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Renaissance de la politique industrielle au Cameroun est –elle possible ?
Publié le 31-10-2012  |  (Yaoundé - Cameroun). Auteur : Babissakana & Icicemac   [lu : 14150]
Renaissance de la politique industrielle au Cameroun est –elle possible ?
© Babissakana & Icicemac
Renaissance de la politique industrielle au Cameroun est –elle possible ?


En février 2004, le cabinet conseil Prescriptor publiait un  dossier sur la renaissance de la politique industrielle du Cameroun. Mais depuis lors le Cameroun vit sous le régime de  ce que le premier camerounais qualifiait  lui-même  de régime «d’inertie».  Lors du passage de M. Rato, Directeur Général du FMI au Cameroun, le président Paul Biya  du Cameroun s’est cru oblige de  déclarer  pendant le toast organisé à son honneur de cet auguste au Palais de l'Unité le 10 janvier 2006:  "Nous entendons réviser au cours de l'année 2007, notre stratégie de croissance économique et de réduction la pauvreté. Elle mettra l'accent sur la recherche de synergies efficaces entre l'Etat et le secteur privé pour la mise en œuvre des politiques économiques, financières et sociales conçues en étroite concertation avec la société civile''.   Le  directeur du Fmi parti, les Camerounais  risqué d’avoir a attendre encore tres longtemps   une vraie politique  d’industrialisation. Une vraie politique du développement. Comment pouvait-il en être autrement depuis que le Document de Stratégie de Réduction de la pauvreté (DRSP) est devenu  ce que la journaliste Pauline Biyong  appelle ironiquement  “la Bible du développement de l’ économie du Cameroun..” Triste  n’est pas. Je  vous laisse  relire  le  travail de recherché qui a pour titre: Renaissance de la politique industrielle au Cameroun : Concepts, Instruments et Portefeuille des Projets industriels

 

M. Mba Talla

 

 

Renaissance de la politique industrielle au Cameroun : Concepts, Instruments et Portefeuille des Projets industriels

 

 

Nous exerçons par cette modeste contribution, notre droit à la parole, en sollicitant sa publication par Le Messager et Mutations, journaux qui ont alimenté le débat sur la renaissance de la politique industrielle au Cameroun, à la suite du message présidentiel.  « J’ajouterais à ce propos que le moment est sans doute venu de relancer notre politique industriel (…). Notre charte des Investissements devrait être l’instrument privilégié de cette politique. Il conviendrait de l’appliquer dans toutes ses dispositions ». Pour les observateurs et analystes sérieux de la scène économique camerounaise, à quelques mois de la fin du programme avec le FMI (20 décembre 2004), cet extrait du discours du 31 décembre 2003 de Paul Biya, Président de la République du Cameroun, nous semble être un résultat majeur de la technocratie et de l’expertise nationales avant d’être une orientation stratégique et opératoire. Les réactions et analyses observées sur cet aspect crucial du discours présidentiel (Penda Ekoka, « Politique industrielle oui, résurrection des éléphants blancs non », Le Messager n° 1609 du 9 janvier 2004 ; Thierry Ngogang, « Cellucam, Le rêve en papier de M. Biya », Mutations n° 1063 du 7 janvier 2004 ; Jean-Baptiste Sipa, « Retour sur un discours fallacieux », Le Messager n° 1612 du 16 janvier 2004) tendent à une sorte de rétro-prospective (diagnostic en analyse prospective) de portée informative et opérationnelle limitée pour les acteurs économiques, sociaux et politiques qui souhaitent voir le Cameroun prendre une trajectoire irréversible de progrès. Cette situation qui brouille les évolutions récentes, les perspectives, la lisibilité et la prévisibilité de la renaissance de la politique industrielle au Cameroun nous oblige à alimenter aussi ce débat central sur l’économie camerounaise en quatre points :  (i) le rappel du processus qui a conduit à la réinscription de la politique industrielle dans l’agenda officiel ; (ii) les précisions terminologiques relatives à l’industrie et la politique industrielle ; (iii) l’instrument privilégié qu’est la charte des investissements et (iv) l’importance pour le gouvernement d’entretenir un portefeuille cohérent et diversifié de projets de redéploiement industriel du Cameroun pour les prochaines années.     

