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Pour une reconquête de la souveraineté sportive du Cameroun

Au moment où les lampions s’éteignent sur les jeux Olympiques de Beijing 2008, on est tenté à dire que le Cameroun a perdu sa souveraineté sportive. En fin de compte, la souveraineté des institutions (sportives ou autres) et des États se construit en permanence. On la construit et la protège tel un titre de champion dans une discipline sportive. Si l'on pouvait garantir la souveraineté de chacune de nos institutions, la somme de nos institutions souveraines ferait la souveraineté totale du Cameroun. Comme le développement ou la démocratisation, la souveraineté ou la souveraineté sportive n’est pas quelque chose qu’un peuple peut faire pour un autre. Le Cameroun doit le faire pour lui, pour ses citoyens ou il n’y aura pas de souveraineté du tout.

[Ottawa - Canada] - 03-09-2008 (M. Mba Talla)



Au moment où les lampions s’éteignent sur les jeux Olympiques de Beijing  2008,  on est porté à se demander où sont passés les ex-footballeurs camerounais pour une candidature Biya. Tellement, les prestations des sportifs camerounais de ces derniers temps, et même aux Olympiques de Beijing, laissent à désirer. On est tenté à dire que le Cameroun a perdu sa souveraineté sportive.

En septembre 2004, une centaine d'anciens internationaux du football camerounais appelaient  le chef de l'Etat sortant d’alors, M. Paul Biya, à se porter candidat à l'élection présidentielle d’octobre 2004. Parmi les signataires de cette liste-motion, on notait notamment Roger Milla, Joseph Antoine Bell, Jean Atangana Ottou, Jean Paul Akono. Ces anciens internationaux se félicitaient de «la sollicitude toute spéciale du chef de l'Etat vis-à-vis du mouvement sportif national», ainsi que des « privilèges réservés par M. Biya aux sportifs ayant glané des lauriers sur la scène internationale».

A cette époque de nombreux observateurs sportifs et  hommes politiques interrogés  avaient  déploré cette démarche. Ils avaient aussi  déploré  le manque d'infrastructures sportives, notamment en matière de football, un sport  qui avait apporté tant de lauriers au Cameroun. Lors des derniers  jeux Olympiques de Beijing,  la gestion archaïque  du football  s’est une fois  de plus confirmée avec en toile de fond la sempiternelle question des primes. Les Lions Olympiques, qui possédaient pourtant une solide formation, ont,  sur le tard, payé de cette politique approximative du football. Quelques mois avant, les Lions indomptables du Basketball avaient connu sur le chemin de Beijing le même sort, abandonnés, à eux-mêmes. Le problème de primes s’était posé. Ce qui avait contribué à la démoralisation et à la méforme d’une équipe pourtant promise à un bel avenir.


A l’époque où ces ex-footballeurs camerounais signaient leur lettre motion  pour une nouvelle candidature Biya, on avait rappelé que la triple sauteuse Françoise Mbango-Etone, qui avait ramené d'Athènes en août 2004 la première médaille d'or olympique individuelle du Cameroun, ne disposait  d'aucun encadrement et s'entraînait  seule. En 2004, elle avait portant déclaré, après sa victoire, qu’elle aimerait  «qu'on donne de la considération aux athlètes, qu'on fasse un effort pour qu'ils puissent s'entraîner dans de bonnes conditions». Aujourd’hui, la situation  n’a pas changé.

On peut se gargariser devant les prouesses de la triple sauteuse, Françoise Mbango-Etone, qui, une fois de plus, a ramené l’Or de Beijing. Dimanche, 17 aout, en finale de sa discipline, la sauteuse camerounaise a effectué un bond de 15,39 m, devançant  la Russe Tatyana Lebedeva (15,32 m). Lorsque l’on sait que celle à qui on avait promis 80 millions de Cfa pour l’aider à se préparer pour les prochaines échéances internationales a dû non seulement se battre avec sa fédération, mais attendre 4 années pour percevoir et en deux tranches cette somme. Encore que n’eût l’intervention personnelle du couple présidentiel, cette dernière n’aurait jamais vu la couleur des Cfa dévolus à sa préparation. Finalement faut-il vraiment que le président Biya intervienne dans les affaires des couples pour que cela marche. Est-ce normal qu’il en soit à décider de la marche des  fédérations sportives? A qui profite ces ingérences?


La victoire de Françoise Mbango-Etone, si elle doit être célébrée à sa juste valeur, doit tout de même être une occasion  de faire un bilan des quatre dernières années en matière de sports au Cameroun. Car s’il fallait être sérieux, cette victoire toute personnelle de la championne olympique  est l’arbre qui cache la forêt  d’une  délégation camerounaise aux jeux Olympiques constituée de 44 officiels (dignitaires et encadreurs techniques) et de 33 athlètes appartenant à neuf disciplines. Pour cela les tutelles des diverses disciplines sportives au Cameroun ainsi que les autorités camerounaises en charge des sports devraient travailler en concert. Si on peut tout de même se féliciter de la volonté manifestée de construire certaines infrastructures sportives au Cameroun, ainsi que de celle  du Palais des sports de Yaoundé en finition, on devrait urgemment  penser à mettre sur place une véritable politique sportive au Cameroun. Et ceci pourrait se concrétiser surtout au moment où le Cameroun marque sa volonté d’organiser la prochaine coupe d’Afrique de football de 2016.

