Dr. Dieudonné Mouafo Coordonnateur de l’AEED " Nous pouvons être fiers de nos réalisations"
, M. Stéphane Fongang & M. Mba Talla
[ Ottawa - Cameroun ]
Homme de conviction, de cœur et d’action, le Dr Dieudonné Mouafo préside depuis bientôt quatre années aux destinées de l’AEED–Canada en tant que son coordonnateur. Au moment où l’AEED fête ses quatre années d’existence en même temps qu’elle tient son assemblée générale annuelle et une reunion du Conseil d’administration le 8 juillet à Dorion prêt de Montréal, l’équipe de www.icicemac.com a tenu à donner la parole à ce fidèle serviteur du progrès et de l’excellence. Avec le calme et la profondeur qu’on lui connaît, le Dr Mouafo dresse un bilan de l’Association pour l’aide à l'éducation et au développement (AAED) tout en éclairant sur les perspectives de son avenir. En passant, il réaffirme son inébranlable optimiste quant au futur de l’Université des Montagnes (l’UDM) de Banganté au Cameroun
L’Association pour l’aide à l'éducation et au développement (AAED) tout en puissance
M. Stéphane Fongang et M. Mba Talla : Vous présidez de puis bientôt quatre années aux destinées de l’AEED–Canada en tant que son coordonnateur. Pouvez-vous nous présenter brièvement l’organisation que vous dirigez, et nous dire quelles sont les raisons qui ont poussées à sa création?
Dieudonné Mouafo : L’Association pour l’aide à l'éducation et au développement (AAED) a été fondée en 2002 à Montréal par un groupe de personnes préoccupées par la lutte contre la pauvreté dans les pays en développement. Elle est basée à Montréal au Québec mais ses membres se retrouvent à travers le Canada et aux Etats-Unis. Notre vocation est de soutenir des initiatives dans les domaines de l’éducation, de la santé et du développement dans les pays du Sud, et de sensibiliser le public au Canada sur cette problématique. L’AAED est dirigée actuellement par un Conseil d’administration de 25 membres qui rend compte à une assemblée générale et un Comité exécutif qui assure sa gestion courante. Tous nos membres sont bénévoles. Nos ressources proviennent essentiellement des cotisations des membres et des dons.
Quant aux motivations qui nous ont poussés à créer l’AAED, elles sont simples. Comme vous le savez, le concept de l’aide au développement a subi des bouleversements énormes au cours des 2 dernières décennies suite au constat d’échec de l’aide institutionnelle. Les organismes non gouvernementaux (ONG) sont devenus les canaux privilégiés de l’aide dans les pays du Sud par leur efficacité à atteindre directement les populations dans le besoin en évitant les tares de la bureaucratie. Par ailleurs, les diasporas africaines, naguère à la traîne, sont en train de prendre conscience du potentiel de développement qu’elles peuvent mobiliser en s’organisant mieux. C’est dans cette double perspective qu’il faut placer la création de l’AAED. Nous intervenons sur le terrain en mobilisant les ressources disponibles au Nord (Canada) pour satisfaire les besoins énormes, au Sud. Nous collectons de l’information, du matériel didactique ou pédagogique (livres, ordinateurs, équipement de laboratoire, etc.) pour des bénéficiaires du Sud.
M. Stéphane Fongang et M. Mba Talla : L’AEED est–elle une structure de l’AED qui préside aux destinées de l’Universités des Montagnes?
Dieudonné Mouafo : Malgré une similitude des sigles et une vision commune, l’AAED est une entité entièrement autonome et indépendante de l’AED du Cameroun. L’AAED est un organisme à but non lucratif enregistré selon les lois du Québec et du Canada. Quand il a fallu se trouver un projet-pilote à parrainer en Afrique, l’AAED a aussitôt été séduite par l’expérience, unique en son genre dans le contexte africain, de l’Université des Montagnes (UdM), une initiative non étatique et sans but lucratif. Nous avons donc décidé de parrainer ce projet éducatif de l’AED du Cameroun avec qui nous partageons des objectifs communs. Les deux organismes sont donc liés depuis par un accord formel de partenariat, un protocole d’entente qui fait de l’AED notre agent d’exécution sur le terrain au Cameroun, conformément aux exigences du ministère canadien du Revenu qui a par ailleurs approuvé cet accord.
