59 ans après le passage de Ruben Um Nyobe à l'ONU, que reste-t-il de son parti l'UPC ?

Portrait de Icicemac
Alexis NDEMA SAME

 

Avec en filigrane 3 préoccupations : (a) d’abord l’historique des « divisions » de l’UPC , (b) ensuite les contraintes de la lutte clandestine telles que nous les avons vécues et (c) enfin les perspectives s’il y en a pour l’Unité de l’UPC ?
 
 
 
                         Article proposé au journal « Le Messager » à sa demande,
 à l’occasion de l’évocation « 17 Décembre 1952  »
 
La question  posée par le journal « Le Messager » pour ses lecteurs est la suivante :
 
59 ans après le passage de Ruben Um Nyobé à l’ONU, que reste-t-il de son parti l’UPC ?  
Avec en filigrane 3 préoccupations : (a) d’abord l’historique des « divisions » de l’UPC , (b) ensuite les contraintes de la lutte clandestine telles que nous les avons vécues et (c) enfin les perspectives s’il y en a pour l’Unité de l’UPC ?
 
Nous essayerons dans les lignes qui suivent  de donner quelques points de repères sur un sujet qui à notre avis mérite davantage de considération, bien plus que les interpellations habituelles dont certaines s’apparentent  à de la raillerie
 
A. LES CIRCONSTANCES DE L’AUDITION DU 17 DECEMBRE 1952
 
Ce mercredi 17 Décembre 1952, devant la 4ème Commission de l’ONU, Ruben Um Nyobé (RUN) a exposé un brillant  plaidoyer pour défendre la Réunification du Kamerun et la fixation d’un délai pour la fin de tutelle, c’est-à-dire en fait  l’accès à l’Indépendance de notre pays. 
Le IIè Congrès de l’UPC venait de se tenir à Eséka du 28 au 30 Septembre 1952 avec une résolution ferme, adoptée à l’unanimité des congressistes, à propos justement des « Accords de Tutelle » dont la France, se servait à tort pour administrer notre pays comme partie intégrante de son territoire.
La Résolution  du Congrès précisait les exigences ci-après :
- Unification immédiate du Cameroun
- Institution d’une Assemblée Législative du Cameroun  réunifié, élue au collège unique et  
   au suffrage universel ; Installation d’un Conseil de gouvernement
- Fixation d’un délai de 5 ans à partir du 1er Janvier 1952 pour l’Indépendance du pays.
Le mandat était assez clair. RUN avait l’aval de l’ensemble du parti bien entendu mais également d’un nombre impressionnant d’organisations actives. Citons entre autres : L’USCC, syndicat  de près de 15 000 membres ; Solidarité Babimbi, une association d’environ 60 000 adhérents ; l’Association des Anciens Combattants ; l’Association des Etudiants du Cameroun (AEC) ; l’Union Démocratique des Femmes du Cameroun (UDEFEC), seule organisation féminine nationale de l’époque ; la Jeunesse Démocratique Camerounaise (JDC). Et puis il y avait aussi  le KUNC (Kamerun United National Congress.
 
C’est donc avec une autorité et une légitimité colossale que le Secrétaire Général (SG) de l’UPC dénonce du haut de la tribune des Nations Unies les manigances de l’Administration française décidée à détourner le chemin royal qui mène à la souveraineté de notre pays. Il soutient preuves à l’appui que le meeting du 1er Novembre 1952 à Douala est interdite malgré l’autorisation préalablement accordée ; il est fier d’affirmer avec la verve qu’on lui connaît,  que le voyage de sa délégation a été financé par une souscription populaire au prix de mille sacrifices.
 
