Franklin Nyamsi, Interprétation du poème monumental du Président Maurice Kamto «LE PROCÈS»

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Belle explication de cet excellent poème du Président Kamto!

Un poème (de prison) du poète Maurice Kamto :

LE PROCÈS

Ah ! Voilà donc le tribunal

Procession de croquemitaines déguisées d’hermines et de perruques moyenâgeuses

En vain ai-je cherché ici la Déesse-aux-yeux-bandés tenant ferme le glaive céleste dans l’axe de la balance

Il n’y a là, surplombant la scène de l’obscène parodie, que le portrait d’un roué marionnettiste

Il veille en silence

de l’écrasante pesanteur de son absence

Justice au nom du peuple rendue

au nom du dieu trahie

Faites-moi grâce des prologues d’oiseuses éloquences,

des effets de manche de vos robes rouges rougies de lâchetés et de mensonges :

je plaide coupable

D’avoir cru que les lumières fragiles du premier matin annonçaient les temps de notre marche triomphale

je plaide coupable

D’avoir cru au croisement des cœurs tels les bois d’une charpente faîtière

je plaide coupable

D’avoir cru que ces visages hâves sur les ombres en ruine

ces gens de peu, de rien, ces meurt-la-fin obscurs auraient leur place à la table

je plaide coupable

D’avoir cru que l’aube nouvelle accoucherait d’une force nouvelle chérissant la liberté éclose sur la fleur du sang sacrificiel

je plaide coupable

D’avoir foulé au pied totems et tabous d’un mythe crépusculaire

je plaide coupable

Je récuse les déserteurs qui congédient la lutte

les démissionnaires qui font grief aux intempéries, à la topographie tourmentée du terrain de combat

Je plaide l’inaccoutumance à l’éblouissement d’un mauvais soleil qui calcine les terres pauvres des pauvres ;

aux fatuités qui arrachent à l’audace, fragment après fragment, sa dignité

Je retiens ma main pour ne pas tirer le sabre

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il frapperait immanquablement

Et puisqu’à toute force il faut à cet autel des citoyens-émissaires,

sévissez ! justice expiatoire où le Malin a charge d’exorciste

Performez vos rites fétichistes sous les néons de la république démonisée

Rendez, impitoyables, votre sentence

Qu’il n’y soit rien retranché

même pas le baiser de la mort voluptueuse aux lèvres désireuses

De quoi tremblerait la main judiciaire de l’Injustice qui fanfaronne du haut de sa munificence ?

Au bûcher des libertés crépite la parole libre

Entends ce concert de lâchetés sonnant l’hallali de notre damnation

Mais, résiste l’insoumission

Les pandores chargent l’Accusation surchargent

Mais, résiste la conviction

La Justice, à genoux, agonise en transes baveuses de remords sur son serment oublié

Justice-demi-lune qui garde rivés au ciel les regards assoiffés qui espèrent la Grande Dame en plénitude

Son temps viendra

Justice délabrée sur les chemins incertains de notre chute souveraine. Justice embastillée

Je lis en toi une contrée magnifique dans le pays nouveau qu’esquisse notre lutte

Dis ton verdict ultime au creux de mon oreille

lors même que je serais à l’orée du monde de la nuit indéchiffrable où toute lumière s’éteint

Ton temps viendra

dans un ciel raturé de colère

où la multitude se dressera pour délivrer la Captive

Ton temps viendra.

Maurice KAMTO

Prison Principale de Yaoundé

16-18 juin 2019

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