Drames routiers au Cameroun : Faute à la prévention routière !

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L’on est toujours prompt à accuser les agences de voyage en ignorant que le travail de certains est de les encadrer. Que font-ils ? Dans un système, chaque élément doit jouer son rôle pour que l’objectif soit atteint. Je n’ai pas l’impression que le ministère du transport joue adéquatement son rôle. Je m’explique !La cause des accidents de la route au Cameroun est connue et très documentée. On ne cherche plus. On sait qu’à plus de 80%, il s’agit du facteur humain et notamment de l’incivisme routier.

Ce que je critique ici, c’est donc la politique publique mise en œuvre pour lutter entre autres contre l’incivisme routier : il s’agit de la prévention routière ! La gendarmerie nationale et le ministère du transport s’occupent de cette tâche. Le problème est qu’ils ne font aucune prévention. Ils font la répression. Nous sommes donc dans un système où il faudrait repenser la prévention routière.

La politique gouvernementale de la répression routière pose des problèmes de pertinence, d’efficacité, d’efficience et d’impact négatif.En matière de pertinence, l’on mesure l’adéquation de l’action avec les besoins exprimés. L’équation actuelle du gouvernement est de dire que si l’on réprime, alors l’on obtiendrait de meilleurs résultats.

Et donc, en lieu et place de la prévention et donc, du renforcement des capacités et de la sensibilisation, l’on investit les fonds publics pour contrôler le respect de la règlementation en vigueur. Ainsi, les gendarmes se cachent dans des bosquets pour détecter les excès de vitesse, les débordements de la ligne continue, etc.

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Mieux, ils contrôlent (en supposant qu’ils sont de bonne foi) la disposition de la boîte à pharmacie, de la cale métallique, de l’extincteur, etc. Le problème est qu’aucun accident de la route n’est dû à une absence de cale métallique, de boîte à pharmacie ou d’extincteur, etc. Il s’agit donc d’un ensemble d’actions non pertinentes qui sont tout sauf ce qu’il faut faire pour lutter contre l’incivisme routier.

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D’ailleurs, les automobilistes véreux savent contourner très facilement ces obstacles sur leur chemin. Il suffit d’être dans une dizaine de groupes whatsapp pour avoir régulièrement l’information sur la position du radar ou de la « prévention routière », etc.En matière d’efficacité, l’on voit bien que les accidents ne font que s’accumuler. L’on mesure ici l’adéquation entre les objectifs fixés et les résultats obtenus.

Si la répression permettait de réduire les accidents de la route, alors l’on comprendrait l’intensification de ces actions. Entre Douala et Yaoundé, l’argent du contribuable est utilisé pour mobiliser plus de cinq points de « répression routière » mais, toujours en vain. Il faut changer ! En l’état, la cible principale (chauffeurs véreux et clandestins) est ratée en raison de l’esprit de corruption qui prévaut.

L’on voit bien que la « répression routière » s’acharne sur les « usagers qui peuvent payer » et laisse passer la cible principale, à savoir les « clandos ». J’explique : Par exemple, les voitures en surcharges ou sans visite technique valable passe plus vite les points de « répression routière » que les voitures en règle. Voilà pourquoi il y a des accidents qui causent des hécatombes humaines.

En clair, les agents de « répression » sont en route pour se faire de l’argent et non pour assurer la « prévention routière ». Depuis un an, je suis sur les routes camerounaises en moyenne une fois par semaine et je n’ai jamais vu un agent sensibilisateur en route (sauf devant les caméras). Voilà le drame !Cela s’accompagne d’un problème d’inefficience, c’est-à-dire du rapport disproportionné entre le coût de l’action publique et les résultats obtenus. En gros, les fonds publics sont dépensés pour rien au Cameroun.

Pire, le contribuable dépense pour permettre aux agents publics véreux de se déplacer pour aller se faire corrompre en route. Cela doit cesser ! Par exemple, la ville de Yaoundé avait été pendant longtemps épargnée des contrôles policiers.

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Et ce n’était que du pur plaisir ! Avec les menaces terroristes, ils nous ont remis les policiers à tous les kilomètres, ce qui ne sert strictement à rien, même pas pour la dissuasion, dans la mesure où ces policiers interpellent les voitures pour demande uniquement « l’eau glacé pour les fêtes ! »Ce comportement véreux a un impact négatif sur l’usager.

Cela crée une autre forme d’incivisme chez les usagers en règle à savoir : le non-respect de l’autorité publique. En effet, rares sont les usagers en règle qui s’arrêtent encore à la « prévention routière ». Il y a de plus en plus refus d’obtempérer. On a du mépris pour les « hommes en tenue », ce qui est bien sûr un drame pour notre République.

On ne respecte pas des êtres indignes ! Pire, des usagers clandestins savent désormais contourner le système. Il s’agit par exemple de s’arranger à corrompre pour passer ! Enfin, l’on observe que certaines agences de voyage, lasses d’attendre que les pouvoirs publics fassent leur part de travail, organisent en interne leurs propres services de prévention/répression.

Ainsi, elles placent des agents en route pour surveiller le comportement de leurs propres chauffeurs. C’est le cas de Charter Express, par exemple. En effet, les surcharges et les excès de vitesse ne se décident pas dans les agences de voyage. C’est donc non pertinent de les sanctionner (suspension et autres) dans la mesure où ce sont les chauffeurs véreux qui dérapent en route.

En conclusion, l’on voit que les actions publiques ratent de cible de nos jours. Il s’agit principalement des chauffeurs véreux et/ou clandestins dont ceux des gros porteurs, des poids lourds et des grosses cylindrées (y-compris les voitures immatriculées CA). Ce sont eux les fauteurs de trouble qu’il faut cibler. Mon hypothèse est que si l’on réduit le comportement clandestin sur la route, alors l’on réduira considérablement les accidents mortels. L’on me parlera aussi de l’état de la route.

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Oui, mais c’est un autre débat surtout que sur cette route de l’Ouest qui a tué plusieurs dizaines de nos compatriotes dimanche dernier, l’on ne peut plus parler de mauvais état de la route. Dans tous les cas, les chauffeurs sont appelés à adapter leur conduite à l’état de la route. L’on me parlera aussi du voyage de nuit qu’il faut interdire. Je suis contre dans la mesure où c’est un marché grandissant sollicité par des citoyens qui ne veulent plus perdre leur journée de travail dans le voyage. Dans tous les cas, environ 50% d’accidents arrivent en journée.N’oublions jamais la cause statistiquement prouvée : c’est l’incivisme routier.

Louis-Marie Kakdeu, PhD & MPA

Source: Facebook

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