Et s’il se passait des choses au Cameroun…

“Il n’y a pas de passion plus grande que celle de servir son pays, de contribuer à l’édification de l’Etat, de la nation et du développement. L’enseignement que j’ai tiré des hommes n’est pas révolutionnaire. Ils sont capables du meilleur comme du pire. La responsabilité des dirigeants, à quelque niveau que ce soit dans l’appareil de l’Etat, c’est de faire en sorte que le pire n’advienne pas ».
Ainsi s’exprimait le Président de la république, Paul Biya, cité par François MATTEI dans son ouvrage le Code Biya (p.118). Comme pour dire que chaque année qui passe laisse des traces et chaque jour qui point à l’horizon apporte ses sens.
Les années et les jours qui se succèdent au Cameroun, depuis un certain temps laissent quelque peu perplexe sur le sens des événements qu’ils drainent. Il faut savoir lire les signes des temps. Nul ne pourrait prétendre à un quelconque monopole de la science de décryptage du futur au fondement du présent.
Il ne s’agirait donc, ni plus ni moins, que de simples supputations, des pistes de réflexion dont pourrait s’approprier chacun et Chacun pour comprendre, s’aviser et se raviser. Pour qui pense comme certains, l’avenir du Cameroun intrigue. Tant les indices identifiés seraient augurateurs de beaucoup de choses et inspireraient quelques efforts de compréhension des signes que le présent nous indique sur notre avenir.
I – Les indices augurateurs A – Les débats à l’Assemblée nationale : au nom de la SODECOTON, et du coton et…
Difficilement de mémoire de député ou de participant aux débats à l’hémicycle en général, et sur le budget en particulier, des propos et attitudes aussi osés n’ont été tenus. L’on se souvient que lorsqu’il a fallu que l’honorable Adama MODI y défraie la chronique en 2007, il a quand même gardé des égards de politesse et des soins de langage. Dans la nuit du 29 au 30 novembre, que n’a – t-on pas entendu ? Beaucoup d’invectives dans tous les cas comme : « les choses ont changé(…), on est plus comme avant ».
On pouvait même encore entendre : « Monsieur le Vice Premier Ministre, un peu de sérieux (…), vous pensez que ce n’est qu’à l’Ouest qu’on fait l’agriculture ? ». Ou, pire encore : « Non, ce n’est pas bien, ce n’est pas bien (…), arrêtez ça –(…), ce temps est fini, ce temps est passé ». On pourrait aisément le comprendre. Un Vice Premier Ministre est passé en semonce et buanderie devant les honorables députés sur une faute à laquelle tous les camerounais semblent se résigner : le tribalisme. Inutile d’évoquer le traitement administré, à quelques exceptions près, aux autres simples membres du gouvernement ou ministres d’alors. Ce cas restant à notre perception le plus édifiant.
Inutile de faire l’autruche
L’on pourrait bien faire l’autruche en arguant que c’est bien là le rôle de l’Assemblée Nationale et dire aussi que c’est le climat habituel des questions aux ministres dans le cadre du contrôle a priori de l’action publique, conformément à l’article 35 de la loi constitutionnelle. C’est possible. Mais la force du ton et des mots, le poids du langage et des insinuations ne peuvent laisser indifférent. Et si ce peu ne suffit pas, quid du reste ?
Et peut-être qu’il pourrait n’en rien être. Puisque l’ancien Vice Premier Ministre, Ministre de l’agriculture et du développement rural, désormais Secrétaire général du Comité Central du RDPC, s’est entretenu pendant 30 minutes chronométrés avec le PAN à l’hémicycle de Ngoa-ekelle ce mercredi 1er février 2012. Pour quoi faire ? Pour fumer le calumet de la paix ? Ou alors pour l’endormir et ensuite l’embrasser pour mieux l’étouffer ? Tout est parti de la Sodecoton et du coton
Dans tous les cas passer de Vice Premier Ministre, Ministre de l’agriculture et du développement rural à Secrétaire général du Comité Central du RDPC est pour certain, une entrée au garage. Pas de budget voté et connu, à croquer en permanence. Rien que les avantages de l’article 02, puisqu’on a rang de ministre, rien que la proximité politique omnipotente au Chef, rien que des trafiques d’influence à exercer, des ordres à donner aux membres et aspirants aux avantages du parti, des stratégies à penser et des positionnements à opérer.
Restons sur ce point de vue.
Dès lors donc que le Président de la République a cédé sur un plateau d’argent au PAN, la tête de Jean NKUETE à la suite de leurs passes d’armes sur l’affaire SODECOTON, n’aurait-on pas légitimement la faiblesse de penser qu’il a donné à ce dernier par sa nomination comme Secrétaire général du Comité Central du RDPC, un moyen de se venger à son tour ?
Sur ce point, le Président de la République sait très bien s’y prendre : opposer ou confronter deux « frères » ou deux(2) « ennemis ». On l’a vu entre J.M ATANGANA MEBARA et Laurent ESSO par interversion, ou même encore entre Jean Marie ABOGO NKONO et ANNONG ADIBIME et entre AMAMA et ZE NGUELE par substitution. Des exemples abondent.
Il sait le faire. Peut-être et certainement même que ces deux qui nous intéressent, le PAN et le Secrétaire général du Comité Central du RDPC ne sont ni ennemis, ni frères, peut être l’un ou l’autre ou même alors les deux à la fois. Eux seuls en ont le fin mot. Qu’à cela ne tienne, en politique, tous les coups trouvent toujours du répondant. Le Secrétaire général du Comité Central du RDPC l’a –t- il ainsi compris au point d’aller endormir sa possible et probable prochaine victime ?
Et au finish ?
La stratégie serait d’ailleurs simple dans l’avenir. Embrouiller les investitures à Tokombéré, quitte même à faire basculer cette circonscription à l’UNDP et/ou arguer auprès du Président du parti de ce que 20 ans comme PAN est certes un record respectable de maturation, mais à tout le moins excessif. Si « ça » passe, chacun pourrait deviner la suite.
En tout cas, ce « crime » ne profiterait qu’à une seule personne : le Président de la République. Il pourrait alors désormais, sans remords d’avoir désavoué son vieil ami de toujours, intervertir les rôles et mieux relancer les pronostiques de réfaction d’équilibres des pouvoirs institutionnels. Un PAN au Nord-Ouest ou au Sudouest et un Premier Ministre peut-être au Nord… ou alors …
Source: La Cité N° 107 Février 2012
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