D’où vient-il donc qu’une organisation confiante autour de son peuple, se soit démembrée au point de devenir aujourd’hui pour de nombreux observateurs, objet de risée, du reste bien entretenue
 
Des avis différents  sont développés dans l’opinion, les uns plus sérieux que les autres, certains plus anti-upécistes que d’autres. Il s’agirait essentiellement de luttes d’influence des dirigeants quand ce n’est pas de l’incompétence ou même les deux. Tout dirigeant de l’UPC n’est pas UM, ça se saurait ! Il n’est ni MOUMIE ni OUANDIE mais le temps ayant fait son effet,  il est tout de même important qu’à chaque fois qu’une occasion se présente, la part des choses soit faite et qu’un effort soit entrepris pour chercher les problèmes objectifs que l’UPC a traversé et qui continuent encore de perturber l’Ame Immortelle du Peuple Kamerunais, dans un environnement politique aussi hostile que le nôtre. Et puis…MOUMIE, OUANDIE et KINGUE n’ont-ils pas été traités de tous les noms au plus fort de la crise ? UM lui-même n’a-t-il pas été trahi par les siens ?
Les jeunes générations doivent être informées le plus fidèlement possible, afin qu’elles gardent les yeux fixés sur l’objectif planté de mains de maître par Ruben UM NYOBE il y a 59 ans pour la souveraineté et la construction du bien-être des kamerunais et qu’elles s’engagent en connaissance de cause. Rien ne sert de masquer ou de travestir l’Histoire pour avoir l’air plus intello ou plus averti que les autres. Le sujet est assez grave ; il a déjà englouti au moins 3 générations de militants. Aujourd’hui il est de plus en plus clair que si une solution viable excluant l’UPC véritable était possible dans notre pays, elle aurait déjà connu une mise en œuvre, ne serait ce que pour se débarrasser du contentieux historique non encore vidé. Les évènements récents en Côte d’Ivoire et en Libye sont autant d’éclairages sur le chemin difficile et épineux qui mène à la liberté et à la dignité.
La part de vérité de « l’UPC des fidèles » sur ce qu’on veut bien appeler « l’atomisation de l’UPC » a été adoptée en session du Comité Directeur les 27 et 28 Juin 2009. Enrichie, elle fait l’objet d’une brochure qui sera disponible à fin Mars 2012 au plus tard. Les quelques repères qui suivent en ont puisé l’esprit et bien plus.
 
B. A PROPOS DES « DIVISIONS » DE L’UPCBREF APREÇU HISTORIQUE
 
Le MPODOL (UM NYOBE) est rentré triomphal de New-York ; il repartira 2 autres fois en 1953 et en 1954 pour renforcer son plaidoyer, toujours avec le même succès, le même enthousiasme des upécistes unis autour de leur Direction.
 
 En gros jusqu’au mois de Mars 1955, il semble qu’il n’y a aucun problème d’unité au sein de l’UPC.
 
La 1ère « division  » de l’UPC
 
La 1ère  rupture au sein de l’UPC apparaît après les évènements de Mai 1955 dont le déclenchement peut être situé au 22 Avril à la suite de la réaction brutale de l’Administration coloniale face à la Déclaration Commune du Mouvement nationaliste.
 
L’UPC est interdite le 13 Juillet 1955 ainsi que les autres organisations de masse : JDC, UDEFEC, CGKT. Les conditions de lutte ont donc radicalement changé ; les militants sont pourchassés à travers le pays.
 
Dès le 23 Septembre 1955, le Secrétaire Général de l’UPC, Ruben Um Nyobe  adresse un message à toutes les sections de l’UPC et à l’ensemble du peuple kamerunais, dont le titre est  ‘’Lutte Unie sur tous les Fronts, pour la Libération du Kamerun du joug colonial » (1)
Perspicace,  il aborde la question fondamentale des nombreuses catégories existant alors au sein de « la population kamerunaise (qui) s’est divisée face au problème national en catégories dont les principales sont les suivantes : les usurpateurs profiteurs, les démagogues, les opportunistes et les égoïstes, enfin les nationalistes authentiques
UM prend le soin de décrire chacune de ces catégories dans le contexte de la lutte.  Au passage il prend soin d’attirer l’attention des vétérans de l’UPC, « les membres de l’UPC ayant adhéré au mouvement peu après la constitution de celui-ci et qui estiment qu’ils doivent être les seuls à assumer des responsabilités même s’ils ne militent pas…et de ceux qui parmi les nouveaux adhérents, s’érigent en donneurs de leçon sans prendre la mesure des réalités de lutte
 
Cette « division » dans la société kamerunaise par rapport à la lutte en cours, a forcément rejailli au sein de sa force principale organisée qui était l’UPC.
 
