Haïti et l'indépendance du Tchad

Cette fois nous allons plus au nord, plus précisément au Tchad en Afrique centrale, à la rencontre d'une partie de notre histoire, jamais révélée par les historiens. François Duvalier et François Tombalbaye, un même prénom et deux destins liés. Les deux avaient des bases populaires solides. Duvalier était médecin de campagne et Tombalbaye instituteur de campagne
Le Tchad était gouverné par Gabriel Lisette. Un Guadeloupéen, ce nom évoque un vrai cauchemar pour le peuple Tchadien.
Administrateur colonial français, il a tout fait pour interdire l'accession de ce pays à l'indépendance. Le référendum de 1958 sur la Constitution de la Ve République française donne naissance à la République du Tchad. François Tombalbaye, sous les conseils de Duvalier, profitant d'une mission de Lisette à l'étranger, s'empare du pouvoir en 1959. Il mène le pays à l'indépendance qui est proclamée le 11 août 1960.
Lors de la proclamation de l'indépendance, ils se sont arrangés pour qu'il n'y ait pas d'électricité. Pour l'humilier, le discours de l'indépendance, fut lu dans la nuit à la lueur d'un lampe torche portée par André Malraux représentant du gouvernement français à cette cérémonie, une façon pour démontrer que la France sera toujours le maître de l'Afrique; tout un symbole. Mais le président tchadien ne l'entendait pas ainsi.
REF Jacques Le Cornec Titre : Histoire politique du Tchad de 1900 à 1962, Paris, LGDJ, 1963.
François Tombalbaye. Discours de l'indépendance du Tchad. 11 août 1960. (Lu dans la nuit, à la lueur d'une lampe-torche, portée par André Malraux).
REF Alain Vivien TITRE N'Djaména naguère Fort Lamy: Histoire d'une capitale africaine Édition Sépia
Tombalbaye disait: Il faut la décolonisation mentale et la restauration des valeurs traditionnelles. Il faut que les africains cessent d'imiter le modèle occidental. Ils se débarrasseront ainsi du complexe d'infériorité résultant de la domination coloniale. Il a joint la parole aux actes, il a changé le nom français de la capitale Fort Lamy au nom ancestral de N'Djaména et le nom de la ville de Fort-Archambault à Sarh.
Il voulait revenir à la notion «consommons local» en facilitant la fabrication de tissus africains pour créer la richesse. Il a fait venir des agronomes haïtiens pour irriguer les terres le long du lac Tchad pour rendre son pays autosuffisant. Enfin, il a pris le nom de NGARTA qui signifie le vrai chef d'ou son nom François Ngarta Tombalbaye
De son côté François Duvalier ne trouva rien d'autres pour aider son pays et aller vers l'authenticité. Il interdisait la coupe afro et faisait couper les cheveux des jeunes arbitrairement dans les rues par les tontons Macoutes. Papa Doc voulait à tout prix se défaire de l'opposition. Il s'est habilement arrangé pour qu'un grand nombre de professeurs et d'intellectuels haïtiens aillent au Tchad comme il avait fait pour le Congo
Duvalier ne craignait nullement la France. Il savait jouer habilement la carte du communiste.
En politicien rusé il finançait lui-même certains groupes et les fait arrêter par la suite pour prouver aux américains l'existence de la menace rouge. Le gouvernement US ne voulant pas d'un deuxième Cuba en Amérique appuyait Papa Doc sans crier gare. C'était une de ses nombreuses stratégies pour se maintenir au pouvoir.
La présence de deux habiles politiciens haïtiens envoyés par Papa Doc, un certain Docteur Vixamar devenu conseiller Culturel de Tombalbaye et Lionel Lubin sous le couvert d'un consul honoraire du régime Duvalier au Tchad, opéra comme conseiller politique du président tchadien, irrita les français. Ils voyaient d'un mauvais œil les conseillers haïtiens de ce gouvernement, surtout ce Lubin qu'ils décrivaient comme un homme d'une culture encyclopédique. Le président voulait règlementer le comportement des coopérants français qui agissaient en toute impunité. Il voulait que la justice tchadienne s'applique à tous dans son pays
Voici une partie des débats du sénat concernant le mécontentement français sur la règlementation des coopérants français et face aux conseillers haïtiens de Tombalbaye
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE DÉBATS PARLEMENTAIRES DU SÉNAT
COMPTE RENDU INTÉGRAL DES SÉANCES
DEBAT DU SENAT : FRANCE OUTRE-MER
SENAT SEANCE DU 26 MAI 1970
SITUATTION DES COOPÉRANTS FRANÇAIS AU TCHAD DOCUMENT 9063-13
M. le président. L'ordre du jour appelle la discussion de la question orale avec débat suivante :M. Henri Caillavet demande A M. le secrétaire d'État auprès du ministre des affaires étrangères, chargé de la coopération, quelle démarche il compte entreprendre auprès du gouvernement tchadien pour défendre l'honorabilité des coopérants français mise en cause par les déclarations intempestives et inopportunes du président Tombalbaye dans un message à la nation; il importe en effet, que le Gouvernement français réagisse vigoureusement. Comme rapporteur du budget de la coopération, j'ai pensé que le président Tombalbaye avait été peut-être mal conseillé par des hommes de son entourage et plus particulièrement sans doute par un Haïtien, qui a surtout le goût de l'aventure personnelle, et il faut bien le dire, est le délégué d'un homme qui ne passe pas pour un démocrate dans son pays : le président Duvalier.
