Le Nom Ngui’i et le DZONGOLAND

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Regardez bien les hommes et les femmes qui assistent à cette céremonie, ils ont une chose en commun, nous avons tous une chose en commun nous nous sentons humiliés. Humiliés par un vieil homme qui n’a de consideration ni pour nous, ni pour eux – ils le savent – ni pour leur pays, ni pour l’Afrique ni pour l’Homme Noir. L’Homme Noir a connu plusieurs types d’humiliations avec l’esclavage et la colonisation mais celle que nous vivons ce jour, même les racistes de l’apartheid ne l’avaient pas imaginé; celle de la destruction de l’Homme Africain par l’intérieur: le “Dzongo”!

Le Dzongo est cette figure mythologique chez les Betis du Cameroun qui fait pourrir tout ce qu’elle touche.

Ceux qui savent disent que nous sommes sous l’emprise du “Dzongo”. Tous ces jeunes hommes hommes forts, beaux et intelligents; toutes ces jeunes filles, belles, intelligentes doivent faire profil bas, éviter de montrer “qu’ils connaissent trop” cacher leurs capacités voire les anéantir pour accepter d’être des “riens” car c’est la seule manière d’exister dans ce Dzongoland où on ne saurait être sans faire allégeance à la bête. Toute cette cour, ces ministres, ces directeurs, ces généraux, ces gardes… savent qu’ils doivent être des “riens” pour avoir cette petite place, ces petits privilèges. Etre “rien” pour être “quelqu’un” tel est le destin qu’ont vécu ces corps noirs pendant plus de trois décennies, des corps d’africains à l’image ce corps sans vie de l’évêque repêché du fleuve à qui on a enlevé toute sa sacralité.

Sept ans encore à vivre comme un rien qui n’est pas en mesure
de s’épanouir comme les jeunes, les hommes et les femmes sous d’autres cieux quoiqu’on en dise, sans avoir à offrir de leur corps quand ils aimeraient offrir leur cerveau. Sept ans encore à subir le regard de ceux qui ont réussi à s’extirper des griffes du “Dzongo”, qui narguent sans avoir à dire quoique ce soit, provoquant une haine de soi et de tous, sauf une haine de la bête qui a réussi à s’installer dans notre intérieur au point de devenir une seule et même chose.

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Ainsi le Dzongo se nourrit de cette castration et de ce viol qui a vidé les êtres pour en retour les habiter en se clonant à travers des millions de camerounais devenus à cause d’un seul homme, un monstre à plusieurs têtes.

Jean Pierre Bekolo, Cinéaste

 

Titre: icicemac.com

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