 

1 -  Point sur le processus de renaissance de la politique industrielle au Cameroun

 

Avec la signature en septembre 1988 du premier accord de confirmation avec le FMI, le Cameroun abandonne de fait la planification centrale en vigueur depuis 1960 et s’engage dans l’économie de marché. Le 6ème plan quinquennal  (1986 – 1990) et le plan directeur d’industrialisation sont frappés de caducité. Les instruments d’intervention du FMI et de la Banque Mondiale étant hostiles à toute forme de politique industrielle, celle-ci disparaîtra des politiques publiques camerounaises depuis lors. Onze (11) ans après, c’est-à-dire en septembre 1999, à un an de la fin du programme triennal (1997 – 2000), le Ministère du développement industriel et commercial, sous le leadership opératoire de Célestin Ndonga, Directeur du développement industriel, mobilisa une quarantaine d’experts camerounais et 250 acteurs (répartis en 7 commissions spécialisées) du secteur public, du secteur privé et de la société civile pour réfléchir sur l’idée de renaissance de la politique industrielle, par la réforme du code des investissements et du régime des zones franches industrielles. Au regard du nouveau contexte de généralisation de l’économie de marché, de la mondialisation et de la quête de compétitivité, les travaux, fondamentalement riches et robustes au plan technique, aboutirent en novembre 1999 à un projet de loi portant charte des investissements en République du Cameroun avec abrogation des ordonnances portant régime des zones franches et code des investissements ainsi que l’exigence d’un reprofilage en profondeur de la Société Nationale d’Investissement (SNI).

 

Malgré des consultations complémentaires de haut niveau avec les acteurs du secteur privé, de la société civile et du secteur public, ce projet de loi, entrera dans la tourmente des intérêts privés d’une bonne partie des fonctionnaires corrompus et naturellement incompétents, en coalition avec les fonctionnaires du FMI et de la Banque Mondiale tout aussi corrompus et non qualifiés, pour empêcher l’adoption, la promulgation et l’application de ce projet. Les services du Premier ministre iront même jusqu’à proposer en juin 2000 un contre-projet dénommé «Projet de loi portant loi-cadre relative à la promotion des investissements ». Le «Projet de partenariat public/privé pour  la croissance et la réduction de la pauvreté » de la Banque Mondiale dont l’accord de crédit de 20,9 millions de dollars US a été signé en juin 2000 (en cours d’exécution actuellement) aura été un obstacle rude au projet de loi consacrant la renaissance de la politique industrielle. Le Comité d’Etudes et de Prospectives Industrielles qui a été créé par décret présidentiel en décembre 1999 et logé au sein du ministère du développement industriel et commercial restera lettre morte. Malgré l’activisme de ce réseau de criminalité économique, les efforts de certains technocrates et hauts fonctionnaires qui ont gardé tant soit peu la tête froide, et la pression des leaders du secteur privé, la loi portant charte des investissements sera adopté et promulguée le 19 avril 2002. Plus d’un an et huit mois après sa promulgation, malgré le délai de deux ans prévu pour son application, les choses n’ont pas bougé. Le discours présidentiel du 31 décembre 2003 renouvelle officiellement la portée de l’application de la charte. L’idée de renaissance de la politique industrielle au Cameroun se confond avec la naissance et la vie de la charte des investissements depuis plus de quatre ans (depuis septembre 1999 notamment).

 

Ainsi, depuis plusieurs années, les entreprises industrielles en particulier, n’ont pas de réponse à leurs préoccupations d’investissement. Le ministère des finances et du budget ainsi que celui des affaires économiques, de la programmation et de l’aménagement du territoire se confinent malheureusement à leurs « cadrages macroéconomiques magico-dogmatiques» avec le FMI et la Banque Mondiale et excluent toute réflexion autonome. Les préoccupations d’incitation des investissements industriels sont exclues d’avance. Il nous semble utile de recommander au Gouvernement que le programme économique de l’exercice 2004 soit ajusté au mieux pour intégrer les orientations présidentielles en matière de politique industrielle. L’année 2004 devrait être une année d’inflexion technique et de changement d’attitude des deux ministères, le programme avec le FMI venant à échéance le 20 décembre prochain, c’est l’année 2005 qui devra être l’exercice d’une véritable impulsion industrielle. Les actions de démonstration, d’anticipation et de préparation doivent commencée dès cette année 2004.     