L’expression la plus claire et la plus virulente de cette rupture  survient le 1er Mai 1957 sous la forme  d’un « Manifeste  signé de plusieurs upécistes dont certains étaient jusque considérés comme des cadres. Le Manifeste s’attaquait à la Direction de l’UPC et notamment « au trio de Kumba », entendre Moumié, Ouandié et Kinguè réfugiés à Kumba
 
Les signataires parmi lesquels : Essombè Calvin, Tagny Mathieu, Ngom Jacques, Ngapeth Irène,… étaient déjà dans une autre logique politique et organisationnelle. Ils prônaient désormais un repli stratégique vis-à-vis de la position officielle du parti pourtant confirmée par le Secrétaire Général dans sa réaction solidaire avec l’ensemble du Bureau du Comité Directeur.
Il s’agissait de se déterminer par rapport à la nouvelle difficulté de la lutte : le pouvoir colonial étant sorti victorieux de la bataille qui consistait à imposer la « Loi Cadre » et renvoyer à plus tard la question de l’unification et l’indépendance du pays. Faut-il composer avec le pouvoir colonial dans cette nouvelle escroquerie ou rester ferme dans la revendication légitime du peuple kamerunais ? Voilà le point de discorde. La réponse du BCD aux scissionnistes est un peu plus claire : « …En réalité l’abcès a fini par crever et il se révèle que les scissionnistes pleurent des postes ministériels qu’à leur opinion l’abstention [à l’élection de 1956] les a empêchés d’avoir. Des voyages insolites ne furent-ils pas faits ces jours derniers entre Douala et Yaoundé lors de la Constitution du Gouvernement de Mbida ? Et pour cause !». Il y a bel et bien rupture.
Dans tous les cas, l’organisation paie cash la note de cette rupture. En effet :
 
- 04 Juin 1957 : le « trio de Kumba » et une dizaine de militants de cadres et dirigeants sont expulsés  du Kamerun Occidental alors sous domination anglaise
- 13 Septembre 1958 : RUN trahi par les siens  est abattu par les forces colonialistes
- la répression  est féroce ; le parti est ébranlé au plus profond de ses structures. 
 
Cette première rupture pouvait-elle être évitée ? Est-ce la faute des héritiers de l’UPC qui auraient déjà trahi du vivant des pères fondateurs ?
 
Par la suite, le groupe scissionniste s’est perdu dans la nature sans rançon politique connue, laissant le parti et sa direction face à l’ennemi, dans une clandestinité qui a coûté si cher à l’ensemble du peuple kamerunais.  
 
  La 2ème « division  » de l’UPC
 
L’hypothèque « Um Nyobé » étant levée, le parti traqué, la solution néocoloniale pouvait se mettre en place. Le sort réservé à L’UPC dans cette solution est scellé avec la création de « l’UPC légale ».
En effet, le 25 Février 1960, Ahmadou Ahidjo, bien conseillé par ses amis néocolonialistes, signe un décret qui abroge (qui annule) le décret du 13 Juillet 1955 interdisant l’UPC, la JDC, l’UDEFEC et la CGKT. Le seul et unique but de cette opération est de créer  « l’UPC légale »  contrôlée par la toute nouvelle Administration néocoloniale.
Mayi Matip, bien préparé dans son œuvre de traîtrise qui a conduit à l’assassinat de RUN,  est désigné pour conduire la manœuvre. Parmi ses « amis » l’échantillon est large : on y trouve évidemment des renégats scissionnistes du paragraphe précédent, des opportunistes de tous bords, mais aussi des patriotes sincères induits en erreur par des mensonges et non avertis de l’existence des structures clandestines du parti.
Son orientation politique prône bien entendu la collaboration avec le pouvoir néocolonial d’Ahidjo.
 
Pendant ce temps, l’essentiel de la direction active élue au Congrès d’Eséka, se trouve à l’étranger : le président Moumié, ses deux vice-présidents Ouandié Ernest et Abel Kinguè ainsi que de nombreux cadres. Elle s’organise pour soutenir sur le terrain une lutte armée rude, éprouvante.
La ligne de démarcation entre ces deux conceptions de la lutte déjà à cette époque se trouve sans aucun doute dans l’orientation politique. Mayi et sa bande ont tourné le dos à l’idéal upéciste au profit d’une collaboration bien négociée
Les historiens et autres analystes décrypteront si ce n’est pas déjà fait les évènements de cette étape de la lutte, mais peut-on vraiment assimiler cette agression à une division au sein de l’UPC ?
 
