Comme d’autres millions de personnes, j’ai vécu avec beaucoup d’émotions ce grand jour qui sera à jamais gravé dans ma mémoire. Ce qui m’a surtout marqué ce n’est pas seulement le fait qu’un noir accède à la présidence des États-Unis, dont devienne l’homme le plus puissant au monde, mais c’est surtout le réveil de conscience qu’inspire le président Obama. N’oublions jamais que pour réussir, cela nous prend des leaders qui ont une grande portée et dont les ambitions se situent dans le temps et vont au delà de clivages. Ils doivent être capables de respecter notre Loi fondamentale et pouvoir céder leur fauteuil à leur prochain.
Il est important pour moi de rappeler qu’après avoir écouté ce discours d’assermentation, j’ai par la suite pris la peine de le lire attentivement. Je puis dire que c’est un discours qui se lit plus qu’il ne s’entend, car pour le comprendre, il faut se rendre compte que ses éléments sont unis et les idées sont complémentaires. Cependant, s’il existe une thématique fondamentale que je conseille, c’est le poids de l’histoire. Puisque ce discours appelle les Étasuniens à s’appuyer, comme jamais auparavant, sur leur passé pour relever les défis exigeants du présent et de l’avenir. Ils doivent réussir à réactualiser l’œuvre de leurs pères fondateurs de même que les idées et les valeurs qui en font partie pour espérer se renouveler. En un mot, les Américains doivent comprendre leur passé pour former un État plus solide. Même si nous sommes d’avis que nous ne devons pas sous-traiter nos problèmes, cette thématique s’applique très bien à la réalité que nous vivons aujourd’hui au Cameroun.
Je ne vais pas revenir sur l’enseignement de l’histoire au Cameroun où se pose toujours la question de savoir pourquoi n’enseigne t-on pas à l’école l’histoire de nos pères combattants de la liberté que sont : Ruben UM Nyobe, Charles Atangana, Felix Moumie, Abel Kingué, Mgr Thomas Mongo, Mgr Abel Dongmo, Douala Manga Bell, Wabo le Courant, Ernest Ouandié, Nya Ntadé et j’en passe. Bon nombre d’étudiants qui sont dans la trentaine aujourd’hui ne savent pas très bien qui était Ahmadou Ahidjo. Tout simplement parce que le système en place refuse aveuglement l’enseignement de notre histoire récente. Bon nombre de Camerounais ne savent pas que Ruben UM Nyobe fut le premier camerounais à prendre la parole aux Nations Unis en décembre 1952 pour le compte du Cameroun.
Le corps de Félix Moumie et celui d’Ahmadou Ahidjo sont toujours à l’étranger. Qui sera le prochain et combien en faudra-t-il encore pour que nous comprenions que les erreurs de notre futur découleront des problèmes de notre passé non résolus dans le présent et qui, par conséquent, seront érigées en règles à suivre.
Pourtant, c’est à travers les œuvres de nos pères fondateurs, de leurs souffrances, de leur travail, de leurs combats pour la liberté et la construction de la nation que nous devons apprécier notre rôle dans cette nation que nous chérissons tant aujourd’hui. Dans ce discours qui sera d’actualité de génération en génération, l’histoire est au centre de l’expérience humaine. Ce qui me fait dire que l’originalité de ce discours d’assermentation tient précisément à ces références constantes au passé. Cette rétrospective qui nous permet de nous voir vis-à-vis nous même, de savoir d’où nous venons et où nous allons. Ce miroir qui créé une cohérence dans la quête de sens et de la liberté. Bref, cette histoire qu’on ne doit pas cacher. Pour reprendre l’éminent animateur de la Radio France Internationale (RFI), Alain FOKA : «Nul n’a le droit d’effacer l’histoire d’un peuple, car un peuple sans histoire est un monde sans âme».
Ainsi donc, en s’appropriant notre histoire, nous pouvons mieux affronter les défis du futur. Nous allons mieux comprendre les valeurs anciennes de notre société qui nous permettent d’être en communion avec notre nation pour mieux l’apprécier. En ce sens, le 44e président des États-unis dit ceci dans un paragraphe révélateur et à retenir : «Nos défis peuvent être nouveaux. Les instruments avec lesquels nous les relevons peuvent être nouveaux. Mais ces valeurs dont dépend notre succès – travailler dur et honnêtement, le courage et le fair-play, la tolérance et la curiosité, la loyauté et le patriotisme – sont, elles, anciennes. Ce sont des vérités. Elles ont été la force tranquille du progrès tout au long de notre histoire. Ce qu’il nous faut donc, c’est retrouver ces vérités. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est une nouvelle ère de responsabilités – une reconnaissance de la part de chaque Américain que nous avons des devoirs envers nous-mêmes, notre nation et le monde. Des devoirs que nous n’acceptons pas à reculons, mais que nous saisissons de plein cœur, certains qu’il n’y a rien de si satisfaisant à l’esprit, de si fidèle à notre caractère que de nous donner tout entier à une tâche difficile. C’est le prix et la promesse de la citoyenneté ».