 

2 - Précisions sur les concepts : industrie et politique industrielle  

 

L’industrie et la compétitivité d’un pays. L’industrie est l’ensemble des activités qui permettent de transformer les résultats de la science en biens et services dont a besoin la société. L’industrie doit être capable d’absorber continuellement les connaissances produites (science, technique, technologie) et de satisfaire une demande de plus en plus exigeante en produits et services élaborés. La définition de l’économiste Clark (1960) qui segmente le système productif en secteurs primaire, secondaire et tertiaire est devenu caduque depuis plusieurs années pour cerner les dynamiques industrielles. L’industrie moderne couvre un champ prépondérant de l’activité économique. L’évocation de quelques domaines industriels suffit pour s’en convaincre. L’industrie manufacturière, l’industrie de l’information et de la communication, l’industrie touristique, l’industrie culturelle, l’industrie de la construction, l’industrie de l’énergie, l’industrie des postes, l’agro-industrie, etc. La compétitivité d’un pays étant définie à l’heure actuelle comme sa capacité à améliorer durablement le niveau de vie de ses citoyens et à leur offrir un niveau élevé d’emplois et de cohésion sociale, l’industrie en constitue la clé de voûte et le principal levier sur lequel les pouvoirs publics doivent actionner de manière intelligente et offensive. Il n’y a donc pas de compétitivité possible dans quelque pays que se soit sans un développement industriel conséquent.            

 

La place centrale de la politique industrielle dans les politiques publiques. L’action de l’Etat en faveur de la compétitivité industrielle conditionne la compétitivité globale de chaque nation. La politique industrielle est l’ensemble des actions formulées et mises en œuvre en faveur du développement de l’industrie prise dans son acception moderne. En économie de marché, contrairement aux prescriptions des « Talibans (extrémistes fondamentalistes) de l’ultra-libéralisme » que sont le FMI et la Banque Mondiale, la théorie standard légitime la nécessité des politiques industrielles pour pallier les quatre types de défaillances des marchés (market failures) des produits et services industriels que sont : les asymétries d’informations (information imparfaite) et ses conséquences, les marchés incomplets, la présence des externalités et l’existence des économies d’échelles. En plus de la théorie standard, les théories économiques développées pendant les années 90 ont renouvelé et renforcé la légitimité des politiques industrielles par cinq pistes techniques majeures : (i) la théorie évolutionniste des trajectoires technologiques et systèmes nationaux d’innovation, (ii) la théorie des incitations en matière de coopération pour le développement des investissements, (iii) la théorie de la politique commerciale stratégique, (iv) la théorie de la nouvelle géographie économique et (v) la théorie des sous-systèmes productifs ou des grappes industrielles (clusters). Le modèle d’intervention de l’Etat dans sa stratégie industrielle suppose la détermination d’une articulation optimale de la politique industrielle avec les autres politiques publiques (macro-économiques et structurelles). Le modèle de politique industrielle du Cameroun qui transparaît à travers la charte des investissements tire parti au mieux, des enseignements théoriques les plus élaborés et des meilleures pratiques des pays industriels et émergents. La politique industrielle est souvent la résultante du « triangle de compétitivité » qui est formé par : la politique technologique et de l’innovation, la politique commerciale (échanges extérieurs) et la politique de la concurrence. Le modèle de politique industrielle du Cameroun est alors résumé par la combinaison des facteurs de la matrice ci-après :            

 

Etat régulateur

Etat développeur

a) - Intervention par la législation et la réglementation

a) - Accommodation de la politique macroéconomique et subordination de l’ensemble des politiques structurelles à l’impératif industriel du pays

b) - Intervention par les politiques horizontales ou d’environnement des affaires

b) - Intervention par les politiques sectorielles spécifiques

 

3 - Instrument privilégié de la politique industrielle du Cameroun : la charte des investissements

 

En s’appuyant sur les déterminants du modèle de politique industrielle couplant l’Etat régulateur et l’Etat développeur, l’ingénierie économique et juridique mise en œuvre a permis de faire le design de la charte des investissements comme un instrument privilégié d’encrage opérationnel de la nouvelle politique industrielle du Cameroun. La charte des investissements consacre l’option pour une économie de marché dans laquelle l’Etat (régulateur et développeur) s’appuie sur l’initiative privée (rôle du secteur privé) à l’aide des incitations à l’investissement en particulier industriel pour bâtir sa trajectoire technologique et son système national d’innovation dans le but d’accélérer le progrès économique et social du pays, tout en tenant compte du rôle de la société civile. Au regard de cette option consensuelle de base, la gouvernance des institutions opérationnelles de la politique industrielle est conditionnée par le respect d’un principe  de coopération paritaire et tripartite : secteur privé, secteur public et société civile.

