Achille Mbembe parle de la violence des cons

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Lors de la sortie de ‘Brutalisme’, j’ai fait la rencontre de Maxime ROVERE dont j’avais auparavant lu LE CLAN SPINOZA, un brillant texte publié chez Flammarion en 2017.

Lors de notre conversation, il m’a appris qu’il venait de publier QUE FAIRE DES CONS? Pour faire bonne mesure, l’ouvrage est accompagné du sous-titre: POUR NE PAS EN RESTER UN SOI-MEME.

Quelques jours après notre conversation, sa maison d’édition m’a fait parvenir une copie de ce nouveau livre dont je viens de terminer la lecture. Véritable régal et nécessaire exercice de salubrité que je me permets de vous recommander. Vivement.

Combien d’entre nous sont, en effet, régulièrement agresses par des cons? Tant de visages, et tant de noms, à la vérité.

Car le con est avant tout un agresseur, quelqu’un qui, tapi derrière un masque, vit son propre échec et son ressentiment en maniant la violence; en cherchant à vous exclure de la parole; ou en vous contraignant “ toujours à parler sa langue, à entrer dans son jeu, bref, à vous retrouver sur son terrain”, dans le caniveau.

Mais ce n’est pas tout, cette obsession de détruire, d’entre-détruire. Le con est également un jouisseur et un envieux. Aigri. Il jouit, précise Rovere, “de la joie de détruire”. Dans les satrapies post coloniales, les cons sont de pauvres gens dominés par d’autres cons. Ils s’apaisent non en résistant contre le tyran, mais en se soumettant, et en déchargeant sur d’autres la rage qui les ronge, souvent dans l’espoir de recueillir en fin de compte quelque prébende.

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Alors, que faire des cons dans des sociétés où beaucoup, ayant renoncé à devenir des sujets à part entière, n’aspirent plus qu’à devenir des cons parmi les cons? Ou, leur vie empoisonnée, ils sont déterminés à empoisonner celle de tous les autres?

Une chose est de faire preuve de bonté et de laisser les cons “entièrement libres de dire des conneries”.

L’autre est d’adopter une franche attitude de dédain aristocratique et de mépris, le silence.

Ou, pourquoi pas, les deux.

Source: Achille Mbembe

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