Les images de l’humiliation dans l’engagement politique au Cameroun : Dr Basile Atangana Kouna et Marafa Amidou Yaya dans la nasse humiliante du président Biya

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Les images de l’humiliation dans l’engagement politique au Cameroun : Dr Basile Atangana Kouna et Marafa Amidou Yaya dans la nasse humiliante du président Biya – Kamto n’y échappe pas.

Ces images, chacune à sa manière illustre le tragique et le ridicule de l’engagement politique dans notre pays. En relisant Durkheim et tous les théoriciens du contrat, nous découvrons que l’engagement politique au Cameroun est loin d’être la volonté et le pouvoir qu’on se veut d’organiser la coexistence entre les individus. Alors même que construire la coexistence, que ce soit à travers le contrat, la communauté, la société, l’association est une nécessité, une urgence pour toute société humaine. Au Cameroun, ce travail est un long chemin d’humiliation à la fois par le haut et par le bas.

Maurice Kamto mange le maïs

L’espace public camerounais est verrouillé par le haut par le système gouvernant qui sert à ses opposants matraque, camion à jet d’eau, bastonnade publique, interdiction à organiser tout rassemblement… Que restent-ils à ces opposants comme espace d’expression ? Tout simplement rien, sinon ce que nous pouvons voir ici avec Maurice Kamto, acheter le maïs chez la vendeuse du coin de la rue pour donner l’impression d’être au contact du peuple. Par le bas, le peuple considère l’engagement politique comme un acte égoïste d’accomplissement de soi. « C’est sa part là-bas » dit-il, et il vous demande et vous veut le plus ridicule possible, pieds nus dans la gadoue, ou encore voir de paisibles pères de familles se prosterner devant un buste inerte, inanimé, sans âme ! Nous sommes là en face de l’humiliation durkheimienne c’est-à-dire la perte objective de tout statut pour celui qui y est exposé à la fois par les tenants du pouvoir dit gouvernant et le peuple pour lequel il veut s’engager.

Mama Fouda Ministre de la santé du Cameroun

L’humiliation est une manière pour l’État central et ses gestionnaires d’as-servir, de dés-humaniser à la fois celui qui s’engage et ceux pour qui il s’engage. Pour le bas, lui-même des-humanisé, il cherche une tête de turc, une tête à claque comme on a pu le voir cette fin de semaine avec le ministre camerounais de la santé hué à sa descente d’avion à Nsimalen, accueilli par des cris « voleur, voleur, prison à toi Mama Fouda » ou encore pour l’ancien ministre de l’eau et de l’énergie Dr (comme il aimait si bien se faire appeler) Basile Atangana Kouna présenté comme un colis encombrant dont il faut rapidement se débarrasser, un vrai chimpanzé pourri, ebolowo’o.

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Le coût de l’humiliation est douloureuse
Toute humiliation est une remise en cause de soi, elle provoque une crise identitaire, on passe de ministre à fugitif, « je ne suis pas reconnu pour ce que je suis, donc il y a un problème et même un doute quant à mon identité ». Le pouvoir et le peuple provoquent chez celui qui s’engage en politique subjectivement, une crise passionnelle et identitaire bien coûteuse.

Une simple logique socio-politique, nous montre que le repli sur soi de celui qui s’engage en politique, est une quête de protection de ce qui lui reste comme dignité, c’est le sens de la fuite d’Atangana Kouna, c’est le sens de la production épistolaire de Marafa Amidou Yaya et les autres. Les larmes du professeur Dieudonné Oyono comme celles de Chief Inoni en son temps, le désir de mort de Cathérine Abena peuvent-ils inverser l’opinion publique ? Peuvent-ils se retourner contre le pouvoir gouvernant ?

Au Cameroun il est difficile d’y apporter une réponse pour le moment. La volonté des humiliés dans les gestes de désespoir qu’ils posent, est à la fois de solliciter la pitié et ensuite de mobiliser. Après la mobilisation viendra sans doute le temps de nouveaux martyrs, car si le ministre Engoulou est décédé en prison, si l’ambassadeur Jérôme Mendouga est décédé dans une relative indifférence, il n’est pas certain que l’humiliation d’aujourd’hui ne soit pas dans l’avenir productrice d’une prise de conscience contestataire et déviante. Elle produira certainement aussi de la sympathie voire de l’apitoiement, des jeux sociaux fondamentaux finalement.