Qu’est ce qui explique cette volonté à l’autonomie?
Les initiateurs de l’AAED ont une vision plus large qui déborde les frontières d’un pays puisque selon nos statuts notre champ d’action couvre l’ensemble des pays en développement. Comme tout organisme autonome, l’AAED se réserve donc la latitude de réorienter ses priorités et ses actions vers d’autres projets ou d’autres régions en fonction des directives de ses structures dirigeantes et de ses choix stratégiques du moment. Nous n’existons ni ne fonctionnons pas en fonction de l’AED du Cameroun.
Au moment où l’AEED s’apprête à tenir son assemblée générale annuelle ainsi que son conseil d’administration, quel bilan faites-vous de l’année qui se termine et des réalisations de l’AEED de sa création jusqu’aujourd’hui?
En trois ans à peine d’existence (l’AAED n’a été légalisée au Canada qu’en 2003), nous pouvons être fiers de nos réalisations. Nous avons consolidé notre statut légal, gagné en crédibilité et surtout rempli la plupart de nos objectifs à court terme. Le fait d’avoir concentré nos efforts sur un même projet-pilote, l’Université des Montagnes, nous a permis d’être plus efficaces. Depuis 2004, nous avons fait parvenir à l’UdM au Cameroun du matériel de laboratoire et plus de 3000 livres, contribuant ainsi à doubler la capacité de sa bibliothèque. L’AAED a aussi collaboré en 2005 au projet d’informatisation de la bibliothèque de l’UdM, financé par l’ACDI, et participe à la maintenance de son site web (www.aed-udm.org). Notre budget d’opération avoisine les 20.000$ (vingt mille dollars canadiens) actuellement, ce qui est impressionnant vu la taille et la jeunesse de notre association.
L’AAED - Canada vient de connaître une année exceptionnelle. Pouvez – vous nous parler de votre principale réalisation?
L’année 2006 a été effectivement exceptionnelle. Faisant suite à une demande de l’UdM en vue de l’ouverture de son centre hospitalier, l’AAED vient de faire expédier vers le Cameroun un conteneur de 40 pieds cubes contenant du matériel médical et de laboratoire et des médicaments d’une valeur totale de plus de 120.000 $ (cent vingt mille dollars) grâce à la mobilisation de la diaspora, de ses membres et sympathisants, à l’appui financier de la Fondation Roncalli de Montréal et au partenariat avec l’organisme Collaboration Santé Internationale de Québec (CSI) qui a affrété ce conteneur pour nous. Le conteneur est attendu à Douala le 18 juillet prochain.
L’année dernière, vous avez acheminé plus de 4 tonnes de livres et autres produits de laboratoire à L’AED au Cameroun. Parlez-nous de cette réalisation? Comment assurez-vous le suivi de ces dons?
En juillet 2005 l’AAED a fait acheminer par bateau à l’Université des Montagnes près de 12 m3 des livres acquis ou collectés au Canada, soit 180 cartons contenant environ 3.000 manuels de diverses disciplines (médecine, pharmacie, informatique, mathématiques, physique, chimie, environnement, biologie, etc. Ce matériel a été soit acheté, soit offert par les bibliothèques universitaires (Laval, Ottawa) ou municipales. La Ville de Gatineau nous a par exemple offerts des dizaines de cartons de livres et ouvrages de référence (encyclopédies, collections). Pour le suivi sur le terrain nous faisons confiance à notre partenaire local, l’AED qui a à cœur la réussite de l’UdM dont elle est la promotrice. Les termes de notre partenariat sont clairs en ce qui concerne les rapports annuels d’exécution. De plus, l’informatisation de la bibliothèque de l’UdM offre une garantie pour une utilisation sécuritaire et responsable de ce fonds documentaire. Les témoignages qui nous parviennent y compris des étudiants et des visiteurs sont très rassurants sur la gestion responsable de ce matériel. L’ambition des responsables de l’UdM est semble-t-il, d’en faire un centre d’excellence pour compléter l’action des pouvoirs publics et imprimer sa marque dans le paysage éducatif camerounais, ce qui nous semble très louable.