Est-il raisonnable de dire qu’il s’agissait essentiellement d’une lutte d’influence entre Moumié, Ouandié et Mayi Matip ? De l’incompétence notoire de FR Moumié ?
 
Quelques mois plus tard, le Président FR Moumié meurt  assassiné ; c’était  le 03 Novembre 1960 à Genève, empoisonné au thallium par les services secrets français. Un coup de main à Ahidjo et Mayi
 
La 3ème « division  » de l’UPC
 
Ernest Ouandié, Vice-Président de l’UPC élu à Eséka rentre au pays par les maquis du Moungo, campement « Kribi » dans le Mont Koupé, le 21 Juillet 1961. Sa mission est de   relancer la lutte à l’Intérieur du pays, réorganiser les structures militaires et clandestines du parti. Il convoque et fait tenir le 13 Septembre 1962, la 1ère Assemblée Populaire sous maquis, puis le 10 Avril 1963, la 2ème Assemblée Populaire. A l’issue de ces assises, une direction provisoire du parti est mise en place pour conduire la lutte jusqu’à la tenue du prochain congrès. Cette direction c’est le Comité Révolutionnaire de l’UPC  (le CR).
Malheureusement cette décision survient au moment des dissensions sérieuses ont fait corps au sein des cadres du parti à l’étranger. Problèmes qui se sont compliqués avec le conflit idéologique et stratégique entre la Chine et l’URSS, principaux soutiens aux luttes de libération nationale de cette époque.
Le camarade Ossendé et d’autres combattants trouveront la mort dans un acte de bravoure qui aurait pu être évité. Si ces camarades avaient eu la chance de rencontrer à temps les fidèles compagnons de Ernest Ouandié tels que Makembè Tollo, Njassep Mathieu alias Ben Bella et Nganya Flaubert, qui ont assisté à ces assises (les 2 derniers sont encore vivants et militent activement) leur entêtement à méconnaître le CR aurait été atténué et peut-être qu’une clarification entre upécistes aurait évité un tel drame.
Il s’en est suivi une cabale et une rupture de nombreux cadres et militants du parti vis-à-vis de la Direction du Parti, le CR. 
Le parti assume-là un cas d’indiscipline qui a coûté bien trop cher !  Ossendé est décapité le 15 Mars 1966, sa tête livrée sur un plateau à Ahmadou Ahidjo.  Pour une fois, il ne s’agit pas d’exploits d’intelligence avec le pouvoir en place au Kamerun mais d’un problème interne mal résolu
Le prix est cher : mort d’hommes, certains de grande valeur ; démobilisation des secteurs du parti à l’étranger et forcément affaiblissement du parti à l’intérieur du pays.
Le CR  mènera son travail dans la douleur mais dans l’enthousiasme des militants jusqu’au IIIè Congrès tenu en clandestinité. Il ne restait plus que Woungly Massage et Michel Ndoh
 
SUR QUELQUES ASPECTS DE LA LUTTE CLANDESTINE - UNE PARENTHESE
 
Dix (10) ans d’efforts soutenus pour relancer la lutte armée et organiser les structures clandestines du parti, se terminent dramatiquement pour le Président du CR, Ernest Ouandié,  par son arrestation et son assassinat sur la place publique à Bafoussam le 15 Janvier 1971.
Le pouvoir néocolonial affiche alors  une arrogance insolente. Le Congrès du Parti unique à Douala en 1975 est pompeusement dénommé « Congrès de la maturité ».
 
Mais la résistance est là : quelques écrits de temps en temps : « l’UPC vous parle », des brochures sous le manteau…le syndicat des étudiants  UNEK qui se bat pour ne pas être avalé par l’opportunisme. 
 
