces  systèmes existent bel et bien dans le cadre informel notamment dans les « tontines », pourquoi ne serait-il pas possible de les rendre formels et de les généraliser ? L’absence de confiance des populations en leurs dirigeants, au vu de leurs gestions désastreuses de la chose publique, n’est-elle pas un frein à une telle évolution ?


En tout état de cause, l’Afrique et ses dirigeants qui voulaient peut-être, faute d’imagination, de volonté politique, s’affranchir de leur responsabilité d’assurer la santé de leur population, risquent à terme de se retrouver dans la même situation que ceux des pays sud-américains ou l’Afghanistan face à la drogue ou l’opium. Eradiquer un phénomène ancré dans l’économie car faisant vivre de nombreuses familles et enraciné dans les habitudes de consommation pourrait s’avérer une gageure difficile à relever.

 


 

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