Pour le moment vos actions sont dirigées uniquement vers l’UDM? Pensez-vous dans un proche avenir en faire profiter d’autres institutions camerounaises?
Comme l’indique nos statuts, la vocation de l’AAED est de soutenir, à partir du Canada, des projets éducatifs, sanitaires ou des initiatives de développement partout dans les pays en développement. Nous pourrons donc à tout moment réorienter nos interventions vers d’autres projets au Cameroun ou ailleurs. Par exemple, une partie du matériel du conteneur récemment affrété sera redistribuée à d’autres établissements sanitaires de la région et du pays. L’important c’est de trouver sur place des relais et des interlocuteurs sérieux. En raison de certains précédents malheureux de dons détournés, les donateurs canadiens sont très préoccupés à ce que les dons envoyés arrivent effectivement aux vrais bénéficiaires.
Comment devient-on membre de l’AEED?
C’est assez simple : il suffit de partager notre vision, d’adhérer à nos objectifs et de satisfaire à un minimum d’obligations courantes pour les organismes sans but lucratif (frais d’adhésion, cotisation annuelle, implication dans les activités, etc.). D’après nos statuts, l’AAED est ouverte à toute personne physique ou morale acceptant nos statuts et le règlement intérieur, et décidée à contribuer à l’accomplissement de nos objectifs. Avec les moyens de communication modernes tel que l’Internet, beaucoup de choses se font désormais à distance et c’est ainsi que l’on pourrait bien être membre de l’AAED tout en résidant à l’autre bout du monde.
Que peut faire la diaspora pour aider d’avantage cette institution, voire d’autres établissements au Cameroun?
Il ne m’appartient pas de donner les leçons à la diaspora. Les problèmes de l’Afrique et du Cameroun sont bien connus de tous, et les défis dans les domaines de l’éducation et de la santé n’en sont qu’une partie. Les membres de la diaspora contribuent déjà mais sur une base plus individuelle, dans le cadre familial par exemple (transferts d’argent). Toutefois la portée de ces actions serait plus grande pour les communautés si elles se faisaient dans le cadre d’initiatives collectives. Pour vous donner des repères, sachez par exemple qu’un tiers de produit intérieur brut d’un pays comme l’Egypte provient de ses travailleurs de la diaspora. Tout le monde connaît l’importance vitale de la diaspora juive pour la survie et la prospérité d’Israël. Le Cameroun semble être un des rares pays au monde à ne pas reconnaître la contribution et valoriser le potentiel de sa diaspora. Si vous faites référence à l’Université des Montagnes et au système éducatif du Cameroun en général, je dirais que des canaux comme l’AAED sont en train de montrer leur efficacité. On pourrait encore aller plus loin en s’organisant mieux pour monter des projets et aller trouver des financements, créer des partenariats et aussi faire profiter le système éducatif ou sanitaire local de l’expertise des membres de la diaspora dont le potentiel est énorme.
Quelles sont les relations qu’entretiennent l'AEED et les autres organisations comme l’AED-France qui oeuvrent pour la promotion de l’UdM ?
Les connections entre l’AAED et l’AED-France ont été établies indirectement à travers le cercle des amis communs de l’UdM, de plus en plus nombreux à travers le monde, aussi bien les personnes physiques que les institutions. L’AED-France qui a découvert notre existence par le site web de l’AED nous a approchés pour solliciter des tabloïdes sur nos activités pour publication dans leur bulletin d’information en ligne, La Lettre de l’AED-F. C’est ainsi que la collaboration a été amorcée entre les deux structures. Nous recevons régulièrement leur journal électronique. C’est la principale forme de coopération qui existe pour le moment entre nous et l’AED-F.
Quels sont vos prochains défis ?
