Dr Bernard Momasso: « Je pense que messieurs Maurice Kamto et Cabral Libii nous ont donné un peu d’espoir. Concrètement parlant, voici quelques idées »

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« The force of experience ». Telle était la traduction Anglaise du slogan du président sortant, S.E Paul Barthélemy Biya’a bi Mvondo, lors des dernières élections présidentielles. Cette traduction médiocre de “La force de l’expérience”, illustre parfaitement ce qu’est devenu le Cameroun. Après 58 ans au pouvoir, le RDPC (UNC) et la machine gouvernementale ne sont toujours pas sensibles aux griefs linguistiques des citoyens Anglophones du Cameroun. Comment expliquer une telle bévue étant donné que l’actuel Premier Ministre, S.E Yang Philémon, ancien doyen du corps diplomatique au Canada, est originaire de Bui (Nord-Ouest du Cameroun)? Les Anglophones n’ont-ils pas droit à une traduction exacte ? Était-ce la une erreur ou alors un message subliminal ?

Le Cameroun est dirigé aujourd’hui par une gérontocratie, qui serait plus intéressée aux rennes du pouvoir qu’au développement durable. Un pays aussi riche en matières premières, avec une jeunesse dynamique et éduquée, ne devait pas se trouver à faire du sur place 58 ans après son « indépendance ». Essayons de répertorier le bilan de cette force de l’expérience :
• Infrastructures routières presque non existantes
• Coupures d’électricité et d’eau incessantes
• Access précaire aux soins de santé
• Corruption
• Instabilités régionales
• Etc.

J’aimerais ici féliciter le Président Biya pour sa victoire électorale. A supposer, pour un moment, que ladite victoire ait été légitime, force est de conclure que l’électorat est vraiment satisfait de ce bilan, des conditions de vie actuelles, de l’état des routes. Sinon comment expliquer un tel succès électoral ?

Je ne prétends point connaître le Président Biya. Je ne prétends pas connaître les raisons qui le poussent à vouloir être Praeses Vitae. Mais je connais son premier Ministre Yang Philémon.

Ayant fait mes études au Canada, j’ai côtoyé Mr Yang pendant plusieurs années, en sa capacité d’Ambassadeur (Haut-Commissaire) du Cameroun au Canada. Il était une personne humble, proche de ses concitoyens, serviable, curieux, toujours à l’écoute. Ils nous invitaient à sa résidence lors des fêtes de fin d’année. Nous jouions souvent au football (le 2-0) les weekends. Nous passions des heures à discuter de tout et rien. Sans rentrer dans certains détails, je croyais connaitre sa pensée, ses idées pour une meilleure gouvernance, pour un Cameroun prospère.

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Je m’étais réjouis lorsque j’ai appris que Mr Yang avait rejoint le gouvernement de Paul Biya. J’ai cru que les choses allaient changer. J’ai cru qu’il allait apporter ses idées brillantes à la machine gouvernementale pour faire avancer le pays. Je ne sais pas si ses idées ont été rejetées, ou si elles n’ont pas été présentées, ou (si tout simplement) elles n’ont pas pu être mises en pratique. Mais, grande est ma déception de constater que, 9 ans plus tard, le Cameroun n’a pas beaucoup changé. J’étais à Yaoundé à la fin du mois de Septembre 2018, lorsque la campagne électorale battait son plein. J’ai été très impressionné par l’énergie des campagnes diverses, par l’enthousiasme des uns et des autres, par la liberté d’expression qui semblait régner. Je suis reparti très encouragé, me disant que cette fois, le Cameroun allait franchir le Rubicon de la démocratie.

Mon enthousiasme a été de très courte durée. Quelques jours après les élections, accusations de fraude électorale, intimidation, messages à caractère tribaliste empoisonnèrent les réseaux sociaux. Comme si cela n’était pas suffisant, le Conseil Constitutionnel a attisé les passions, par ses décisions de non-recevabilité de certaines requêtes des partis de l’opposition. Toujours est-il que les événements qui ont suivi ont plongé la société dans une tourmente multidimensionnelle. Certaines familles et certains amis, pour éviter d’empoisonner leurs relations, évitent d’aborder certains sujets à caractère politique.

Le Cameroun souffre de plusieurs malaises dont : Les séquelles de la colonisation Française, le tribalisme (et l’amalgame entre parti au pouvoir et machine gouvernementale), la corruption (sans impunité pour certains), pour ne citer que ceux-là.

