Insécurité: Les mauvaises réponses de la police camerounaise

Portrait de Icicemac
Mouvement Nkul Beti
Yaoundé

 

II apparait de toute évidence que les stratégies de lutte sont en inadéquation avec les méthodes parfois assez sophistiquées (l'électronique) qu'utilisent les malfrats. Sur un autre plan, lorsque nous faisons des descentes de terrain pour des missions spécifiques, on nous défend de tirer. Hors en face, les bandits n'hésitent pas 
Samedi 02 octobre 2011. II est à peine 20 heures, lorsque Omar Lemandé est surpris par on groupe de bandits, au lieu dit «chapelle Essos». En quelques minutes, il est délesté de trois téléphones portables et d'une importante somme d'argent. Dans la foulée, il a reconnu les traces d'une personne qu'il connait bien, laquelle serait l'auteur du guet-apens. II décide de saisir par une plainte, le commissariat de police le plus proche. L'un des hauts gradés de la police qu'il approche lui fait savoir qu'il faut des moyens pour se déplacer en vue de faire quelques repérages sur les lieux du forfait. La victime qui n'a plus d'argent donne au policier un bon de carburant d'une valeur de dix mille FCFA. Trois jours après, lorsqu'il vient aux nouvelles, rien n'a bougé. La victime organise à ses frais (transport, nutrition et crédit de téléphone), la descente auprès des sociétés de téléphonie mobile où sont déposées des réquisitions aux fins d'avoir des traces sur les appels entrants et sortants à partir de ses numéros de téléphone, Ce qui sera fait. Sont mis à la disposition de la police, tous les numéros d'appel, y compris celui du principal suspect. «Nous passons des coups de fil au suspect, mais, il nous donne des rendez-vous qu'il n'honore pas. La personne doit flairer quelque chose. Ce qui confirme qu'elle est dans le coup» affirme l'enquêteur. Et puis plus rien.
 
Trois semaines après, il n'y a pas de résultats probants. Alors que l'enquête s'annonce infructueuse, le haut grade de la police, sous la pression de la victime, change d'enquêteur. Un autre inspecteur de police est mis à contribution. Lui non plus ne sera pas tendre et exigera de l'argent pour le carburant et le crédit de téléphone. Malgré les sommes d'argent également versées cet autre policier, l'enquête s'enlise, les malfrats ne sont pas inquiétés et continuent de courir. Déçu et découragé, Omar Lemandé (sans avoir récupère: ni portable, ni argent volé), se résigne et abandonne la chasse aux malfrats. Depuis lors, il a perdu tout espoir de récupérer ses biens volés. Il n'a du reste plus jamais reçu un appel de la police, le situant sur les avancées de l'enquête.
 
II y a un peu plus de deux mois, un journaliste émérite est tombé dans les filets des bandits, qui assiègent son domicile avec des armes. Sa famille et lui sont dépouillés d'une dizaine de portables et d'une somme d'argent. Différentes procédures sont déclenchées simultanément à la gendarmerie et dans plusieurs commissariats de police. Les résultats restent attendus. L'évocation de ces deux cas (il y en a des milliers), illustre, sans être exhaustif, le sort de la plupart des cas portes à l’attention de la police par les victimes d'actes d'insécurité, d'agression, de vol et de grand banditisme. Les commissariats seraient-ils devenus des cimetières de l'injustice et/ou de l’enlisement des procédures?
 
II apparait de toute évidence que les stratégies de lutte sont en inadéquation avec les méthodes parfois assez sophistiquées (l'électronique) qu'utilisent les malfrats. II est de l'insécurité, du grand banditisme, comme la délinquance. L'évolution épouse à la fois le temps et les moyens modernes de l'instant. Comment comprendre qu'en faisant le tour des commissariats, très peu sont dotés d'un parc informatique? Que dire d'une connexion à l'Internet. «Le zèle et la dose d’impertinence avec lesquelles agissent les malfrats, laissent croire que le Dgsn, se bat contre les moulins à vents. Les méthodes utilisées par la police ne sont ni offensives, encore moins efficaces. On sait que les portables sont écoulés sur le marche camerounais. On sait que ces portables portent chacun un n° de Série. A l'aide d'une réquisition dans les différents services de téléphonie mobile, on peut facilement mettre la main sur les voleurs, ou sur les receleurs explique un spécialiste de la police scientifique.
 
Selon lui; il y a longtemps qu'on aurait découragé et mis fin au vol de téléphone portable. «Une enquête sur des téléphones portables est bien facile lorsque collaborent les entreprises de téléphonie mobile. Le processus d'identification des abonnés étant bien huilé, on peut suivie les traces et rattraper le voleur; soit à travers les différents appels qu'il émet avec un téléphone volé; ou de par l'exploitation du n° de série. II suffit pour la société de téléphonie mobile de bloquer la puce du suspect, celui-ci se rendra pour en savoir davantage et sera appréhendé par la police» affirme un commissaire de police à la retraite.
 
Faire participer les communes à la lutte
 
Les équipements des commissariats et policiers en matériels roulants, en uniformes neufs, casques et matraques comme l'a fait récemment Martin Mbarga Nguele, est un début de solution pour armer les flics, «La police a l’âme en peine et ce n'est pas de notre faute. Des fois nous avons des armes, mais pour faire diversion, car il n'y a pas de munitions, ni de cartouches. Sur un autre plan, lorsque nous faisons des descentes de terrain pour des missions spécifiques, on nous défend de tirer. Hors en face, les bandits n'hésitent pas», confie un inspecteur de police sous anonymat. En plus des nécessaires équipements, il faut ratisser large. Par exemple faire participer les communes d'arrondissement à la lutte... Améliorer la voirie urbaine, démocratiser l’éclairage public. «Du fait de la topographie insaisissable des quartiers, de l'absence des routes et de l'éclairage public, tout déploiement de quelque dispositif policier est difficile» explique un policier. Aux grands maux...
 
 
© Mouvement Nkul Beti 2012 

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