L’AAED compte élaborer son plan stratégique avec des objectifs à long terme. Elle entend aussi travailler a mieux se faire connaître en Amérique du nord et dans les régions qui pourraient potentiellement bénéficier de ses initiatives. Nous espérons pouvoir mobiliser davantage de ressources pour entreprendre des projets encore plus ambitieux. Une des pistes c’est la mise en place de mécanismes qui permettraient aux compétences de la diaspora de faire profiter de son potentiel en matière de formation, à travers des missions d’enseignement, de formation ou de recherche sur le terrain.
Rien ne pourra arrêter l’Université des Montagnes (l’UDM)
L'Université est fonctionnelle depuis plusieurs années, mais les autorités camerounaises tardent à lui émettre une autorisation complète? L’UdM est-elle une institution clandestine?
Ne faisant pas partie des responsables de l’UdM et n’étant pas au fait de tous les paramètres de cette situation y compris des subtilités de la législation camerounaise actuelle en la matière, je me sens mal placé pour répondre à votre question. J’ai suivi comme tous ceux qui s’intéressent à cette question, le débat autour du sort réservé aux institutions post-secondaires non étatiques au Cameroun. Comme gage la légalité de l’UdM nous avons reçu des responsables de l’AED dans le cadre de notre offre de partenariat copie des arrêtés ministériels successifs datés du 29 octobre 2002 et du 12 janvier 2005 autorisant l’UdM ou ses composantes. Il me semble dans ces conditions difficile de parler d’institution clandestine s’agissant de l’UdM. Il nous a été expliqué que la légalisation actuelle sur les établissements d’enseignement supérieur privés au Cameroun prévoit un processus de reconnaissance en plusieurs étapes. Comme il s’agit d’une réalité nouvelle dans un contexte où l’Etat a toujours eu le monopole de l’institution universitaire, j’imagine que ce cadre sera revu et ajusté au besoin, à la lumière des difficultés éventuelles posées dans sa mise en application. Cela fait partie des compétences des parlementaires et législateurs camerounais qui ont là certainement du pain sur la planche. Nous sommes également au courant des problèmes de reconnaissance des diplômes délivrés par l’UdM. Peut-être faudrait-il relativiser la question en supposant que tout sera réglé avant ou bien à la sortie des premières promotions…Mais si vous voulez mon opinion personnelle à ce sujet, je vous dirais que toute obstruction administrative dans ce domaine serait un combat d’arrière-garde sans doute entretenu par des instances peu au fait de l’évolution du monde actuel. Avec la mondialisation et la compétition globale, l’Etat dans sa forme conventionnelle a cessé d’être un joueur-clé et ses tenants doivent se rendre à l’évidence. Nous sommes à l’heure de l’auto-emploi et de l’émergence d’un système-monde à acteurs multiples dont les pouvoirs publics n’en sont plus qu’un parmi d’autres. Au Cameroun ou ailleurs l’Etat a cessé d’être le principal employeur et débouché pour diplômés. Nous savons tous où nous a conduits le culte du diplôme au Cameroun, avec son lot de fraudes et de marchandages quand ces parchemins sont la clé d’entrée dans la fonction publique par exemple. De ce fait la valeur des formations offertes sur le marché dépend moins de la volonté d’un fonctionnaire que de la réputation du produit final testé par le marché de l’emploi. Tout cela pour dire qu’au bout du compte, le technicien en maintenance biomédical formé à l’UdM aurait à mon avis peu de peine à se trouver un emploi puisque par ses stages pratiques il aura fait ses preuves et convaincu ses futurs employeurs pendant sa scolarité. Par ailleurs, la conception des programmes en partenariat avec des universités étrangères reconnues est une garantie bien plus importante que les décisions administratives locales vu que ces diplômés acquièrent dans ce processus une reconnaissance internationale indépendante des caprices bureaucratiques. Pour preuve, j’ai récemment rencontré une ancienne étudiante de l’UdM qui n’a pas eu beaucoup de peine à se faire créditer sa scolarité acquise à l’UdM pour pouvoir continuer ses études en informatique à l’Université de Montréal. Tout repose donc sur la crédibilité des programmes et des formateurs. Et sur ce point je crois comprendre que pour le moment la majorité des enseignants de l’UdM (vacataires) proviennent des établissements publics ou de l’étranger. Difficile dans ces conditions de parler par exemple d’une formation à rabais.
