Me Nouga : «Epervier» : une opération politique dénuée de crédibilité

Portrait de Icicemac
Evariste Menounga
Yaoundé

Le conseil de Polycarpe Abah Abah déplore, par ailleurs, le petit trot de la justice dans le jugement de son client et soutient que les prisons camerounaises regorgent de détenus préventifs. 

 

Où en est-on, aujourd'hui, dans la procédure de l'affaire Abah Abah, et qu'est-ce qui coince ?
Nous avons relevé appel contre une décision du juge qui réglait une exception. Et, conformément à la loi, la cour d'appel doit statuer sur les mérites de notre appel avant que le juge de fond ne poursuive son jugement. Mais la loi indique également qu'il faut reproduire le dossier et les frais de reproduction du dossier sont à la charge du client. Mais, depuis que nous avons relevé appel il y a bientôt 10 mois, on ne nous a pas encore notifié les frais de reproduction du dossier. Ce qui nous avait été proposé était extrêmement cher, et nous avons saisi le juge d'appel pour qu'il nous dise combien on doit payer pour reproduire une cinquantaine de pages. Et nous attendons toujours la notification de cette décision.

De quelle marge de manœuvre disposent les avocats pour essayer de forcer la main à la cour d'appel, histoire d'accélérer la procédure ?
Nous autres, avocats, sommes là pour amener les juges à appliquer la loi au mieux des intérêts de nos clients. Nous ne sommes pas là pour leur forcer la main, les obliger. A l'heure actuelle, nous venons d'engager des procédures qui conviennent et sont prévues par la loi. Il appartient, aussi, aux responsables administratifs des juridictions de faire leur travail conformément à la loi.
La loi a prévu 10 jours pour que notre appel soit réglé. Mais nous sommes étonnés que nous allions jusqu'à des dizaines de mois alors qu'on attendait une solution dans les délais prévus. Nous n'allons pas créer une nouvelle loi, nous ne voulons pas mettre les magistrats sous pression ; ce n'est pas notre rôle. Notre rôle est d'interpeller les responsables en charge de l'application des lois pour qu'ils en appliquent l'esprit et la lettre. Je suis dans le regret de constater que ce n'est pas ce qui se passe, et j'ose espérer qu'avec votre interview et votre implication, peut-être reprendront-ils conscience pour relancer la procédure.

N'existe-t-il pas des voies de recours sur le plan international, de nature à faire pression sur la justice camerounaise pour sortir de l'enlisement ?
Les choses vont avancer. Même si elles avancent au petit trot, elles finiront par avancer. Je ne voudrais pas, ici, vous révéler les stratégies de la défense. Mais votre question doit nous rappeler l'intervention, il y a quelques mois, de la Commission africaine des droits de l'homme qui a stigmatisé le fait que les prisons camerounaises hébergent trop de détenus préventifs. Donc, il y a pas mal de choses à faire. Je ne dis pas que nous en sommes là, mais nous continuons à faire confiance à la bonne conscience de notre justice et vous savez bien que la société internationale, telle qu'elle fonctionne aujourd'hui, est caution à beaucoup de questionnements. Nous attendons que les juges et les responsables de la gestion de nos tribunaux travaillent comme il est prévu par la loi.

N'envisagez-vous pas les choses dans le sens d'une libération de votre client, synonyme de l'infirmation du jugement Add ?
Bien sûr que notre client doit être libéré ! D'ailleurs, j'ai toujours pensé que l'arrestation de notre client, ainsi qu'un certain nombre de membres du gouvernement, a procédé d'un calcul politique qui n'avait rien de judiciaire. Il faut que les responsables politiques tirent les conséquences de cette situation et qu'ils libèrent les personnes qui sont injustement détenues parce que, en réalité, cela ne sert pas le gouvernement actuel et ne sert pas notre pays. Nous envisageons que la justice retrouve toute sa sérénité et agisse. Mais cela ne nous empêche pas d'en appeler à ceux qui politisent des faits qui sont tout à fait inexistants et qui créent des situations politiques, pour détenir des hautes personnalités. Nous interpellons les plus hauts responsables pour qu'ils libèrent notre client parce que, en réalité, les blocages actuels révèlent l'incapacité de juger un innocent.

