RUBEN UM NYOBE ET LES INDIGÈNES – A propos du monument de Douala – vers les « Bissimba »

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Ruben Um Nyobè est le premier Camerounais dont la production intellectuelle et la pratique politique ont consisté à donner un socle culturel, symbolique, éthique et politique commun à l’espace qu’on nomme le « Kamerun »/ »Cameroon »/ »Cameroun ». C’est le premier dont la réflexion s’est efforcée de faire en sorte que le mot « Cameroun » ne renvoie plus seulement à un espace géographique mais aussi et surtout à une somme d’idées et de valeurs que les populations qui vivent dans cet espace auraient en commun et qui leur serviraient de repères. Um a pensé le Cameroun comme un projet de civilisation, pour le dire en un mot. Cela au moment même où l’administration coloniale française travaillait (avec tous ses moyens de propagande) à mettre dans la tête des « indigènes » que le Cameroun n’était rien d’autre qu’une juxtaposition d’ethnies et de « races », incapables de vivre ensemble sans la médiation d’un tiers « salvateur » qui ne pouvait être que le pouvoir colonial lui-même.

La pratique et la pensée politiques de Um pourraient se résumer à ça: établir les bases mémorielles, culturelles, symboliques, éthiques et politiques susceptibles de servir de fondement à un projet de civilisation que les Camerounais travailleraient à réaliser eux-mêmes et pour leur propre compte. Dans cette perspective, la Réunification et l’indépendance elles-mêmes devenaient non pas des fins en soi mais les premières étapes de ce processus de « reprise de soi » ; des conditions préalables pour la mise en oeuvre du reste.

Ses écrits en témoignent et ils sont disponibles ; cette fois, il ne sera donc pas possible de brandir l’alibi selon lequel « on cache leur histoire aux Camerounais ». Même après lui, je ne vois pas un autre homme politique camerounais qui se soit essayé à un tel exercice. Il n’y a même pas beaucoup d’intellectuels qui se soient lancés dans une telle voie. Il n’y a pas beaucoup de pays africains qui peuvent se vanter d’avoir bénéficié hier (et aujourd’hui encore) d’un tel travail critique et prospectif auquel ils pourraient se référer pour se construire et se donner une identité politique et culturelle cohérente.

Que des gens considèrent un tel homme, dans son propre pays, comme le héros d’un groupe ethnique ne peut relever que de la névrose. Que 60 ans après sa mort, des gens se lèvent à Douala, dans la ville où l’UPC est née, pour s’opposer à la construction d’un monument à sa mémoire, parce qu’il ne serait pas un « fils du village », ça ressemble à ce qu’on appelle en bassa « bissimba ». Les « Bissimba », ce sont des phénomènes étranges et insolites dont on dit qu’ils commencent généralement à se produire lorsqu’un grand malheur va s’abattre sur une communauté. Ce sont des présages funestes ; les signes annonciateurs d’un désastre..

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Dieu veuille qu’il n’en soit pas ainsi et qu’au final, ce soit simplement une affaire d’indigènes qui auront voulu empêcher l’érection d’un monument de pierres, en se perchant sur un monument d’idiotie !

Yves Mintoogue

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