 

Le design de la charte des investissements comme instrument privilégié de la nouvelle politique industrielle s’articule au tour de cinq points interdépendants qui forment un système institutionnel, organisationnel et instrumental flexible, adaptable et dynamique : (i) les principes clés de gestion des marchés de biens et services, du capital et du travail (Etat régulateur) ; (ii) les principes de gestion d’un système robuste d’incitations à l’investissement (couplage Etat développeur /Etat régulateur) ;  (iii) des principes et instruments de promotion opérationnelle de l’initiative privée et de la créativité ; (iv) des principes permettant de transformer progressivement la fiscalité et la douane en des instruments fiables d’incitation tout en permettant à l’Etat de financer son budget ; et (v) des principes d’organisation du système bancaire et financier pour le mettre véritablement au service du développement du système productif national en général. L’Etat développeur implique que le portefeuille des participations publiques dans les sociétés devra évoluer (variation du périmètre du secteur public) prioritairement en fonction de la stratégie industrielle. L’Etat développeur suppose en conséquence une réorganisation radicale de la fonction d’Etat actionnaire suivant une logique d’unicité opératoire et d’une gouvernance d’entreprise fiable et de qualité.       

 

4 - Importance d’un portefeuille cohérent, robuste et diversifié de projets de redéploiement

      industriel du Cameroun

 

Au plan pratique, l’Etat régulateur et développeur s’exprime notamment à travers une politique robuste et agressive d’incitations à l’investissement industriel en cherchant à mobiliser au mieux (théorie économique des incitations à la coopération) l’initiative privée ou les investisseurs et entrepreneurs nationaux et internationaux. Dans le cadre d’une stratégie industrielle sérieuse, l’un des outils prioritaires d’incitation est l’élaboration, le développement et la mise à jour continue d’un portefeuille de projets industriels réalisables à court, moyen et long terme, visant en particulier la valorisation de la trajectoire technologique et du système national d’innovation. Un portefeuille d’une centaine de projets industriels nous semble crédible. C’est un outil de promotion offensive des investissements. Dans la dynamique de renaissance de la politique industrielle au Cameroun, notamment depuis septembre 1999, l’on a pu observer que plusieurs projets industriels sont restés contrariés, réprimés et bloqués, qu’ils soient promus par les entreprises nationales et étrangères que par certaines administrations de l’Etat. Nous nous sommes intéressés à jeter un regard uniquement sur quelques projets d’impulsion de la nouvelle politique industrielle tels que mentionnés par le Président de la République dans son message du 31 décembre 2003 au regard de quelques analyses qui en ont été faites.

 

En dehors des projets du Chantier Naval à Limbé et de la reconversion de la filière banane plantain qui n’ont pas fait l’objet d’analyse, quatre projets ont fait l’objet de critiques qui nous semblent sans portée opérationnelle, peut crédibles au plan technique et indiquent une méconnaissance du design fondamental qui sous-tend la renaissance de la politique industrielle telle que spécifiée plus haut : (i) la restructuration de la Cameroon Pulp an Paper Company (CPPC SA), ex-Cellucam ; (ii) l’extension d’ALUCAM ; (iii) la réorganisation de la filière coton-textile (SODECOTON et CICAM) ; (iv) le redéploiement de la SONARA. Tous ces projets sont adossés sur l’hypothèse crédible de la valorisation des sites industriels existants c’est-à-dire l’approfondissement de la trajectoire technologique du Cameroun et de son système d’innovation. Les sites industriels constituent généralement une accumulation de compétence et d’investissement en capital financier, physique, humain, social et culturel  de plusieurs années, et qui doivent être valorisés pour attirer des nouveaux investissements. Ce sont les exigences concurrentielles et de compétitivité industrielle qui doivent primer avec une orientation stratégique vers les marchés mondiaux au lieu de se confiner au tout petit marché local.