Sommes-nous condamnés à vivre dans cette perpétuelle humiliation ?

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Nous sommes en face d’une pathologie gouvernementale au Cameroun et qui dit pathologie dit nécessité des soins, une thérapeutique et c’est au peuple collectivement de la trouver. Cette pathologie à laquelle le Cameroun fait face aujourd’hui vient de l’incapacité qu’a le peuple camerounais à faire un tout homogène dans son désir de liberté et d’épanouissement. Il ne réalise pas qu’il n’y a

Rosette Mboutchouang

de bonheur particulier que puisé dans le bonheur collectif, l’inverse n’est pas possible. L’addition des égoïsmes ne peut pas être un bonheur, ce n’est pas possible. Les ethnies du Cameroun, manipulées par des élites vides de propositions très souvent ont jusqu’ici manqué leur entrée massive dans la République.

Le système gouvernant l’a compris et joue là dessus. Quand on manque une porte comme c’est le cas en ce moment, il y a mille et une solutions. Il faut faire marche arrière et tenter de retrouver la bonne entrée. Il est urgent que les Camerounais se donnent les moyens de traiter l’irruption des ethnies dans la République et dans la Nation qui sont deux concepts très différents. Ceci n’est pas quelque chose de dramatique et d’inacceptable, mais au contraire, le peuple camerounais doit banaliser cette irruption et ce donner la main pour avancer ensemble. Si l’on arrive à traiter cette entrée des ethnies dans la République et la Nation, alors, l’humiliation restera davantage au vestiaire.

En se mettant ensemble, les ethnies transformées en peuple produiront l’altérité qui manque aujourd’hui au Cameroun, les ethnies, ceux qui s’engagent en politique comprendraient qu’ils ne sont pas seuls dans l’humiliation institutionnelle et de la foule, celle dont parle Césaire et qui ne sait pas faire foule. Les ethnies mises ensemble se regarderont dans leur totalité c’est-à-dire en peuple et le pouvoir gouvernant ne pourra plus imposer l’humiliation comme mode d’être, comme propriété structurelle de se maintenir au pouvoir en mettant l’autre à l’écart.

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Il y a aussi, et c’est la seconde solution, un changement dans les instruments. Ce n’est pas ici une question de posture, mais une question de redéfinition des instruments concrets de gouvernance dans notre pays. Il existe un bon instrument de gouvernance nationale. Il a été inventé! Il est refusé pour le moment peut être parce qu’il vient de moi. Cet instrument c’est la déconcentration-décentralisation et non le retour au fédéralisme. Une bonne gouvernance déconcentrée et décentralisée, c’est une bonne recette contre l’humiliation.

Nous proposons un État unifié déconcentré et décentralisé avec des autorités locales qui ont une réalité politique propre. Qui a une capacité d’orientation et de choix. Les orientations locales peuvent être différentes de celles du pouvoir central représenté par les préfets et les gouverneurs de région qui doivent veiller à l’unité du pays. Je veux dire que les compétences exercées localement sont données par l’État central qui peut éventuellement les modifier, soit en en donnant moins, soit en en donnant plus (c’est la tendance contemporaine). Si, par exemple, les interventions dans nos localités se faisaient au nom d’un État unifié mais déconcentré et décentralisé, au lieu de se faire par la puissance d’un homme qui concentre en lui tous les pouvoirs, l’humiliation régresserait de manière fantastique.

Revenons à Durkheim: un ordre harmonieux, c’est un ordre dans lequel l’intervention de puissance régresse au profit de l’intervention solidaire. On passerait alors de la loi du plus fort à la loi du tous pour tous. On pourrait évidemment continuer, en décomposant les mécanismes diplomatiques pour trouver les manières de mieux faire… C’est ce que le président Biya n’a pas compris, ceteris paribus la prison, l’humiliation, les morts ne seront jamais une expiation libératrice dans un pays qu’il n’a pas contribué à bâtir c’est-à-dire qui n’existe pas finalement puisqu’il ne tient qu’à lui et de lui.

 

 

 

 

Vincent-Sosthène FOUDA – socio-politologue

 

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