L’Université des montagnes tout comme l’université Catholique ont été créées sur la base d’un vide juridique sur la loi régissant la création des établissements universitaires au Cameroun. Qu’en est-il de l’autorisation ministérielle d’ouverture et de l’arrêté ministériel de fonctionnement. L’UDM n’a toujours pas obtenu l'homologation de l'État camerounais. Pourtant l’université Catholique par contre l’a obtenu. Qu'en est-il exactement?
Une fois de plus je pense avoir donné mon opinion à ce sujet dans ma réponse précédente. Je ne suis pas personnellement mêlé au dossier sur la reconnaissance de l’UdM. Ma culture juridique plutôt limitée ainsi que ma faible connaissance des paramètres de la situation sur le terrain ne me permettent pas de répondre à cette question. Je peux néanmoins, sous la forme d’une anecdote, vous faire part de mon embarras face à une question de mes interlocuteurs canadiens qui avaient voulu savoir, à la présentation de la copie de l’arrêté du 29/10/2002 portant accord de création pour 3 ans de l’Université des Montagnes, et des l’arrêtés (4 au total) du 12/01/2005 portant accord de création puis autorisation d’ouverture de deux instituts (Sciences et Technologie et Sciences de la Santé) pour le même établissement mais sans plus faire mention à l’UdM comme tel – tous signés du Ministre de l’Enseignement Supérieur du Cameroun – laquelle des autorisations il fallait considérer en définitive. Pour me sortir d’embarras j’ai du leur promettre des éclaircissements pour plus tard.
Certaines langues avaient critiqué l’emplacement de l’UDM et l’initiative en elle même. Ces critiques semblent avoir fédérer tout le monde autour de ce projet unique en son genre au Cameroun. Que pensez-vous?
Simplement que je serais heureux de soutenir des universités avec la même vision et des objectifs similaires qui seraient créées dans les nombreuses montagnes, plaines et plateaux aux quatre coins du Cameroun, et je sais qu’à l’AAED nous pensons la même chose pour en avoir discuté. Nous espérons donc que d’autres UdM-bis mais complémentaires vont bientôt émerger ailleurs au Cameroun, puisqu’il ne s’agit ici ni de se faire de l’argent, ni de créer des clones des établissements publics existants mais bien de combler des vides du système public afin de compléter l’action de l’Etat. Nous n’aurions certainement pas embarqués dans un partenariat avec l’AED si nous n’étions convaincus de la pertinence de ce projet éducatif et de la transparence de sa gouvernance. Sur la foi des résultats de ses concours d’entrée publiés sur l’Internet, nous nous réjouissons d’ailleurs de la portée de cet établissement qui après seulement quelques années d’existence, accueille un nombre croissant d’étudiants issus de plusieurs provinces du Cameroun et même d’autres pays africains.
Comment procède t-on pour être étudiant à l’ UdM ?
Pour cette question je vous réfère au site web de l’UdM (www.aed-udm.org) ou bien aux responsables de l’établissement car le rôle de l’AAED se limite au soutien pédagogique, logistique et/ ou institutionnel. Nous ne sommes mêlés ni de près ni de loin à la gestion de l’UdM.
L’UdM semble avoir mis l'accent d’avantage sur les filières de la santé. Qu’est ce qui explique une telle priorité ?
L’AAED n’a été mêlée ni de près ni de loin aux choix stratégiques de l’UdM qui sont de surcroît antérieurs à son existence. Mais je pense que le bien-fondé de ces choix est bien expliqué sur le site web de l’AED-UdM et ses documents d’information. Il s’agit de couvrir des besoins non couverts ou insuffisamment couverts par le système éducatif actuel, et de répondre à une demande réelle. En tant que camerounais, je me sens à la fois frustré par l’humiliation que subissent quotidiennement les familles devant les ambassades étrangères en asseyant d’envoyer leur progéniture acquérir des formations non disponibles chez nous, et attristé par les mésaventures de ces jeunes jetés sur les routes de l’exil. Il ne se passe plus de mois sans que les nouvelles ne rapportent des incidents tel l’assassinat d’étudiants camerounais en Russie ou ailleurs. Le Cameroun a le potentiel pour offrir mieux que présentement.
