Affaire du bébé de vanessa, le gouvernement dans un Tsunami médiatique

Depuis Aout 2010 que le bébé de Vanessa a disparu, de nombreuses voix se sont élévées pour demander au gouvernement d’intervenir, de rassurer la population sur son aptitude à la protéger. La conférence de presse donnée par son porte-parole la semaine dernière, loin de rassurer a plutôt confirmé l’incapacité des autorités à comprendre le phénomène communicationnel qui s’est emparée de cette affaire.
Celui-ci, sans être nouveau s’est complexifié avec l’éclosion des technologies de l’information et de la communication avec notamment l’accroissement en importance des médias sociaux.
En fait l’affaire du bébé disparu a pris toutes les proportions de ce que les spécialistes de la communication appellent un « Tsunami médiatique ». Il s’agit des catastrophes médiatiques qui ont un impact devastateurs sur l’image de marque d’une organisation, d’un pays qui et s’inscrivent dans la logique de la surméditisation : c'est-à-dire une couverture immense réservée aux évenements exceptionnels.
Comme dans la réalité du phénomène du Tsunami, celui dit médatique évolue en quatre principales étapes : D’abord un évènement initial déclencheur d’une première vague appelé écho sismique. Dans notre contexte il s’agit de l’enlèvement d’un nouveau-né, prématuré de sur quoi dans un hôpital fait divers certes mais aux potentialités émotionnelles hyperchargées. La famille ainsi éplorée a porté plainte au tribunal d’Ékoudou le 25 Aout.
La deuxième étape d’un tsunami médiatique qui est la manifestation d’une première vague importante de couverture médiatique associée à l’enlèvement du bébé de Vanessa s’est faite quand l’onde de choc s’est ressentie dans quelques médias qui s’en sont émus. Leur couverture cet acte odieux aura permis de ce fait à la connaissance d’un large public à travers les médias, la nouvelle a commencé à se répandre au-delà des cercles restreins de la famille de la victime.
Il s’ensuit une troisième période marquée par une accalmie relative pendant l’intervalle d’octobre-décembre 2011, période pendant laquelle, la nouvelle de cet acte crapuleux éclipsée par l’information politique disparait des unes des journaux et des plateaux des télévisions. En fait durant ce temps, la population prend toute la mesure de l’ampleur du drame que vivent cette jeune fille et sa famille. C’est le moment où les gens se projettent et s’auto représentent eux-mêmes victimes d’une telle iniquité.
On assiste depuis le début de l’année à l’arrivée d’une seconde vague médiatique, plus importante que la première dont la force de Coriolis ne serait rien d’autre que la déclinaison dans la réalité de la désormais fameuse configuration des 5C d’Internet. Ainsi avec l’affaire du bébé de Vanessa le premier C, la communication a exposé sur la toile avec l’exploitation de plusieurs supports du web 2.0.
Cette utilisation exponentielle du net a culminé avec la création du blog «rendons lui son bébé» qui est alimenté quotidiennement par des messages de soutien et des avis divers des internautes à travers le monde. Le second C qui est mis pour la connexion s’est surtout vérifié avec la capacité utilisée par les internautes pour se connecter aux autres et passer l’information le plus rapidement possible. Le troisième C qui illustre la communauté s’est démontré avec la chaîne de solidarité virtuelle qui s’est tissée autour de la jeune fille de 17 ans et de sa famille ce qui prouve aussi l’habilité du 4ème C à savoir la complicité. Internet aura indiscutablement contribué à réduire les distances dans cette affaire. Les réactions sont venues de partout à travers le monde.
Les forces se sont jointes autour de l’objectif d’un retour vivant de l’enfant à sa mère avec une quasi-égale participation sur le territoire nationale qu’au sein de la diaspora camerounaise.
La créativité qui constitue le dernier du model des 5C de cette taxinomie a été expérimentée à travers la construction esthétique de la présence de ce sujet dans les médias sociaux entre le transfert quasi instantané des images des manifestations de soutien et les reportages presqu’en direct de la vie de la jeune fille au jour le jour, les sympathisants de cette cause, ont rivalisé d’adresse pour maintenir allumée la flamme de l’espoir.
