MIC MAC OU LES CHIFFRES IMPOSSIBLES DU MINISTRE LOUIS PAUL MOTAZE

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LES CHIFFRES A PROBLEME DU MINISTRE LOUIS PAUL MOTAZE

Comme un certain nombre de camerounais, nous avons suivi avec un grand intérêt le passage de Louis Paul Motaze, le ministre des Finances à l’émission Actualités hebdo de la CRTV du dimanche 24 janvier 2021.

Mais à la fin, nous sommes restés perplexes. Car pour la première intervention de l’année sur grand écran du grand argentier national depuis l’entrée en vigueur du budget 2021, on attendait de lui d’une part plus de rigueur et de précision sur les chiffres et d’autre part beaucoup plus de sérieux et de précision lorsqu’il aborde des sujets comme la politique industrielle du pays (même si ce n’est pas lui qui est charge}, la décentralisation ou la réduction du train de vie de l’Etat, sujets extrêmement sensible pour la majorité des camerounais qui côtoient la misère, alors qu’une minorité proche du pouvoir s’engraisse sur leur dos.

D’autant plus qu’en tant que ministre des finances d’un pays qui n’est pas responsable de sa monnaie, il n’est finalement en charge que de la trésorerie de l’Etat, ce qui lui laisse suffisamment du temps pour maitriser les chiffres des différents comptes nationaux. Sauf si (nous n’osons pas y croire), le ministre a estimé que les camerounais ne sont pas suffisamment matures pour se retrouver dans les dédales des chiffres.

Premier impair, après avoir expliqué que la stratégie industrielle du Cameroun consiste à promouvoir de l’import substitution, qu’il définit comme la faculté de produire sur place la plupart des produits que nous importons, surtout dans le domaine alimentaire, il précise que le gouvernement a prévu dans le budget 2021 une dotation de 50 milliards pour régler le problème.

Sauf si c’est uniquement pour payer les frais de missions de quelques fonctionnaires privilégiés pour aller faire du tourisme à l’étranger aux frais de l’Etat comme d’habitude, nous ne voyons pas à quoi peut servir une somme aussi minable, ne serait-ce que pour permettre au pays pour produire 436 779 tonnes de riz en 2020 afin de combler le gap entre la production nationale de 140 170 tonnes et la demande nationale qui est de 576 949 tonnes. Ou pour combler le déficit de 300 000 tonnes de poissons qui fait le bonheur de quelques importateurs, sur une demande nationale estimée à 589 764 tonnes.

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Si on ne prend que les dépenses engagées jusqu’ici pour obtenir péniblement les 140 170 tonnes de production nationale de riz ou les 289 764 tonnes de poisson pour une demande intérieure de 500 000 tonnes, à travers les subventions de l’Etat et autres cautions sur financements extérieurs à la Semry, Soderim, projets chinois a l’Est et dans l’Adamaoua, ou au secteur de la pêche, c’est au plus bas mot 1000 milliards de FCFA qu’il faut investir pour espérer dans un bref délai couvrir ne serait-ce que ces deux gaps. Le Sénégal par exemple, devant un défi similaire, a mis en place ce qu’il a appelé sa Stratégie Nationale de Développement de la Riziculture, pour porter sa production nationale de 408 218 tonnes en 2009 à 1 000 000 de tonnes en 2018.

Pour le gagner, il a investi de 2009 à 2016, 650 milliards de FCFA.Deuxième couac, au moment ou un certain nombre de camerounais pouvaient succomber au mirage de la pseudo-décentralisation que le régime essaie de mettre en place, en particulier après la récente mise en place des conseils régionaux, le ministre des finances a douché leurs espoirs en leur faisant comprendre qu’ils ont mal lu la loi sur le transfert des ressources budgétaires aux collectivités territoriales décentralisées.

Pour lui, en ce qui concerne le seuil de 15% de l’article 25 de cette loi, non seulement l’Etat ne peut transférer que les ressources transférables, c’est-à-dire les recettes internes, mais aussi, il ne peut transférer ces ressources qu‘après le transfert total des compétences. En clair, pour 2021, le minimum de transfert ne peut s’apprécier qu’à partir des 3456,5 milliards de FCFA de recettes internes, soit un montant de 518 milliards. Un chiffre théorique qui ne sera jamais atteint, puisque comme d’habitude, le gouvernement ne se pressera jamais de transférer les compétences tel que prévu par l’article 17 de la même loi. En clair, les collectivités territoriales décentralisées continueront à se contenter des allocations circonstancielles comme les 49 milliards de 2020 transférés par décret du Premier ministre au mois de mai 2020.