Pour  une souveraineté sportive du Cameroun

Lorsque l’on parle de souveraineté, on a tout de suite en tête ce postulat de base qui définit l’État westphalien. Regagner la souveraineté sportive du Cameroun impliquerait un investissement massif (ressources humaines, financières et infrastructures) à l’instar de ce qui est demandé aux autorités pour la presqu'île de Bakassi dont ont déclare que son sous sol regorge d’importantes richesses. La  jeunesse camerounaise n’en regorge-t-elle pas autant ?  A quoi sert-il  de citer à longueur de discours la jeunesse camerounaise et les exploits de la triple sauteuse si les actions ne peuvent pas suivre. La souveraineté sportive du Cameroun est la prise en charge du destin sportif des Camerounais par les sportifs eux-mêmes. Les sportifs ne pouvant pas traiter certains de leurs disciplines comme des “sports mineurs”, on en arrive à une véritable prise en charge par les acteurs. D’ailleurs, dans son entrevue à Rfi du 17 août, Françoise Mbango-Etone souligne la dépendance négative des sportifs vis-à-vis des personnalités qui n’ont rien à voir avec le sport et le manque d’intérêt des acteurs d’appuis au sport. «Mais j’ai l’impression que parfois, quand on fait une discipline individuelle et quand on est Africain, les sponsors, ça hésite, ça réfléchit. Ou peut-être, on ne croyait pas en moi », clame -t-elle.


La souveraineté sportive nécessite aussi que l’on pense et renoue avec les plans quinquennaux  dans lesquels le sport sera considéré comme l’un des leviers. Bien que je sache que depuis des lustres, le Cameroun a abandonné ses plans quinquennaux, et que cet abandon a entrainé la mort de notre politique économique au profit des partenaires au développement que sont les institutions de Breton Woods (Banque mondiale,  Fonds monétaire international); il est urgent d’y revenir, car l’apport de ces partenaires a bien plus contribué à brouiller ce qui restait de nos ambitions  de développement, marquant ainsi la fin de la souveraineté économique du Cameroun. Une image encore plus illisible depuis la fin du mois de juin 2008 où le gouvernement camerounais a achevé son programme triennal avec ces mêmes partenaires, mais tarde à faire un choix intelligent de développement autonome et structuré.

Ceci est doublé du fait que les autorités en charge du dernier recensement, malgré les nombreuses promesses de l’ex-ministre Kodock et  de Louis Paul Motaze,  ministre de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire, tardent encore à rendre publics ses résultats, et ce, trois années après sa réalisation. La divulgation de ce recensement aurait pu renseigner non seulement sur les potentialités, mais aussi sur les meilleures options nécessaires pour un développement dynamique. Et le sport camerounais en sortirait grandi s’il était établi par exemple que la population camerounaise est constituée  de près de 70% des moins de 25 ans.


Le sport au Cameroun dépend grandement de ce plan. Il participe aujourd’hui d’une véritable économie, au même titre que les nouveaux secteurs de la nouvelle économie : celle de l’immatérielle. En plus, il est essentiel  de sortir de la préhistoire ou du sous-développement du sport. Ce qui exige de faire entrer certaines disciplines camerounaises dans le professionnalisme ou le semi-professionnalisme. C’est le prix à payer si l’on veut non seulement arrêter la ruée de nos jeunes sportifs sous d’autres cieux ou encore si on veut d’ici une décennie avoir des chances sérieuses de médailles. D’ailleurs  la médaillée olympique, parlant des éléments de  sa victoire,  affirme « Il y a aussi l’avantage que j’ai de travailler en France grâce aux infrastructures qui sont à ma disposition. J’essaie d’utiliser ces facilités-là pour travailler très dur». Voilà une déclaration qui prouve que le sport camerounais n’est en rien souverain. Bien que nous ne nions pas les vertus de la coopération, dans le cas du Cameroun, il est très dépendant de l’ailleurs. C’est, au demeurant, la souveraineté du Cameroun qui est mise à rude épreuve. Car le sport, à travers les éternels Lions indomptables ou, aujourd’hui, à travers la triple sauteuse Françoise Mbango-Etone, traduit à merveille le fondement de l’intérêt national, la capacité du Cameroun de s’autogérer, de s’affirmer et de projeter sa puissance sportive dans  le système international.


Parce que le système international,  en tant que espace social, est un corps vivant, on ne saurait ainsi dormir sur ses lauriers, au risque de perdre sa souveraineté. Il n’y a, dans cet espace,  ni de « titre foncier à vie » ni d’acquis lorsque l’on parle de souveraineté, fut-elle sportive. Chaque médaille gagnée  dans une discipline est une projection d’une pan de la souveraineté de ce pays dans l’espace des nations. Telle est la nouvelle réconceptualisation de la géopolitique dans le sens de l’interaction entre l’espace, le sport, l’économie et la politique. Le Cameroun ne peut y échapper. En fin de compte, la souveraineté des institutions (sportives ou autres) et des États se construit en permanence. On la construit et la protège tel un titre de champion dans une discipline sportive. Si l'on pouvait garantir la souveraineté de chacune de nos institutions, la somme de nos institutions souveraines ferait la souveraineté  totale du Cameroun. Comme le développement ou la démocratisation, la souveraineté ou la souveraineté sportive n’est pas quelque chose  qu’un peuple peut faire pour un autre. Le Cameroun doit le faire pour lui, pour ses  citoyens ou il n’y aura pas de souveraineté du tout.

 

Modeste Mba Talla, Journaliste et Chercheur en polémologie  École d’études politiques (Université d’Ottawa)

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