La naissance du courant du Manidem (1974 – 1982)
 
Alors que le régime Ahidjo est convaincu que cette fois, avec la disparition du Président Ouandié le dernier coup fatal a été asséné à l’UPC, un effort de relance organisationnelle est effectué pour affirmer qu’aucune nouvelle offensive, aucune mobilisation des masses ne peut être engagée sans une reconstruction des structures clandestines du Parti en élargissant la base de recrutement vers de nouvelle énergies disponibles, non engluées dans les contradictions internes du Parti : C’est ça le MANIDEM, Manifeste National pour l’Instauration de la Démocratie, comme stratégie de réorganisation de l’UPC, une initiative du Comité Révolutionnaire de l’UPC. 
 
L’appel est lancé en Juillet 1974 et amplifié à travers le milieu étudiant à partir du XXVIè  Congrès de l’UNEK tenu en Décembre  la même année.
 
Les premières actions organisées dans le pays par les activistes du Manidem sont sauvagement réprimées par le pouvoir UNC d’Ahidjo. Une vague d’arrestations s’abat en Juillet 1976 avec déportations à Yoko, Tcholliré, sur les camarades Maliga ma Um, Boubou Mahamat, Somory Illich et autres,  tous jeunes et intrépides.
 
Il faut quand même rappeler qu’à la même époque, beaucoup de camarades sinon la plupart d’entre eux avaient pensé qu’il fallait se terrer en attendant éventuellement des jours meilleurs. Mais il faut aussi dire que certains camarades ont pensé à ces moments pénibles-là, comme nos adversaires d’ailleurs, que cette fois vraiment, tout était fini et que chacun pouvait ou devait désormais vendre en face ce qu’il a pu tirer de son passage dans le Parti.
 
Les efforts opérationnels sur le terrain ont porté sur :
une organisation pratiquement para-militaire sur le mode de la résistance
la formation politique et idéologique sur des bases populaires (de l’intérêt du peuple)
compter sur nos propres forces y compris sous l’angle financier tel était notre crédo
un programme politique de transition vers le socialisme, discuté largement puis adopté par l’ensemble des militants organisés.
le  retour des upécistes au pays dans les conditions de la lutte.
 
La reconstruction du Parti (1982 – 1986)
 
La stratégie du Manidem pour reconstruire l’UPC a porté des fruits. Les travaux du 3e Congrès tenu en clandestinité en Juillet 1982 ont clamé aux yeux du monde entier qu’il fallait une fois de plus renvoyer à plus tard la mort trop facilement annoncée de notre parti. Il y avait des délégués de l’Intérieur et de l’Extérieur du pays. Le 4è Congrès se tiendra 2 ans plus tard en Juillet 1984 au plus fort de la crise du régime néocolonial avec la brouille consommée  entre Ahidjo et son successeur et ancien dauphin Paul Biya.
La naissance du RDPC (en Mars 1984) et les intentions positives déclarées de Biya sur la rigueur et la moralisation de la société, ont amené le Parti déjà de nouveau mieux structuré autour d’une Direction élue conduite par Woungly Massaga, avant son coup de poker  vers Paul Biya, à porter un soutien tactique au Renouveau, sous la double revendication du Multipartisme et de la Démocratie. Revendication soutenant une campagne de mobilisation populaire comme axe stratégique de notre parti.
 
En 1985, près de la moitié des membres du Comité Central résidaient déjà au Kamerun. Le Comité Central, c’était la Direction Nationale du Parti conformément aux textes alors en vigueur.  
Le discours du régime avait changé mais les pratiques répressives sont restées les mêmes. De nombreuses arrestations sont effectuées à la fin de l’année 1985. Les camarades ne seront libérés que grâce essentiellement à une importante mobilisation de l’ensemble du parti et des organisations progressistes en Europe. Et Biya ne renonce pas du tout (déjà) à son intransigeance vis-à-vis des upécistes : même la dépouille du camarade Emock Elang alias Costa n’est pas autorisée à faire le voyage Luanda-Douala (Août 1986), pour être enterré dans son pays natal.
 
