Achille Mbembe : «La Suisse a pris parti pour un tyran au pouvoir depuis trente-huit ans.»

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Le philosophe et historien camerounais Achille Mbembe critique l’accueil du président Paul Biya à Genève et questionne la neutralité de la Suisse qui, selon lui, participe au pillage de l’Afrique.Depuis le 11 juillet, le Cameroun a les yeux rivés sur Genève. Presque comme chaque été, son président, Paul Biya, loge à l’hôtel Intercontinental. Pendant ce temps-là, ses opposants peinent à se faire entendre, aussi bien dans la rue qu’ailleurs. Pour le philosophe et historien Achille Mbembe, la Suisse se complaît dans l’«ignorance». Née au Cameroun en 1957, cette grande voix africaine a fait sa carrière académique à Paris puis à Dakar et aux Etats-Unis. Il enseigne désormais à l’Université de Johannesburg. Ses œuvres, dont De la postcolonie, Critique de la raison nègre et plus récemment Brutalisme, sont devenues des références. Il a récemment accepté la proposition du président Emmanuel Macron de préparer le prochain sommet France-Afrique. Une tâche pour laquelle il «ne reçoit pas un centime», assure-t-il au Temps.

La force de la Suisse est justement de ne pas être interventionniste. Elle protège ses visiteurs indépendamment de leurs affiliations politiques. Cette «indifférence» est constitutive de sa neutralité et fait d’elle une terre de dialogue.

Réprimer de pauvres gens qui souhaitent s’exprimer sur une place publique n’est pas neutre. Ce que nous avons vu en Afrique, ce sont des images de policiers suisses s’acharnant sur des Noirs désarmés qui ne demandaient qu’à se faire entendre. En leur refusant la possibilité de témoigner, la Suisse n’a certainement pas agi en faveur du dialogue. Elle a pris parti pour un tyran au pouvoir depuis trente-huit ans, Paul Biya, qui a passé environ cinq ans de sa vie à l’hôtel Intercontinental à Genève. Pour les Camerounais, ce monsieur est un citoyen suisse. Ne sont pas Suisses en revanche les migrants camerounais qui sont contraints de quitter leurs terres, car leurs conditions de vie ont été saccagées par des pays qui soutiennent les tyrans africains. Si la Suisse était réellement neutre, elle n’adopterait pas une politique anti-migratoire aussi sévère à l’égard du continent africain, et elle n’étoufferait pas les voix qui se lèvent lorsqu’elle abrite à l’hôtel Intercontinental un monsieur qui devrait être à La Haye.

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SOURCE: LE TEMPS

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