Ce passage qui à prime abord s’adresser aux Américains ne saurait ne pas s’appliquer à nos pays africains, car pour que l’expérience d’un pays puisse se renouveler, elle doit comporter et même réconcilier les trois phases temporelles qui l’ont fait, le font et le feront : il s’agit de son passé, son présent et son avenir. Ces trois temps sont inséparables. Le président Obama entend donc reconstruire son pays dans le présent en s’assurant d’être fidèle aux idéaux qui ont su ériger son passé et, ce faisant, il a pour ambition d’assurer l’avenir.
Cet avenir, qui commence par une nouvelle façon de géré aujourd’hui passe par l’analyse profonde des deux paragraphes suivants, que chacun de nos éternels dirigeants devrait imprimer, lire et relire car le dernier jour, au moment de quitter cette terre, ils se demanderont ce que l’histoire retiendra de leur passage sur terre. « A ces dirigeants à travers le monde qui cherchent à semer le conflit ou à rejeter les maux de leur société sur le dos de l’Occident : sachez que vos peuples vous jugeront sur ce que vous savez construire, pas ce que vous détruisez. A ceux qui s’accrochent au pouvoir par la corruption et le mensonge, et qui étouffent la dissidence : sachez que vous vous situez du mauvais côté de l’histoire et que nous tendrons la main, si vous êtes prêts à desserrer le poing.
Aux peuples des nations pauvres : nous promettons de travailler avec vous, pour rendre vos fermes prospères et faire couler l'eau potable, pour nourrir les corps et les esprits affamés. Et pour ces nations qui, comme nous, jouissent d’une relative aisance : nous disons que nous ne pouvons plus nous permettre l’indifférence à la souffrance au-delà de chez nous. Nous ne pouvons plus consommer les ressources du monde sans prendre en compte les conséquences. Car le monde a changé, et nous devons changer avec lui».
Il est donc clair que l’union, le partage, la reconnaissance de la valeur de chaque individu, la notion qu’un pays appartient à tous ses fils, opposants compris, et la volonté d’une participation collective sont des éléments que le 44e président des États-Unis s’appropries afin que l’effort et la réussite viennent de tout le monde. Pour ce faire, avant son assermentation, le président Obama a posé des gestes tout à fait exceptionnels, mais qui ont une certaine portée historique, comme ce dîner en l’honneur de son ancien adversaire John McCain et le fait d’avoir accompagné le président sortant George W Bush à son hélicoptère, le président sortant quittant Washington pour son ranch au Texas. On n’imagine pas cela arriver un jour entre le président Biya et l’opposition camerounaise. D’abord faudrait-il que le président Biya accepte de céder son poste.
Pour continuer dans la volonté de travailler avec toutes les forces vives de son pays, Obama a nommé son ancienne concurrente démocrate Hillary Clinton au poste le plus prestigieux de son administration. Ceci est non seulement la manifestation de sa grande classe, mais surtout une façon concrète d’exprimer la volonté d’unité qu’il préconise, au-delà des partis et des passions. Du coup, il s’inscrit dans l’Histoire comme quelqu’un qui veut construire et non détruire, comme quelqu’un qui croit à l’unité, somme toute comme quelqu’un qui sait que chacun à sa place dans la cité.
Mes frères Camerounais, à quand remonte la dernière fois que le président Biya a visité un établissement scolaire au Cameroun. Quelle est la dernière fois qu’il a fait le tour du pays? Pourtant son prédécesseur le faisait régulièrement. La dernière fois que Monsieur Biya a parlé de l’opposition c’était lors des tristes évènements qui ont endeuillés le Cameroun en février 2008. Le président avait alors accusé, sans preuve, l’opposition de vouloir le renverser. Pourquoi s’engouffre-t-il toujours dans sa limousine quand il sort ou revient d’un voyage? De qui ou de quoi a-t-il peur? Comment peut-il comprendre le Cameroun profond quand il loge 365 jours de l’année dans du marbre climatisé à mourir?
Ne perdons pas de vue que ce n’est pas le président Américain Obama qui règlera nos problèmes. Il est et reste seulement une source d’inspiration, de motivation. À travers lui, nous devons comprendre que nos problèmes ne seront jamais sous-traités. Nous devons les régler nous-mêmes. En demandant ce que nous faisons individuellement pour changer notre pays. En nous questionnant sur notre contribution à l'édification de notre nation, ce que nous faisons pour améliorer les conditions de vie de ceux qui sont dans le besoin. Nous saluons amplement la réussite d’Obama aujourd'hui mais n'oublions pas qu'il a commencé comme travailleur auprès des désœuvrés.
Nous devons surmonter la peur. Nous devons arrêter d’être intimidé. Nous devons répondre à la question : comment faire pour sortir de ce malaise qui depuis trois décennies nous tire vers le bas? La prochaine élection présidentielle est l’occasion pour nous de prendre l’autoroute d’un avenir meilleur, en nous souvenant de notre passé, de notre présent et de l’avenir que nous voulons et avec qui nous souhaitons bâtir ce nouveau Cameroun. Pour y parvenir, nous devons nous unir autour d’un effort commun. N’oublions jamais que pour réussir, cela nous prend des leaders qui ont une grande portée et dont les ambitions se situent dans le temps et vont au delà de clivages. Ils doivent être capables de respecter notre Loi fondamentale et pouvoir céder leur fauteuil à leur prochain.
Martin Stephane Fongang
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