Nos objectifs et nos tâches en matière d’Organisation
 
Pour nous, il s’agissait  de réussir le défi de maintenir une organisation construite sur des bases véritablement upécistes, c’est-à-dire démocratique et nationale mais également populaire en essayant de capitaliser tout le bénéfice de l’héritage politique de l’UPC. 
Les caractéristiques de cette période  sont donc claires, les choix aussi. Il fallait soit se résigner, soit accepter d’adhérer à une organisation clandestine ; que l’on soit aguerri ou non ; qu’on soit préparé ou non.
Dès lors, les enjeux politiques ne pouvaient être que les suivants :
refuser et éviter la mort programmée de l’UPC
reconstruire l’UPC sur des bases saines
relancer la mobilisation populaire
dès que possible relancer l’assaut contre le pouvoir néocolonial tout en positionnant de nouveau l’UPC comme l’avant-garde de cette lutte.
Les contraintes de cette période ont donc façonné le profil qu’exige le statut d’un véritablement militant de l’UPC, différent d’un sympathisant, encadrant des adhérents moins déterminés bien que volontaires. A tout véritable upéciste il était désormais exigé des qualités d’un bon organisateur, pour mener son travail avec efficacité, dans l’intérêt du Parti. Un peu comme un professionnel de la révolution puisque c’est de cela qu’il s’agissait, c’est-à-dire refuser la colonisation et construire un monde de libertés contre vents et marées.
 
Au niveau organisationnel : il se devait d’être travailleur, disponible, ordonné, discipliné, persévérant, méticuleux, rigoureux, doté d’un esprit d’initiative et d’un sens de l’anticipation.
Au niveau intellectuel : clairvoyant, avec de bons réflexes, un esprit d’analyse et de synthèse et un sens de la méthode de travail ; appliqué à la formation.
Au niveau physique : il se devait d’être résistant, endurant et courageux.
Au niveau moral : avoir une bonne maîtrise de soi, le sens de la discipline, un bon comportement social, bon encadreur, discret et honnête, il devait être fidèle et dévoué au Parti.
 
C’est à cet ensemble de conceptions théoriques et pratiques que devait se coller tout responsable à quelque niveau que ce soit ou tout simplement, tout bon militant de l’UPC.
Ce qu’il convient de relever c’est que pendant cette période qui a quand même duré 15 ans (1971 – 1986), l’on n’a pas entendu de bruit sur les « divisions » de l’UPC. Il n y avait qu’une seule UPC, la combattante. La seule que la Répression connaît à travers l’Histoire de notre pays, celle qui est fidèle à l’orientation des pères fondateurs et qui dit et répète ceci : 
 
Le combat que mène notre Parti, l’UPC depuis un peu plus de soixante ans est un combat à mort qui oppose d’un côté le peuple kamerunais dont l’aspiration légitime est de jouir de sa souveraineté pour organiser lui-même son bien-être et construire son avenir, et de l’autre côté, une bande organisée, multiraciale, multiethnique, multinationale qui a juré de maintenir l’exploitation éhontée de nos ressources matérielles et humaines sous sa seule loi.
L’acharnement avec lequel des centaines de milliers de patriotes ont été éliminés, des dirigeants assassinés, le Parti lui-même bâillonné et travesti montre bien que les enjeux de ce combat sont véritablement vitaux et qu’il ne s’agit pas du tout d’un « simple jeu politique entre gentlemen qui se respectent mutuellement » comme nous voyons souvent dans des débats politiques télévisés venus d’ailleurs .
 
L’ouverture démocratique (1986 – 1990)  et  4ème  « division de l’UPC
 
Cette nouvelle période d’effervescence politique démarre malheureusement avec la défection de Woungly Massaga parti vendre ses services à Paul Biya. Le camarade a crée un autre parti le PSP qu’il a abandonné à l’autel du Rassemblement des upécistes en 1996. Son soutien à Biya reste ferme jusqu’aujourd’hui. Comme il est parti seul, la rupture avec celui qui fût le  principal dirigeant du parti avant son départ, ne mérite pas d’être signalée comme une « division » de l’UPC.  
 
La Réconciliation Nationale des upécistes, mot d’ordre lancée en Juin 1990 par le Comité Central de l’UPC, contribuera à la démarche de reconstruction et de rassemblement, aux approches de l’avènement du multipartisme désormais incontournable compte tenu de la situation nationale et internationale de ce moment-là.
La mort clinique du Parti n’ayant pas pu être atteinte, il s’agissait désormais pour nos adversaires de faire avec, c’est-à-dire d’essayer par tous les moyens d’affaiblir l’UPC.
C’est ainsi que  l’expérience de Mayi en 1960 a été renouvelée au profit cette fois du tandem Dika Akwa-Kodock avant que ce dernier ne prenne tout seul la direction de la nouvelle « l’UPC légale ». 
 