 

(i) La restructuration de la Cameroon Pulp an Paper Company (CPPC SA). Evidemment il ne s’agit pas de la restructuration de la Cellucam comme indiqué dans le discours. La Cellucam était morte en 1986 et depuis lors était devenue la SA Cellucam en Liquidation. Les co-liquidateurs n’ont jamais bouclé le dossier à ce jour ! C’est la CPPC SA contrôlée par LAFIMAR Holding (groupe indonésien domicilié au Luxembourg) avec une participation de REETONE (domiciliée à Londres, repreneur de certains actifs de l’ex-Cellucam pour réhabiliter les sites industriels) qui est la remplaçante de la Cellucam depuis 1991. REETONE a été dissoute en 1993. Après la crise asiatique (1997 – 1998), CRAFTON Ltd avait pris contrôle de la CPPC SA en rachetant les droits de LAFIMAR Holding. Depuis 2002, CRAFTON envisage de mobiliser un pool d’investisseurs internationaux au tour de la Pan African Pulp and Paper Company Ltd domiciliée aux Pays-Bas pour la restructuration de la CPPC SA. Le projet prévoit des investissements de 388 milliards de FCFA en quatre ans et la création de 2 300 emplois directs. Dans cette perspective, l’Etat doit précisément valoriser au mieux ses actifs et ses sites industriels dans le but de compenser à long terme les coûts assez lourds de ses échecs et erreurs passés. 

 

(ii)  L’extension d’ALUCAM. Alucam aujourd’hui filiale de AlcanPechiney fait partie de la trajectoire technologique du Cameroun depuis 1955, renforcée plus tard par Socatral et Alubassa. C’est cette unité industrielle qui était le motif économique de construction de la première centrale hydroélectrique d’Edéa mise en service en 1947. Alucam a une capacité de production de 85 000 tonnes d’aluminium. Très éloignée du seuil international de viabilité financière d’une usine d’électrolyse qui est de 250 000 tonnes. En cohérence avec la valorisation de notre trajectoire technologique, les projets de développement du complexe hydroélectrique Lom Pangar/Nachtigal (220 MW) et d’extension d’Alucam à 220 000 tonnes à l’horizon 2010 sont justifiés mais insuffisants. Pour positionner réellement le Cameroun dans l’industrie de l’aluminium et sa transformation, il est particulièrement stratégique pour le Gouvernement de faire une offre robuste d’incitations à AlcanPechiney dans le cadre du projet Bauxite-Alumine-Aluminium (décret présidentiel n° 92/2000 du 25 septembre 1992) avec horizon 2015-2020 visant en particulier la production de 1 500 000 tonnes d’alumine par an (exploitation de la bauxite dans l’Adamaoua, 5 000 000 t/an), la construction d’une deuxième usine d’électrolyse à Kribi de 250 000 tonnes d’aluminium avec en appui deux centrales hydroélectriques : Memve’ele (200 MW) et Kikot (630 MW). Ces deux projets industriels sont naturellement accompagnés d’infrastructures ferroviaires adéquates et d’autres unités de transformation (extension de Socatral de 30 000 à 70 000 t ; nouvelle usine Socatral 2 de 100 000 tonnes). Avec la montée en puissance de la Chine, la demande mondiale d’aluminium devrait être solide à moyen et long terme. C’est le coût de l’électricité qui est le déterminant majeur. L’exploitation du potentiel hydroélectrique du Cameroun (294 TWh avec seulement 0,9% mis en valeur) joue en sa faveur. La clé est la qualité de la stratégie industrielle à moyen et long terme du pays à travers son offre d’incitations et ses efforts propres d’investissement.

 