Les premières promotions en sciences et technologies sont déjà sorties de l'école, puisque L’UDM forme des élèves au niveau Bac + 3 dans ce domaine. Qu'en a-t-il été de leur intégration dans le marché de l'emploi ?
Je pense que les responsables de l’UdM sont mieux placés que moi pour vous répondre. Je ne suis pas au courant des derniers développements. Si je m’en tiens au témoignage d’anciens étudiants parus dans la revue électronique UdM.COMM, la transition vers le marché du travail ou bien vers la poursuite des études ailleurs après l’UdM semble bien se passer. Rien d’étonnant au vu de l’importance accordée aux stages pratiques dans les programmes de l’UdM. Faut-il évoquer ici le cas de nombreux étudiants des universités publiques qui ont reçu leur diplôme en sciences (biologie, chimie, etc.) sans jamais avoir eu la chance d’effectuer les travaux de laboratoire requis faute d’équipement ou en raison du nombre pléthorique d’étudiants?
En tant qu’ancien enseignant des Universités, pensez-vous que l’ UdM est de début de solution à la crise du système éducatif camerounais?
Bien que je ne m’exprime pas ici à la place initiateurs de l’UdM, il serait à mon humble avis prétentieux pour l’UdM de prétendre pouvoir résoudre la crise, très profonde, du système éducatif camerounais dont elle n’est par ailleurs pas responsable. Elle n’en a pas ni le pouvoir ni le mandat, et du reste je ne pense pas qu’elle ait été créée pour cela. Mais c’est une expérience qui suggère qu’il y a d’autres pistes de solution à explorer. Il n’est pas normal que certains pays africains moins nantis que le Cameroun offrent depuis des décennies des filières telles que la pharmacie, la bibliothécomie, la médecine vétérinaire, etc. et que de telles formations soient encore inexistantes chez nous.
Quelles sont les ambitions à moyen et court terme de l'Université des Montagnes, et quels types de partenariat elle tisse avec les autres universités, associations et organismes? 
Je ne fais pas partie des têtes pensantes ou du Conseil d’orientation de l’UdM. Mais si je me fie aux informations disponibles sur le site web ou les dépliants de l’UdM, il est prévu l’ouverture progressive de nouvelles filières de formation. Ces informations font également état de nombreux accords de partenariats signés entre l’UdM et les autres universités du Cameroun d’une part, et avec de nombreuses universités en Afrique et en Europe, ce qui est une très bonne approche et un gage pour le futur. Vous pourriez contacter les responsables l’UdM pour plus de détails sur la nature des ententes de partenariat.
Comment entrevoyez-vous l’avenir de l’UdM ?
Personnellement je suis très optimiste quant au futur de cette institution, au regard des progrès accomplis malgré sa courte existence et le climat d’adversité que l’on connaît. Si l’UdM parvient à offrir aux candidats à l’exil une alternative fiable pour se former au Cameroun, ce serait déjà une contribution immense dans le vaste chantier de l’éducation au Cameroun. Son cheminement jusqu’ici nous incite à croire qu’elle est sur la bonne voie.
Qui est Dieudonné Mouafo ?
Né au Cameroun, le Dr Mouafo est géographe. Il est titulaire d’un PhD de l’Université Laval, Québec, Canada. Il a enseigné successivement à l'Université de Yaoundé au Cameroun, l’Université Laval (Québec) à Québec et l’ Université d’Ottawa (Ontario) au Canada. Il est l’auteur de plusieurs publications scientifiques dont un dictionnaire bilingue des termes géographiques (Guérin) 2002). Il est présentement analyste des politiques pour le Patrimoine canadien, un organisme du gouvernement fédéral canadien qui traite des questions culturelles. Il est depuis sa création, le coordonnateur l’Association pour l’aide à l'éducation et au développement (AAED) fondée en 2002 à Montréal (Canada).
Propos recueillis par Martin Stéphane Fongang et M. Mba Talla
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