Cameroun : Le temps des hommages

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A travers l’Afrique francophone, la jeunesse ne s’oppose qu’à une seule chose : L’éternisation au pouvoir. Les jeunes Africains ne veulent plus de ces présidents qui s’accrochent au pouvoir.

C’est une donnée politique/scientifique suffisamment important pour mériter que l’on s’arrête un instant au Cameroun, quelle que soit notre propre chapelle politique, pour rendre un vibrant hommage à deux professeurs d’université qui ont su taire leurs propres égos pour laisser émerger les deux personnalités qui ont, chacun à sa façon, fait bouger les lignes dans notre pays pendant les deux dernières années.

Il s’agit des professeurs Alain Fogué et Prosper Nkou Mvondo. Ces deux personnalités se seraient comportés comme ces anciens et vieux « propriétaires » de partis politiques qui nous envahissaient jusque-là que les hommes politiques Maurice Kamto et Cabral Libii n’auraient pas pu émerger sous la forme que nous connaissons aujourd’hui.


J’entends souvent certains dire que c’est Kamto qui a créé Fogué. C’est archi-faux ! C’est Fogué, professeur de stratégie, qui a créé l’homme politique qu’est devenu Kamto. Il faut dire qu’au gouvernement, Kamto était technocrate et non politique. C’est Fogué qui a créé le parti qui est devenu MRC en 2013. C’est Fogué qui a bien voulu céder sa place de président à Kamto pour un meilleur rayonnement de ce parti.

Ce que vous devez savoir et féliciter, c’est que Fogué, le stratège, a porté ce projet dans son sac depuis 2008 comme tout porteur de projet. Avant Kamto, il a rencontré plusieurs autres personnalités qui n’ont pas cru en son projet. Ce n’était pas du tout un projet d’ethnofascisme. Je peux révéler que Fogué a proposé à Joshua Osih d’utiliser cette plateforme pour se porter candidat en 2011.

Mais, ce dernier a préféré renouvelé sa loyauté à Fru Ndi. Alors que Bernard Njonga était au plus haut de sa popularité dans la société civile (ACDIC), il lui a proposé de porter le projet MRC. Njonga a juré à cette époque qu’il ne fera jamais la politique.

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Il faut bien dire que les MEON étaient ses amis et soutiens jusqu’à ce qu’il propose à Kamto, ministre démissionnaire, de porter le projet. Kamto sauta sur l’opportunité (il faut dire que l’opportunisme est permis en politique). MEON prendra ses distances. On peut imaginer pourquoi : la haine viscérale entre Kamto et son père Joseph Owona. Cette concurrence entre universitaires est devenue une affaire de tribus. La vérité dans cette affaire est que Fogué n’a pas créé le parti pour Kamto. Beaucoup d’autres personnalités auraient pu, si elles croyaient en la jeunesse, être à la place de Kamto aujourd’hui. D’ailleurs entre 2008 et 2012, lorsque l’on voit comment Kamto se comportait au gouvernement (avocat de l’éternisation au pouvoir et expert de la fermeture du régime), on voit mal comment il aurait pu penser à challenger Biya (je répète que l’opportunisme n’est pas un défaut en politique). Ceci est le point de discorde entre Fogué/ Kamto et l’élite politique. Je peux vous dire aussi que Fogué, MEON, BIBOU NISSACK, Cabral, etc., étaient tous ensemble à cette époque. Personne n’est donc un inconnu dans ce groupe. Mais, c’est un autre sujet.
Quant à Prosper Nkou Mvondo, il aurait pu se porter candidat à la présidentielle d’octobre 2018. Il remplissait les conditions. Mais, il a préféré donné sa place à un jeune sans expérience qu’il s’est attelé à former. Il a su déceler le potentiel du jeune. Quoi que l’on pense, Nkou Mvondo a réussi aujourd’hui à fabriquer un jeune homme politique. Que ce dernier parte ou non du parti Univers, il a un père qui semble très bien comprendre le désir d’émancipation de son fils. Quoi que l’on pense, Cabral est une troisième voix. Il existe une majorité silencieuse au Cameroun qui veut le départ de Biya certes, mais pas à n’importe quel prix. Une grande majorité de Camerounais ne veut pas de la haine comme approche de transition. L’opposition Kamto/Owona a conduit le Cameroun au bord du génocide. Il y a des Camerounais qui rejettent les deux camps. Cabral, un espion? C’est un discours du sous-quartier. Il n’y a personne en politique qui ne soit espion d’une certaine façon. En politique, les alliances se nouent et se dénouent. Toutes les alliances ne sont pas rendues publiques et ce, dans tous les camps. Par exemple, les accords de financement politique et les contre-parties. Aussi, certains font comme si l’on peut fabriquer celui qui n’a pas de talent. Reconnaissez d’abord le talent de Cabral qui est en train de réussir là où d’autres, au rang desquels des milliardaires, ont échoué.
Je voulais juste relever que 2018 a été différents de ce que nous vivions au Cameroun jusque là.

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Par exemple, les vieux qui avaient moins d’aura comme les Hubert Kamgang ne laissaient pas émerger des jeunes comme Olivier Bilé pour porter la voix du panafricanisme africain sur des sujets aussi importants que la politique monétaire. Ils préféraient porter eux-mêmes avec des méthodes parois archaïques, conduisant à la dérive de la cause. L’on a vu d’autres vieux en 2018 comme Jean Monthé laisser un jeune pasteur utiliser leurs partis pour se porter candidat.

C’était nouveau. C’est une nouvelle donne que nous devons encourager.
Je soutiens ici qu’il n’y aura pas de démocratie dans nos pays sans démocratie dans nos partis politiques et associations. Nous avions jusque-là des gens dont les partis ou associations étaient leurs propriétés privées. Il faut que cette logique évolue pour redynamiser la scène politique et la société civile.

C’est en prélude à l’avènement de cette nouvelle donne que j’ai tenu à féliciter Alain Fogué et Prosper Nkou Mvondo qui, sans faire la grosse tête, ont cédé leurs places à ceux qui avaient un meilleur profil qu’eux. Même si nous ne sommes pas d’accord sur beaucoup de sujets, leurs gestes méritent de retenir notre attention. Ainsi doit aller la démocratie.
Bon weekend !

Source: Louis Marie Kakdeu

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