L’économiste Raoul Patrick Nougoum entre la Covid-19, la fonction de la monnaie et le multilatéralisme

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« Je vais citer un grand économiste africain, Joseph Tchundjang POUEMI (1980), qui a, dans Monnaie, servitude et liberté, décrit l’institutionnalisation de la servitude en ces termes : « Les vrais problèmes de l’heure s’appellent inflation, chômage, déséquilibre de balance de paiements, taux de changes désordonnés, avec pour corollaires les révoltes, la criminalité, la délinquance, etc. »

La gestion de la crise sanitaire actuelle demande une adaptation des politiques existantes à des conditions de marché modifiées. Dans la foulée de la pandémie, l’OPEP a, le 5 mars dernier, recommandé une baisse de production de 1,5 million de barils par jour pendant le deuxième trimestre 2020 ; soit 1 million de barils dans les pays membres de l’OPEP, et 0,5 million de barils dans les pays alignés non membres de l’Organisation en ciblant principalement la Russie.

Il s’en est suivi un autre problème : la Russie a rejeté la proposition de l’OPEP, et c’est également pour ce motif que l’Arabie Saoudite, premier producteur mondial a boosté ses exportations pétrolières, et atteint sa capacité de production maximale de12,3 millions de barils par jour. Le Nigéria s’est engagé à réduire sa production de près de 30% (près de 600 bpj) pour l’établir à 1,4 million de barils par jour, afin de faire rebondir les prix à court terme. Bien que louable, cette mesure rame à l’encontre de l’esprit de la loi de finances nigériane pour 2020, dont l’enveloppe budgétaire totale prévue était calculée sur un prix de référence de 57 dollars le baril et une production estimée à 2 millions de barils par jour. La valeur indicative du cours du Brent est actuellement de 39,68 dollars. En septembre 2020, le prix du baril du pétrole brut s’était replié pour passer de + 0,3% à -8,3%. Rappelons pour mémoire que le prix du West Texas .

Intermediate (WTI) qui sert de référence pour fixer le prix du Brent était tombé à 22,39 dollars au cours de la séance journalière du 20 mars 2020. Côté financements et monnaies, le rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) fait mention d’une baisse de 28% du flux d’Investissements directs étrangers (IDE) à destination des pays africains pendant le premier semestre 2020.

Et comme c’est toujours le cas, les pays dépendant de leurs matières premières sont plus que d’autres affectés par ce recul des IDE. Dans une lettre conjointe publiée dans le Washington Post le 14 avril 2020, l’ancien ministre des finances et Premier ministre britannique Gordon Brown et l’économiste et ancien ministre des Finances américaines Lawrence H. Summers estiment que la gouvernance multilatérale devrait se montrer plus équilibrée lorsque surviennent des crises majeures.

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En effet, l’inquiétude se fait pressante quant au fait de savoir que les pays développés financent leur riposte aux crises (dont celle du Covid-19) en faisant marcher la planche à billets comme moyen de différer leurs choix budgétaires difficiles, alors même que l’efficacité de cette politique n’est pas prouvée, et les constats dressés montrent qu’elle suscite des pressions inflationnistes et des déséquilibres macroéconomiques affectant en particulier les pays à faible revenu.

Le recours aux Droits de Tirage Spéciaux (DTS) devient incontournable selon plusieurs économistes qui voient en eux un précieux instrument de réserve de valeur présentant des avantages corrélatifs sur le plan de la politique budgétaire au sens de la politique monétaire. Les monnaies africaines subissent les contrecoups de la crise du Covid-19 : en l’occurrence les monnaies dont le cours flotte librement. Plus que toute autre monnaie, le Franc congolais a connu une forte dépréciation face au dollar.

Réagissant à la chute de la valeur de sa monnaie, la Banque centrale de la République Démocratique du Congo (RDC) a augmenté son principal taux directeur de 7,5% à 18,5%, après une légère baisse de 9% à 7,5% quelques mois plus tôt. Pour situer tout cela dans un contexte, permettez-moi de donner une brève chronologie du Franc congolais : il fut la monnaie officielle de l’État indépendant du Congo de 1887 à 1908 ; celle du Congo belge de 1908 à 1960 ; du Congo sous la présidence de Joseph Kasa-Vubu de 1960 à1964, et la monnaie de la RDC depuis le 30 juin 1998, après la période où il fut remplacé par le Zaïre de 1967 à 1997 par Mobutu Sese Seko. La RDC est le premier producteur mondial de coltan, or, diamant, et par ailleurs le premier producteur africain de cuivre. Elle a une population de 90 millions d’habitants et une superficie de 2,3 millions de km2. Malgré tous ces atouts, les spécialistes considèrent le pays comme un scandale géologique, et j’irai même plus loin en disant qu’il représente un véritable scandale économique, et cela n’est qu’un exemple parmi tant d’autres en Afrique.

La monnaie remplit au moins trois fonctions principales : 1/ unité de compte (pour mesurer la valeur des échanges, des biens et services ou actifs), 2/ réserve de valeur (c’est-à-dire un actif réel procurant un pouvoir d’achat dans le temps à son détenteur), 3/ intermédiaire des échanges (pour s’affranchir des limitations du troc et remplir la condition de double coïncidence des désirs). L’utilisation d’une devise comme monnaie véhiculaire permet d’échanger une grande variété de paires de devises sur le marché des changes.