Quel est le regard de l'avocat sur le déploiement de l'«Opération épervier», en général ?
Nous avons toujours dit qu'il faut d'abord assainir les moeurs publiques. Nous le pensons, nous le croyons et sommes disposés à œuvrer pour. Mais, pour ce faire, cela ne peut pas passer par l'arrestation de membres du gouvernement dans l'environnement que nous connaissons, c'est-à-dire qu'on annonce de fausses informations de détournements dans tous les médias, le déclenchement prochain d'arrestations sans dire qu'est-ce qui constitue le problème.
Je prend l'exemple du ministre Abah Abah : voilà un monsieur qui travaille brillamment au service des impôts, donne des résultats reconnus même par ses pires ennemis, qui est promu et on veut aujourd'hui faire croire que, pendant qu'il donnait de tels résultats, il détournait de l'argent. Vous savez bien que les voleurs ne sont pas des travailleurs qui donnent des résultats. Nous pensons que l'«Opération épervier», telle qu'elle est menée, est mal menée. Elle n'est qu'un prétexte à toutes sortes d'accusations et contre les membres du gouvernement et contre le gouvernement lui-même, et qui pourrait laisser croire qu'ils utilisent cette opération pour soutenir la candidature du président de la République dont les résultats sociaux sont manifestement contestables. Ça peut également être une partie de l'entourage du président de la République qui, voyant des gens brillants émerger et ayant peur d'avoir à discuter éventuellement la succession avec eux, cet entourage se met à les attaquer pour qu'ils soient mis hors de course. C'est pour ça que je ne suis pas le seul à le dire : on considère cette opération comme une opération politique.
Il y a beaucoup de hauts responsables sur lesquels pèsent d'importantes accusations et qui ne font l'objet d'aucune poursuite, y compris dans les dossiers qui sont pendants à l'heure actuelle. Tout cela laisse croire que l'«Opération épervier» n'est pas crédible. Et c'est pour cela que nous nous permettons de dire qu'il faut que le chef de l'Etat prenne les choses en mains et fasse libérer ses anciens collaborateurs, qui ont affirmé de grandes capacités managériales dans l'exercice de leurs fonctions gouvernementales. C'est pour ça que nous demandons la libération de Abah Abah, qui ne peut pas continuer à rester en prison plus de 3 ans après son arrestation, sans jugement.

La justice a-t-elle les mains libres, dans le cadre de cette opération ?
A l'heure actuelle, que ce soit dans le cadre de l'«Opération épervier» ou dans d'autres, la justice est rendue comme elle devrait l'être. Maintenant, vous ne pouvez pas m'empêcher de dire qu'en raison de toutes les sorties de hautes personnalités de l'Etat pour annoncer des arrestations, les magistrats peuvent être psychologiquement influencés et qu'ils peuvent, dans ce contexte, ne plus dire le droit avec toute la sérénité nécessaire. Et c'est peut-être là où se pose le problème, où la frilosité des magistrats peut être justifiée par le fait que de plus hauts responsables de l'Etat ont annoncé des arrestations et des détournements, et qu'il ne faudrait absolument pas, maintenant, contrarier ces hauts responsables et autres hautes autorités de l'Etat.

Propos recueillis par Evariste Menounga  

 

Source: Mutations

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BIYA VA DEGAGER

Biya ne contrôle plus rien dans ce pays qui est livré à une bande de gangsters qui eux-mêmes convoitent sa place. A leur tête un analphabète nommé Amadou Ali, jaloux des compétences prouvées et des ambitions de certains hauts responsables, a entrepris de les jeter en prison en montant de faux dossiers de détournements de fonds par ses magistrats qui lui sont soumis. C'est lui qui choisit les victimes parmi ses ennemis qu'il présente à Biya et dicte les peines à leur infliger. C'est la guerre de succession qui a commencé avec l'Epervier. Elle oppose les réformateurs aux partisans de l'immobilisme; elle oppose le Nord au Sud du Cameroun; elle oppose le musulman Amadou Ali aux chrétiens du sud qu'il jette en prison en épargnant les siens. Le scénario à l'ivoirienne de l'après Biya est déjà implanté. Prions pour notre pays.

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