LE SYNDROME D’AHALA

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En élaborant et en lançant le projet d’une escroquerie estimée désormais à plusieurs milliards de francs CFA, les membres de la Mission d’intégration et de Développement pour l’Afrique (MIDA), avaient bien observé la société camerounaise, le matérialisme qui a envahi cette société, les attentes et la détresse des jeunes, et la croyance que même les solutions miraculeuses et irrationnelles peuvent aider à sortir de la misère ou à s’enrichir. C’est pour cela que l’appel à vigilance du gouvernement camerounais face aux vendeurs d’illusions de fortune risque d’être difficilement entendu.

Dans une société camerounaise qui accorde de plus en plus de l’importance aux réseaux, aux sectes d’origine étrangère, qui aurait pu se méfier d’un organisme dont les sigles et les armoiries étaient truffés de signes cabalistiques. Dans l’imagerie populaire, les sectes, loges et ordres mystiques sont dotés de puissance d’influence mais aussi de moyens énormes. La référence à Malte, à sa croix qui parsemait les toges portées par l’équipe dirigeante du MIDA ont « fermé les yeux » de ceux qui se seraient posés la question sur l’origine de cet argent que de prétendus bienfaiteurs envoyaient pour venir en aide aux jeunes Camerounais.

Qui parmi les jeunes qui s’inscrivaient aurait pu se poser la question sur le bien-fondé de cette mise de départ multipliée par dix, eux qui s’agglutinent toutes les deux semaines aux guichets du loto sportif ou du Pari mutuel urbain, en espérant trouver la combinaison qui donne des millions. Aux guichets du MIDA, on n’espérait pas, on attendait seulement deux semaines après un semblant de formation pour passer à la caisse.

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Il fallait être vraiment très vigilant pour mettre en doute la légalité de la MIDA et de son action dès lors que les autorités tant préfectorales qu’éducatives participaient à ses cérémonies assises au premier rang. Et lorsque les dirigeants de la MIDA étaient escortés et même gardés par les forces de l’ordre, parfois avec sirène et gyrophare, il fallait être un irréductible sceptique pour penser que l’État et le Gouvernement ne parrainaient pas l’opération.

Vigilance, Vigilance. Pour y arriver, il faut absolument une vigie, c’est-à-dire une personne qui, placée au-dessus du lot guide, oriente et évite des écueils, notamment à une jeunesse tentée par la facilité. Il y a encore cinq décennies, dans les familles camerounaises on s’interrogeait sur l’origine de l’argent abondant et subit. S’agissait-il du produit d’un crime ou la prime de l’intégration dans une secte?

Aujourd’hui, en observant autour de nous, on constate que l’interrogation sur ces fortunes soudaines et surprenantes porte plutôt sur le circuit à suivre pour décrocher le gros lot. Beaucoup de jeunes ne croient plus à l’argent produit du travail et de l’effort. Et les prescripteurs qui assuraient le rôle de vigie ne sont plus audibles que si eux-mêmes disposent d’une surface financière suffisamment large pour répondre aux sollicitations et aux attentes de jeunes en quête de beaux habits, de gadgets coûteux ou simplement d’argent pour régler les frais de scolarité.

Nous essayerons d’être vigilant. Mais celui qui doit prioritairement prendre garde, c’est assurément Paul Biya. La place qu’il occupe volontairement ou involontairement au centre de la vie camerounaise fait de lui le bouc émissaire de nos défaillances et de notre naïveté, mais aussi le commanditaire présumé des exactions et même des opérations mafieuses. Lorsque l’affaire de MIDA s’est enclenchée, certains de ses responsables ont fait circuler l’idée selon laquelle c’est le président de la République en quête de financement pour sa campagne qui aurait monté cette pyramide de Ponzi.

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Tout comme aujourd’hui beaucoup de souscripteurs aveuglés par les promesses de gain mirobolants n’acceptent pas que la MIDA n’ait été qu’un miroir aux alouettes. Dans une réaction qui ressemble fort à ce syndrome de Stockholm qui vit dans les années 70 les victimes d’une séquestration défendre leurs geôliers, les souscripteurs spoliés d’Ahala défendent ceux qui viennent de les escroquer.

La détermination des responsabilités, la fermeté dans les sanctions mais surtout une stratégie payante de récupération des fonds collectés et de remboursement des souscripteurs devraient fixer dans l’opinion ceux à qui profitent réellement le crime économique d’Ahala. Paul Biya qui n’y est pour rien et qui, objectivement, n’avait nul besoin de ce scandale à quelques mois de l’élection présidentielle qui verra la participation de millions de jeunes. Ou tous ceux qui opèrent en toute illégalité en faisant croire que l’État, le RDPC et le Président sont avec eux.

 

 Antoine Ahanda

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