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Nous abordons là une fonction essentielle de la monnaie qui, dans une large mesure, détermine son attrait et sa capacité à remplir les fonctions d’une devise internationale. Selon l’historique la plus récente des taux de change Dollar-Franc congolais (USD-CDF), l’économie de la RDC serait négativement impactée par l’évolution des cours de cette paire de devises. Le 1er décembre 2019, le franc congolais (FC) s’échangeait en Dollar à 1 660 FC pour un 1 dollar. Onze mois plus tard, le 7 novembre 2020, la parité Dollar-FC tombait à 1 dollar pour 1 964 FC. Ce qui a, par voie de conséquence, amenuisé les réserves de change de la RDC qui, au 7 novembre 2020, s’établissaient à 674,32 millions de dollars contre 923,12 millions de dollars le 21 mai 2020. Le Nigéria n’est pas en reste ; des pressions spéculatives ont entrainé une dépréciation d’environ 5,8% de sa monnaie dans la période allant de décembre 2019 à novembre 2020 (selon nos simulations).

Le Naira (NGN) s’échangeait à 1 dollar (USD) pour 361 nairas en décembre 2019 contre 1 dollar pour 382 nairas le 8 novembre 2020. La descente aux enfers de l’économie nigériane commence bien avant la crise du Covid-19. Les réserves de change du Nigéria ont chuté, passant de 45 milliards de dollars à 40,3 milliards entre juillet 2019 et octobre 2019. Les dernières projections du FMI concernant l’après Covid-19 prévoient une contraction du PIB nigérian de l’ordre de 7%.

Le pays a bénéficié d’une aide d’urgence de 3,4 milliards de dollars (0,8% de son PIB) octroyée par le FMI, et a fait part de son intention d’emprunter 7 milliards de dollars auprès de l’institution pour renforcer son budget public, mis sous pression par les exportations pétrolières à bas prix. Enfin, il est constant que le cycle de dépréciation du naira se poursuit, tandis que la volatilité des prix et les incertitudes pèsent sur l’économie.

Toutes ces données, combinées aux connaissances sur la création de valeur, participent à étaler l’ignorance d’un gros continent gros bras et petit cerveau. Du point de vue de l’exploitation de l’homme par l’homme, nous vivons une période bien pire que celle de la traite négrière. Les crises ne sont pas des phénomènes nouveaux, elles sont des participantes actives à la vie socioéconomique. Il est logique de penser que la valeur de la monnaie ou celle des biens et services fluctue en réponse aux interventions de deux principaux facteurs : le facteur humain et le facteur institutionnel.

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Les corrélations entre ces facteurs et les fluctuations de valeur relèvent, bien entendu, davantage de la description que de l’explication causale à l’origine d’un gain ou d’une perte de valeur. Très fermement, je crois que les principes de destruction et de création de valeur sont antérieurs aux lois causales imposées par les hommes et les institutions, selon leur position de pouvoir, laquelle est orientée vers le gain ou des intérêts propres. Considérons, par exemple, la probabilité d’implication d’une institution comme le Fonds monétaire international (FMI) dans une crise mondiale quelconque ; les États-Unis bloqueront toute décision concernant la gestion de la crise par le FMI qui léserait ses intérêts. Aucune décision importante du FMI n’est prise sans l’accord du Conseil de ses gouverneurs (constitué des représentants des pays membres), et à la majorité de 85% des droits de vote.

Or les États-Unis disposent d’un pouvoir de vote de 16,5% à eux seuls. La multilatéralité qu’on présente comme un mode d’organisation interétatique n’est qu’un mécanisme de pouvoir pour exclure, discriminer et réprimer les petites nations, et avoir un plein contrôle sur les décisions d’envergure. Dans la partie qui suit, nous discuterons de la façon d’associer d’autres concepts à la multilatéralité, afin de déconstruire et neutraliser les relations de pouvoir qui répriment le développement du continent.

Nous montrerons, non avec aisance, les combinaisons possibles d’institutions et de relations de pouvoir tournées vers les transformations structurelles, pour faire apparaitre l’innovation et reconfigurer l’équilibre économique.

Dr Raoul Patrick Nougoum,
    Économiste- Checheur, Président de Panel Africa

Source: Texte suivant publié en date du 08 Novembre 2020, de« Que Faire N° 7 » in La Minute d’Economie Politique, Revue et Magazine scientifiques pour l’expansion de l’Afrique et l’équilibre international

NB: Titre icicemac.com.

Le nom de Raoul Patrick NOUGOUM a été malencontreusement associé à un article qui n’était pas le tien. Pour lui rendre justice, nous publions son article qui aurait dû être normalement publié. Nous voulons signfier à M. Raoul Patrick NOUGOUM que nous n’avons jamais eu l’intention de lui nuire de quelque façon que se soit. Nous avons aucun intérêt. Nous lui adressons nos excuxes suite à cette erreur. Et espérons à l’avenir, s’il le souhaite nous envoyer ces contributions pour publication, c’est avec plaisir que nosu allons les publier et nosu assurer que cette erreur ne se repère pas.

Nous avons ainsi publié intégralement son papier dont voici le lien.

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