Les médias traditionnels qui (il faudrait désormais s’y habituer) ont été à la remorque de la deuxième vague n’ont fait que relayer l’émotion chariée par cette affaire sur la toile. Lorsqu’il se présente face aux médias sans la victime pour parler sur un ton non compassionnel de la mort de ce bébé, le mincom ne sait pas ou ne comprend pas assez qu’il s’adresse à un public chauffé à blanc par plusieurs semaines d’exposition sur internet et dans les autres médias aux divers messages sur cet enlèvement.
Habitué à ne point se préoccuper de la veuve et de l’orphelin, le gouvernement n’a pas compris que la démocratisation des outils de communication avait changé les rapports de force. Face à cette déferlante médiatique, les sempiternelles menaces du gouvernement pour le respect de l’ordre public ou même des accusations de récupération politiques semble désuètes. D’ailleurs dans cette affaire, mêmes ceux qui ont fait de l’instrumentalisation ethnique un fonds de commerce ont échoué à récupérer à utiliser à leur profit ce drame.
Ce dernier aspect est aussi symptomatique d’une autre erreur d’analyse du gouvernement camerounais qui ne comprend pas que la perception d’un préjudice à un individu crée un mecanisme de victimologie qui nourrit la reconnaissance médiatique.
En fait les victimes comme Vanessa ont acquiert un statut médiatique incontournable. Il n’y a qu’à voir pour s’en convaincre le fait que la souffrance humaine occupe la majeure partie du contenu médiatique. Il y a une combinaison de facteurs qui justifie cette déclinaison. En effet, les médias offrent aux victimes un espace d’expression mais aussi de revendication qui fait office de contre poids par rapport à l’injustice vécue.
C’est ce qui explique que les médias se font les chantres de certaines causes lorsqu’ils y perçoivent une apparence d’injustice. Par ailleurs les victimes elles-mêmes dans la quête de la reconnaissance du tort qui leur est fait, font appel aux médias pour leur permettre de verbaliser leurs douleurs, de mettre des mots sur le mal qui les ronge. C’est cette d’extériorisation de sa souffrance qui justifie le nombre d’entrevues accordées aux médias par la mère de Vanessa et ceux qui se sont improvisés ses défenseurs.
Cette approche correspond aussi à une sorte d’appel à témoins. On ne veut pas être seul devant les forces écrasantes du mal. Les associations ou groupes organisés qui soutiennent cette cause sollicitent aussi les médias afin de créer une mobilisation sociale autour de la question. Ce qui semble marcher puisque des manifestations publiques qui ont déjà lieu en Europe et un peu partout ailleurs dans le monde en soutien à celles qui ont cours au Cameroun. Sur le plan symbolique, on entend de plus en plus des appels au boycott des diverses manifestations impliquant la jeunesse et les femmes comme le 11 février et le 08 mars.
Ces deux cérémonies sont d’autant plus importantes que derrière le drame de la petite Vanessa, c’est tous les camerounais qui se projettent et s’identifient. On est porté à se demander que peut faire le gouvernement pour le citoyen lambda s’il est incapable de le proteger dans des moments d’une banalité quotidienne comme donner vie?
Le relais de la peine de cette petite fille et de sa famille par les médias doit sonner comme un rappel à l’ordre pour le gouvernement qui doit comprendre que son objectif est de protéger la vie, la vie de tous les camerounais.
Il s’agit d’un combat où la communication joue un rôle important et malheureusement, l’image d’un nombre disproportionné des policiers venus empêcher une manifestation de solidarité vis-à-vis de Vanessa par rapport au peu ou pas d’efforts consentis jusqu’ici pour retrouver vivant le nourrisson, ne plaide pas en faveur du gouvernement des grandes ambitions qui ne maîtrise pas encore l’économie politique de l’image à l’ère numérique.
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