Les séquelles de la colonisation : Lorsque l’on compare les pays d’Afrique noire, on constate une grande différence entre les pays anglophones et francophones. Il faut visiter les pays comme le Ghana, Nigeria, Kenya, pour constater les avancées politiques et socio-économiques. Est-ce à cause de l’ indirect rule du système colonial Britannique? Je ne prétends point ici que les pays que je viens de citer sont parfaits. Mais, ils ont certains acquis importants à savoir : Les infrastructures (routières et aéroportuaires, électricité, eau, etc…), les élections (présidentielles et autres) assez potables (nous avons récemment vu ce qui s’est passé aux dernières élections présidentielles au Kenya), un développent économique assez robuste.

Le tribalisme (et l’amalgame entre parti au pouvoir et machine gouvernementale) : Il est impossible, aujourd’hui de distinguer le RDPC de la machine gouvernementale. Certains bureaux de la fonction publique se vident lors des campagnes électorales, parce que les dits fonctionnaires doivent aller battre campagne au nom du parti au pouvoir. L’on peut aussi constater que certaines régions ont un attachement à caractère tribaliste au RDCP et au Président Biya.

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La corruption : La corruption existe bel et bien au Cameroun. La fameuse Opération Épervier, lancée en 2006 par l’ancien Premier Ministre Éphraïm Noni, a ironiquement fourni comme résultat l’arrestation de ce dernier en 2012. Nous savons aussi que des anciens ministres et dirigeants d’entreprises publiques ont ainsi été arrêtés et condamnés. Malgré cela, la corruption continue.

Le Cameroun se porte mal, très mal d’ailleurs. Sans parler de la crise Anglophone, il existe aujourd’hui une certaine tension. Le Cameroun est une poudrière. A mon avis, la raison principale pour laquelle le Cameroun n’a pas encore explosé peut être attribuée à l’apathie de la classe moyenne. Cette dernière est assez confortable et comme dit le vieux dicton, la bouche qui mange ne parle pas.

Le Cameroun est un patient atteint d’un cancer généralisé, donc l’option chirurgicale n’est plus possible. La seule option viable est une chimiothérapie intense.

Comment rebâtir notre pays
Rome n’a pas été bâtie en un jour. Mais il faut commencer. Il nous faut des hommes politiques courageux, non corruptibles, prêts à se sacrifier pour le bien-être de leur pays, pour un avenir meilleur pour les générations à venir. Je pense que Messieurs Maurice Kamto et Cabral Libii nous ont donné un peu d’espoir. Concrètement parlant, voici quelques idées.

1. Retourner à la constitution pre-1972 et transformer le Cameroun en une fédération de 10 provinces/états, abolir ELECAM et la Cour Constitutionnelle.
2. Tout en reconnaissant que le rôle du gouvernement fédéral n’est pas de créer les emplois, il va donc falloir créer un environnement propice au développent et création des PME.
3. Baisser ou abolir les tarifs douaniers
4. Créer un organe indépendant responsable des infrastructures et des marchés publics.
5. Établir un parlement fédéral dont les parlementaires et sénateurs sont élus et issues de chaque province.
6. Encourager la transformation des matières premières sur place car un pays qui ne produit rien est à la merci des bailleurs de fonds internationaux.
7. Encourager l’usage de l’énergie solaire. Il est beaucoup plus facile et moins cher d’installer des panneaux photovoltaïques que de construire un nouveau barrage hydroélectrique. Ceci permettrait donc de rediriger la production/consommation d’énergie vers les industries locales, et le développent de la technologie de l’Energie Solaire.
8. Limiter le mandat Présidentiel à deux (2) mandats de 5 ans consécutifs
9. Abolir le Franc CFA et créer une monnaie locale indexée.
10. Retourner la dépouille du Président Ahidjo au Cameroun. Quelque soient les erreurs commises par Le Premier Président du Cameroun, le retour de sa dépouille signalerait un changement de direction, et un geste hautement symbolique.

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Paix, Travail, Patrie. Regardons-nous dans un miroir. La paix règne-t-elle vraiment au Cameroun aujourd’hui ? Nos jeunes, qui sont prêts à faire leur part, travaillent-ils vraiment à leurs pleines capacités ? Que reste-t-il de note patrie au vu de ce qui se passe dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest ?

Une chose est certaine. Le statu quo est intenable. Les choses doivent changer. Aucune répression politique/militaire/policière ne sera suffisante. Ces dernières élections ont changé le Cameroun à jamais. Il importe à nos dirigeants de profiter de ce vent de changement.

Dr Bernard Momasso

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