Quoi qu'il en soit, ces propos sont ingrats alors que notre effort, mes chers collègues, est considérable au Tchad. En effet, depuis 1959, le président Tombalbaye a affirmé l'intérêt et même la nécessité pour le Tchad d'une assistance technique extérieure. Il a rappelé à cette occasion les devoirs, mais aussi les droits des coopérants, précisant qu'il désirait personnellement connaître les problèmes ou les difficultés qui pouvaient survenir, au moins pour ce qui concerne les coopérants français, en raison même de l'importance particulière qui s'attache aux rapports franco-tchadiens
Au point de vue politique, nous ne voyons pas l'intérêt que nous avons de nous mettre à dos une partie de la population tchadienne en soutenant M. Tombalbaye dont, paraît-il, le conseiller politique serait à l'heure actuelle un homme qui lui aurait été envoyé par le président Duvalier, le fameux papa doc, le dictateur féroce et cruel d'Haïti, d'autant plus que M. Tombalbaye ne fait pas toujours preuve à l'égard des Français de la reconnaissance qu'ils seraient en droit d'attendre. Il est évidemment commode d'introduire dans un tel débat la notion des intérêts stratégiques menacés
(La séance est levée à seize heures trente-cinq minutes.)
Le Directeur du service du compte rendu sténographique,
RAOUL JOURON.
Réélu deux fois en 1962 et en1970, le président du Tchad négocie en vain au début des années 70 l'engagement de la France dans une campagne de protection pétrolière. Il voulait que les ressources minières de l'Afrique servent les africains et les pays pauvres. Il avait pour projet de vendre aux pays africains à 40% moins cher que le prix mondial pour aider au développement du continent et de donner à Haïti une rente pétrolière de 250.000 barils de pétrole par an gratuitement sur 5ans. En 1972, il rompt avec la France et Israël. Il renoue les relations avec le Soudan et la Libye. Dans le même temps, il se tourne vers les États-Unis dans le cadre de la recherche pétrolière au Tchad.
«La troisième loi du mouvement de Newton dit qu'à chaque action, il y a une réaction égale et opposée ». Mais dans le cas du colonialisme à chaque fois qu'il y a action, la réaction est inégale, opposée et disproportionnée pour maintenir l'emprise. C'était une bravade de trop. Le président tchadien voulait s'affranchir définitivement du joug colonial français, mais, il l'a payé de sa vie. C'était une façon brutale de montrer aux autres chefs d'états africains que la machine coloniale sera sans pitié pour tous ceux qui veulent prendre un autre chemin et qui menacent ses intérêts.
Propos de Tombalbaye du 20 juin 1974 et publié le 13 juillet 1974 : Le président s'attendait de longue date à cette éventualité, selon ses proches, dont un certain Lemaire, de sa garde rapprochée, surnommé Tonton en référence aux Tontons macoutes haïtiens. Nous n'avons pas d'informations à savoir si lui aussi était haïtien .Il aurait confié en privé quelque jours avant sa mort, que les plus hautes autorités françaises voulaient le renverser avant le mois de mai 1975. Le 10 avril, il aurait même appris des services de renseignements tchadiens que l'Élysée avait déjà donné son feu vert. Le code de l'opération de son assassinat était : Le fruit est mur
Le coup d'État : Le 13 avril 1975, plusieurs unités de la gendarmerie de N'Djamena, agissant sous la direction initiale de jeunes officiers s'emparèrent du pouvoir. Le chef de l'État a été assassiné dans des circonstances obscures.
REF : Christian Bouquet, Titre Tchad, genèse d'un conflit, Paris, L'Harmattan, 1982
REF : Claude Arditi : Titre « Les violences ordinaires ont une histoire : le cas du Tchad- politique africaine, octobre 2003,
La question du pétrole fut l'une des causes de l'assassinat de Tombalbaye. Sa famille fut prise en charge en exil sous la protection des Duvalier en Haïti pendant de nombreuses années. Après la réhabilitation de Tombalbaye en 1986, le gouvernement tchadien a réparti sa pension d'instituteur entre ses veuves. Selon les organisateurs du coup d'État, Tombalbaye était envoûté par les haïtiens vaudouistes Vixamar et Lubin. Sources (N'Djamena Hebdo, 25-04-1991).
Papa Doc fut un dictateur, mais sans son aide le Tchad serait encore aujourd'hui une colonie d'exploitation de la France.
Si le passé éclaire le présent, l'avenir est la mémoire du passé Amen
La force de l'histoire ce n'est pas seulement de nous révéler le passé mais c'est de nous aider à affronter le présent et gagner les combats à venir.
Jacques Casimir (Pasteur D'Amoulio)
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