L’histoire des appels tribalistes au Cameroun : l’appel des élites du mfoundi

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Émeutes de 2008. En février, «les fils et filles» de ce département ont
menacé d’expulser “ les prédateurs venus d’ailleurs”.Fin février 2008, alors que le Cameroun panse ses plaies suite aux actes de violence perpétrés sur l’ensemble du pays, et qu’on a fini par appeler «émeutes de la faim», les élites du Mfoundi se réunissent et publient un
pamphlet.

La réunion s’est déroulée dans l’après-midi de vendredi 29
février 2008 à la maison du parti, non loin de la voirie municipale de la
ville de Yaoundé. Elle avait été convoquée par les membres de
l’Association fraternelle pour l’entraide et la solidarité des élites du
Mfoundi (Asfesem), sous l’instigation d’André Mama Fouda, élite du
département et ministre de la Santé publique.

Parmi les participants, on pouvait distinguer Charles Etoundi, Cécile
Bomba Nkolo, Jérôme Emilien Abondo, Antoine Depadoue Essomba Eyenga, Marie Madeleine Fouda, Martin Aristide Okouda, Emile Onambélé Zibi, Anastasie Mbongo, Sylvie Okeng, Beaufort Essomba, Jeanne Ottou.

Des personnalités comme Gilbert Tsimi Evouna, Laurent Serge Etoundi Ngoa, Augustin Edjoa n’étaient pas dans la salle. On dira plus tard que Tsimi Evouna était occupé à une autre réunion.

A travers cette rencontre, les élites de ce département comptaient prendre position sur le climat délétère qui régnait au Cameroun à l’époque des faits. Pour eux, il fallait dénoncer ce qui s’était passé à Yaoundé et peut-être donner encore envie à Paul Biya de se vanter, comme en 1991 lorsqu’il disait “tant que Yaoundé respire, le Cameroun vit “.

Effectivement, au terme de la réunion, une déclaration est rendue
publique. Les termes utilisés échappent à tout esprit républicain et ne
prônent pas le au vivre-ensemble. Extraits : «Nous invitons fermement les prédateurs venus d’ailleurs, de quitter rapidement et définitivement notre sol. Car, ils n’y seront jamais en sécurité. (…) Les forces vives du
Mfoundi ont de nouveau revêtu la tenue de combat de leurs ancêtres.
Lesquels ont résisté longtemps à la pénétration européenne». Ils disaient aussi qu’il soit « entendu que désormais, nous répondrions aux coups par coups.

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A partir de maintenant, oeil pour oeil dent pour dent», avaient-ils
menacé. La coupe est donc pleine. Les médias se chargent du reste.

D’abord la Crtv et Cameroon Tribune, qui publient la déclaration avec emphase. Mama Fouda trouve même utile de convoquer à sa résidence une équipe de Crtv Télé pour leur expliquer le bien-fondé de la déclaration. La pilule est décidément trop amère pour être avalée. L’indignation s’installe. La classe politique et la société civile dénoncent.

L’affaire enfle. Les défections des signataires s’enchainent. C’est dans
ce registre que Gilbert Tsimi Evouna, signataire du document (bien qu’il
n’était pas dans la salle) fait une sortie : en substance, il se
désolidarise de cette déclaration. Il dénonce « le ton quelque peu
belliqueux de ladite déclaration», et veut « rassurer toutes les
populations de la cité capitale, indépendamment de leur appartenance
ethnique, politique ou religieuse, qu’elles sont chez elles à Yaoundé ».
L’affaire s’est donc évaporée d’elle-même sans qu’une sanction ne soit
prise.

Jamais le Rdpc en tant qu’ entité n’a daigné prendre une position
officielle. André Mama Fouda, le principal instigateur de cette
déclaration est toujours au gouvernement. Les auteurs de l’appel de la
Lekié ne courent donc aucun risque….

© Le Jour : Younoussa Ben Moussa

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