Il y a eu ensuite tour à tour : le retour des exilés suite à l’amnistie d’Avril 1991, la « sortie de clandestinité »,  la CNRU à Eséka le 7 Septembre 1991,  le Congrès de l’Unité à Bafoussam du 19 au 21 Décembre 1991 avec la réplique du camp d’en face sous la forme d’un soi-disant autre congrès de l’UPC à Nkongsamba au même moment.
 
C’est cette stratégie de destruction que nous traînons encore aujourd’hui avec la fable d’une UPC-Kodock portée à bout de bras par Biya, ce qui n’est rien d’autre qu’un épisode de plus de cette lutte à mort entre les 2 camps : celui d’Aujoulat  contre celui de Ruben Um Nyobe. 
 
 
 
Pour ne pas faire de jaloux…
 
L’expérience du Manidem-Parti politique d’Ekanè Anicet s’apparente  à celle de Massaga relevée plus haut et ne mérite pas non plus d’être érigée en une « division » de l’UPC.  Elle s’apparente plutôt à une crise de maturité d’un enfant qui estime qu’il est temps pour lui de voler de ses propres ailes. Quoi de plus naturel. Ces ex-camarades assument leur  expérience depuis 1995, avec ses succès et ses déboires. Il n’était pas nécessaire qu’ils tentent de brûler le toit qui les a abrités. Ils sont allés jusqu’à oublier de quelle matière est fabriqué ce toit ! 
 
Signalons enfin la dernière grande tentative de regrouper tous les upécistes au sein d’une seule et même organisation en Septembre 1996 au Congrès de Yaoundé. Cette initiative a tourné cours un an seulement après les embrassades chaleureuses. Pour les mêmes raisons : collaboration avec le pouvoir néocolonial Rdpc et fonctionnement anti-démocratique au sein du parti. C’est tout. 
 
En fin de compte l’UPC a toujours lutté pour préserver son identité. Elle mène ce combat non pas depuis que ses pères fondateurs ont disparu, presque tous assassinés. Ces derniers sont morts précisément dans leur engagement total à préserver intacte cette identité que les « collabos » et leurs amis sont décidés à lui enlever à travers les générations . Est-il possible que l’UPC réalise les buts pour lesquels elle a été créée en changeant son identité ?
 
C. SUR LES PERSPECTIVES DE L’UNITE DE L’UPC
 
L’Unité de l’UPC dans sa configuration actuelle est difficilement réalisable. Sa problématique ressemble à celle du mélange homogène de deux liquides non mixibles, comme l’eau et l’huile. Plusieurs tentatives, plusieurs expériences individuelles ont été tentées sans aboutir à une solution d’intérêt ni pour l’UPC, ni pour le peuple kamerunais qui ne sait plus à quel saint se vouer face au régime corrompu du pouvoir Rdpc.
Les propositions de l’UPC  Fidèle, pour avancer dans la dynamique de rassemblement sont connues ; elles datent du mois de Juin 2009. Elles ne mettent pas en cause les visées électoralistes somme toute légitimes des uns et des autres. Elle privilégie la méthode à la précipitation, la clarté à des combinaisons douteuses. Elle respecte l’UPC. C’est tout.  
 
Chacun peut apprécier ces 10 propositions qui sont rappelées ci-dessous :.
 
1. Pour déblayer l’atmosphère actuelle, chaque « courant upéciste » inventorié présente un bilan de ce qu’il a fait depuis 1990 (ou 1955 ?) jusqu’en 2009. Chacun est aussi libre de donner son avis sur ce qu’il pense de l’action des autres. Ces bilans et avis doivent être rendus publics.
 
2. Tous ceux qui demandent actuellement une unité rapide et amnésique (« oublions tout ce qui s’est passé, car le passé c’est le passé »), doivent dire publiquement ce que signifient les multiples et incessants procès que Kodock et ses complices et amis RDPC font aux upécistes depuis près de 20 ans sans discontinuer. Et cesser, pour certains, de faire semblant d’ignorer cela, en racontant que « les principaux dirigeants de toutes les tendances étaient informés de la lettre de 2006 de l’OAPI à Hogbe Nlend », fable apparemment inventée pour les besoins de la cause.
 