(iii) La réorganisation de la filière coton-textile (SODECOTON et CICAM). Le standard majeur qui prévaut au niveau mondial dans cette filière  est que, chaque pays producteur de coton est également principal consommateur de sa production, si non il vaut mieux être importateur de coton fibre que producteur. Ainsi, les principaux producteurs (72% de la production) qui subventionnent aussi leur production (73% en 2001/02) sont également principaux consommateurs (65% de la consommation), à l’exception notable de l’Ouzbékistan qui venait de s’en rendre compte en prenant en conséquence la décision de transformer 30% de sa production à l’horizon 2005. Le Cameroun et les autres pays de la « zone franc » ignorent cette exigence normative de viabilité économique de la filière coton-textile-habillement au profit de la France qui assure son approvisionnement en contrôlant les 95% des 800 000 tonnes de leur production de coton fibre à travers DAGRIS (ex-CFDT). La SODECOTON (9 usines d’égrainage de coton et 2 huileries industrielles) produit plus de 90 000 tonnes de coton fibre et en exporte 96%. En 2001, environ 1 805 000 personnes (47% de la population) dépendent du coton dans la partie septentrionale du Cameroun (Nord et Extrême-Nord) avec 358 000 planteurs et 3 443 employés. Les orientations tant de la Banque Mondiale et du FMI que de l’AFD (coopération française) relatives à la privatisation de la Sodecoton  sont par nature non pertinentes parce que dénuées de toute stratégie industrielle nationale. La viabilité à moyen et long terme de notre secteur cotonnier dépend d’une restructuration fondamentale de notre industrie textile-habillement. Le gouvernement doit appliquer la norme de viabilité et de développement de la filière coton-textile-habillement. La CICAM (1 usine de filature, 2 usines de tissage et 1 usine d’ennoblissement), créée en 1965, ne transforme actuellement que 4 000 tonnes de coton soit 4% de la production de la Sodecoton. L’entreprise est au bord du gouffre : la fraude et la contre-bande occupent plus de 80% du marché et l’importation des produits textile-habillement représentait 26 649 tonnes en 99/00 avec 20 189 tonnes de friperie !  L’objectif de politique industrielle devrait être de transformer 40 à 50 % de la production du coton à l’horizon 2015-2020. La première étape est la restructuration urgente de la CICAM avec en l’occurrence une priorité sur le démantèlement du réseau criminel de la fraude et de la contre-bande par une politique active et effective de restauration de la concurrence et la maîtrise des flux de friperie.       

 

(iv) Le redéploiement de la SONARA. La SONARA avait été créée en 1973 et mise en service en 1981. L’entreprise est contrôlée à 66% par l’Etat. Elle participe suivant le souci de l’Etat à assurer une mission de service d’intérêt économique général de sécurisation d’approvisionnement en énergie (carburants et combustibles). La raffinerie avait été conçue pour un marché fermé et protégé avec une capacité initiale maximale de raffinage de pétrole de 2 millions de tonnes par an. Les prix parité-import des produits raffinés restent inférieurs aux prix sortie-usine de la Sonara. Malgré le projet d’investissement de 35 milliards de FCFA qui permettrait de réajuster la capacité de production à 2 167 000 tonnes par an (qui reste bloquer depuis 2002 par les partisans des cadrages magico-réligieux du FMI/Banque Mondiale), l’entreprise a besoin d’un véritable redéploiement technologique pour sa mise à niveau dans un contexte concurrentiel  et de compétitivité. Le seuil industriel requis actuellement pour une unité de raffinage est d’une capacité de 5 millions de tonnes. Un projet de redéploiement de ce type nécessiterait un investissement de l’ordre de 350 milliards de FCFA. Dans l’optique d’une stratégie industrielle de valorisation de la trajectoire technologique et du système d’innovation du Cameroun pour les prochaines années, le Gouvernement devrait, sur la base d’une reconfiguration institutionnelle de la SONARA, mobiliser des investisseurs à travers une offre conséquente d’incitations en vue du redéploiement industriel de l’entreprise. Les missions de service public de sécurisation de l’approvisionnement en carburants et combustibles devraient faire l’objet de contrats de service public avec tous les intervenants de la filière aval des hydrocarbures.

 

Au regard de la revue de ces quatre projets, leur listage à titre d’exemples par le Président de la République nous semble stratégiquement crédible au plan de la relance industrielle. Le listage de projets industriels est une étape, mais ce sont les actes concrets qui nous intéressent plus sur le terrain économique. Le Cameroun a hautement besoin d’une politique industrielle forte, jouant le rôle de maillon central de l’ensemble des politiques structurelles et constituant une préoccupation prioritaire des politiques macroéconomiques. La volonté politique doit être très ferme et audacieuse pour accélérer l’industrialisation. Si le Cameroun continue à obéir religieusement au « intégristes de l’ultra-libéralisme », il n’y aura point d’industrialisation du pays. L’exécutif camerounais devrait dès maintenant prendre l’option d’éjecter le FMI du montage financier du budget de l’Etat à partir de l’exercice 2005 (fin du programme en cours 20 décembre 2004). Si la Banque Mondiale ne veut pas s’accommoder des choix industriels du Cameroun, il faudrait la botter en touche. La réforme des accords monétaires avec la France dans le cadre de la BEAC nous semble indispensable pour la réorganisation d’un système financier au service du développement économique et industriel du pays. 

 

Babissakana

Ingénieur Financier

Chairman & CEO

Prescriptor

 


Copyright © Babissakana & Icicemac, Yaoundé - Cameroun  |  31-10-2012
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