Troisième couac, la réduction du train de vie de l’Etat. Nous apprenons de la bouche du ministre Motaze que les salaires et le fonctionnement de l’Etat sont des dépenses incompressibles. Bizarre, car au sens du dictionnaire, une dépense incompressible ne veut pas dire une dépense inévitable, mais une dépense dont la fixation ne dépend pas de celui qui la supporte, comme le loyer, l’électricité, l’eau par exemple. Par contre, c’est l’Etat qui détermine le nombreux de fonctionnaires qu’il peut employer, le niveau des salaires qu’il peut payer et la nature et le montant des dépenses qu’il peut engager pour son fonctionnement.

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Par cette confusion volontaire, le ministre Motaze nous fait comprendre que l’Etat ne réduira jamais son train de vie tel que tout le monde le lui conseille. Une logique qui nous permet de comprendre la gêne et l’imprécision du ministre à fournir des éléments précis sur la problématique de la fonction publique au Cameroun. Par exemple, il affirme que son ministère décaisse 105 milliards par mois pour les salaires des fonctionnaires, soit 1260 milliards par ans. Or dans le budget 2021 qu’il a lui-même préparé, la masse salariale prévue est de 1069,826 milliards. D’où vient la différence de 190,174 milliards et comment comblera-t-il le gap ? Ou alors le ministre s’est-il trompé dans ses notes ?

Une compulsion des données officielles des dix dernières années, donne les statistiques suivantes :

Masse salariale effectifs fonction publique2006 393 milliards 163 0002016 659 milliards 285 0002017 974 milliards 322 0002018 1024 milliards 354 0002019 1058 milliards 259 063 2020 1069 milliards

A quoi est due la croissance exponentielle de la masse salariale pendant les dix dernières années alors qu’on constate même une diminution des effectifs (2019) et qu’il n’y n’a pas eu d’augmentation de salaires dans la fonction publique ?Comment, alors que plusieurs opérations de lutte contre les fonctionnaires fictifs (Operations Antilope, Sigipes 1 et 2, affaire Lebou etc.) ont eu lieu ou sont en cours dans la fonction publique depuis des années et que chaque fois qu’il est devant un micro le ministre vante les économies qu’il a réalisées sur les gaspillages depuis qu’il est au ministère des finances (45 milliards en 2019, devant les députés en 2019, 30 milliards aujourd’hui} , se retrouve-t-on aujourd’hui avec une telle masse salariale qui absorbe près de 23% des recettes l’Etat ?

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Le ministre s’est-il aperçu qu’avec les 1200 milliards de masse salariale en 2021 qu’il a révélés dimanche, le Cameroun a déjà franchi le seuil tolérable recommandé par le FMI qui est de 5% du PIB et de 22% du budget ?Enfin, dernière question à laquelle tout le monde aimerait avoir une répons e, quel est l’effectif réel de la fonction publique au Cameroun ? Et pour être plus précis, combien de gens émargent (ou se font emmargés) au budget national comme servant l’Etat au Cameroun ?

Nous faisons cette précision parce que, comme c’est de coutume, beaucoup de hauts responsables de ce pays, dans le cadre de recrutement de vacataires ou autres temporaires, n’hésitent pas à contourner les statuts de la fonction publique, pour aligner dans le budget de milliers de gens disent-ils de « chez eux », dont certains ne sont même pas au courant de leur situation.

Tout le monde se rappelle un des prédécesseurs de monsieur le ministre qui, il y a quelques années, avait recruté plus de dix mille vacataires de son arrondissement d’origine dans un service financier ou ils faisaient la pluie et le beau temps.Alors, une fois de plus monsieur le ministre, nous posons la question autrement : le nombre de matricules qui émargent au budget de l’Etat correspond-t-il au nombre réel des gens qui travaillent dans la fonction publique ?

Et question subsidiaire, à la suite des multiples crises sécuritaires qu’affronte le pays, quel est l’effectif réel des forces de sécurité et autres para militaires et quelle est la part réelle du budget qui est absorbée par le financement de ces crises ? Monsieur le ministre, il vous faut probablement un autre Actualité Hebdo pour mieux éclairer les camerounais.

Source WhatsApp: E. FOPOUSSI FOTSO

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