3. Avant un éventuel congrès de tout le monde, les Directions actuelles sont libres de se dissoudre ou de continuer leurs activités selon le mandat que leurs bases respectives (quand il y en a) leur ont donné.
 
4. La démarche unitaire a échoué en 1991 : Kodock s’y opposait, fort du soutien complice du RDPC ; Hogbe Nlend pour sa part était carrément au RDPC (dans un courant avec les Senga Kuoh et consorts) ; d’autres avaient créé leurs nouveaux partis bien qu’ils aient largement contribué dans la clandestinité, avec les autres upécistes révolutionnaires, de 1971 à 1990, à empêcher la disparition de l’UPC en tant que force politique organisée ; ils disaient alors vouloir soutenir M. Biya tout en combattant le RDPC de ce dernier. La question est : où en est cette démarche en 2009 ? Malgré tout, il fut décidé en septembre 1991 à Eséka, de tenir un congrès unitaire du 21 au 23 décembre 1991 à Bafoussam, « en hommage à Ernest Ouandié ». Question : pourquoi ce congrès ne se tint –il plus comme il avait été prévu ? Ces questions doivent recevoir des réponses claires et publiques, afin de comprendre le passé en vue de maîtriser le présent et préparer l’avenir.
5. Une fois encore, la démarche unitaire a finalement échoué en 1996, alors même qu’on a réussi à tenir un congrès commun (sans Kodock et ses amis), le 2è congrès unitaire à Yaoundé. Question : pourquoi ce nouvel échec ? Cette question aussi doit recevoir une réponse à rendre publique.
 
6. Si tout le monde est d’accord avec les point ci-dessus, on procède à la mise en place d’un Comité Conjoint pour le Rassemblement (CCR) de 6 membres au moins et 9 au plus ( groupe Hogbe, 2 ; groupe Kodock, 2 ; UPC fidèle, 2 ; autres, 1 à 3, à désigner d’un commun accord). Le CCR, qui ne remplace pas les Directions actuelles, est chargé : (i) de dégager les points d’accord sur l’orientation politique et la stratégie du parti, ainsi que les points de désaccord ; il doit formuler clairement ces points d’accord ou de désaccord et les rendre publics ; (ii) de dégager des points d’accord ou de désaccord sur les objectifs politiques et sur l’action militante qu’il faut engager tous ensemble, dans tout le pays, sans délai. Le CCR doit faire un rapport de son travail une fois au moins par mois, aux Directions actuelles. Ces rapports sont communiqués aux upécistes de la base pour appréciation et avis.
 
7. Au bout de six mois, le CCR présente un bilan de la période écoulée depuis sa mise en place. Au vu de ce bilan, on pourra savoir s’il est possible d’avancer ensemble et comment.
 
8. Le CCR travaille et décide par consensus et sans vote. En cas de blocage sur une question, celle-ci est rapidement signalée aux Directions en place pour trancher.
 
9. Les organismes qui ont mandaté leurs membres au CCR peuvent les remplacer par d’autres à tout moment.
 
10. Les upécistes fidèles, qui ont été de toutes les démarches unitaires depuis toujours, proposent donc en fin de compte, qu’on ne recommence pas la même chose que ce qui a déjà été fait avant, et qui n’a pas permis un vrai rassemblement upéciste. C’est aussi pourquoi ils ne cesseront pas leurs activités militantes propres, upécistes, pour courir après des ombres qu’on leur propose à nouveau en ce moment. 
 
Nous conclurons que 59 ans après l’audition de RUN à l’ONU, son parti l’UPC reste vivant. Ceci est un exploit dans le contexte que subit l’Afrique. Ce 19 décembre le parti « fête » avec le peuple kamerunais toujours en lutte, la victoire formelle du multipartisme sur la dictature monopartiste, il y a 21 ans. Et que la lutte continue jusqu’à la victoire.
 
 
(1)  (Voir : Ruben Um Nyobe : Ecrits sous maquis, L’Harmattan, Paris, 1989)
 
 
Douala, 17 Décembre 2011
 
Alexis NDEMA SAME,
Président de l’UPC.

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