LE CHANGEMENT PAR LES URNES EST-IL ENCORE POSSIBLE AU CAMEROUN?

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Beaucoup n’y croient pas. Ou plus.
D’autres ont d’ores et déjà pris les armes. Ils ne veulent guère des urnes. Ils exigent la séparation. Ils ne veulent plus faire partie de ce qu’ils estiment être la forme par excellence de l’anti-communauté – la “république (francophone) du Cameroun”.
Ils refusent le mariage forcé. Divorce, donc. Au besoin, pas du tout à l’amiable!
Dans le Septentrion, des formations armées, mais sans projet politique, sèment la terreur. Elles ont choisi le sabre.
D’autres encore rêvent du Grand Soir – un soulèvement populaire qui emporterait avec lui toute la fange et qui annoncerait la renaissance tant attendue. Ils n’en connaissent ni le jour, ni l’heure. Encore moins comment y arriver. Accroches au reve, ils attendent la venue d’un Messie, peu importe lequel!
Il y a aussi, il ne faut pas les oublier, ceux et celles qui estiment que tout est bien dans le meilleur des mondes. Que la republique est une et indivisible. Qu’il n’y a strictement rien à changer. Que l’idee même du changement est un anathème. Ils sont prêts à maintenir le statu quo. Par tous les moyens.
C’est vrai, parmi eux, certains ont beaucoup a perdre en cas de transformation radicale. Mais – et c’est peut-etre le plus enigmatique – nombreux sont ceux qui n’ont rien a perdre puisque, pour commencer, ils n’auront beneficie de rien. Mieux, tant que cela dure, leur condition ne changera guere. Rien a faire cependant. Pour rien au monde, ils n’echangeraient leur demon contre un autre.
La loi électorale est cynique, a l’image des systemes iniques. Elle prévoit un scrutin à un tour. Ce qui veut dire que le pouvoir peut etre devolu a quelqu’un qui, arithmétiquement, ne dispose que d’un soutien minoritaire.  Pas besoin de legitimite, donc. L’artifice suffit.
L’opposition légale (puisque désormais il en existe une autre qui ne l’est pas) est divisée. Que dis-je? Fragmentee. Pour toutes sortes de raisons, les unes plus futiles et plus irrationnelles que les autres.
L’expérience africaine récente nous enseigne pourtant deux ou trois choses qui valent partout, y compris au Cameroun.
Partout où un changement par les urnes a effectivement eu lieu, il a fallu que soient réunies au moins trois conditions.
Premierement, il a fallu que l’opposition s’unisse derrière un candidat unique, sur la base d’une plate-forme commune, dont l’un des buts majeurs était la réforme radicale du système politique lui-meme.
Une fois la victoire acquise, une telle coalition entreprend d’ouvrir plus largement le systeme politique, d’etablir des institutions independantes, d’approfondir la democratie, et d’empecher tout retour au systeme anterieur, qui etait taille a la mesure d’un tyran.
Deuxiemement, pour que l’alternance ait lieu, il a fallu qu’a cette force oppositionnelle viennent s’ajouter des fractions dissidentes au sein de l’establishment ou du parti au pouvoir.
Ce ralliement de franges du parti au pouvoir est essentiel, car il permet d’affaiblir le regime en place en dynamitant ses soutiens électoraux.
Aucune de ces conditions ne prévaut, pour l’heure, au Cameroun.
Nul ne peut garantir que les institutions chargees de la conduite des elections sont neutres. On ne peut guere compter sur les pseudo-observateurs internationaux. Ou sur les juridictions supremes que l’on sait infeodees a l’executif.
Davantage encore, aucun travail consistant n’est effectue en amont pour assurer un controle populaire des resultats, leur integrite et leur acheminement jusqu’au quartier general ou se deroule  le decompte final.
Pour le reste, et c’est peut-être la condition décisive pour arracher le changement, il faut un véritable mouvement social.
On ne parle pas d’éruptions spontanées, d’emeutes ou de poussees inorganisees et sans lendemain. On parle d’un mouvement social, c’est-a-dire des germes d’une coalition multi-ethnique, multi-classe, multi-confessionelle, multilingue, bref transversale, réunie  autour d’un gros argument politique et moral, d’un projet minimum et irréfutable, d’un objectif partage par toutes sortes de gens decides a payer le prix de leur engagement.
Un tel mouvement social existe-t-il déjà? Ou est-il en germination ou en phase d’auto-organisation?
Du point de vue des dynamiques internationales, il est vrai qu’il y a un climat de lassitude à l’egard du regime en place.
Ce regime serait franchement malmené par des forces democratiques crédibles et organisees en mouvement social qu’il aurait, en ce moment, beaucoup de peine à recruter des alliés sur le plan international.
Mais on sait d’autre part que dans ce genre d’affaires, les Etats ne sont pas les seuls acteurs. Les regimes les plus accules et aux abois n’agissent pas toujours avec sagesse et circonspection. Souvent, ils sont suicidaires. Ils sont prets a tenter le pire, puisque tout, soudain,  est a perdre. Alors ils choisissent l’escalade des la moindre revendication. Ils ont recours aux expedients.  Très vite, les choses peuvent devenir très “sales”. Et le cout en vies humaines fort eleve.
Reste l’armee. Mais s’agissant de l’armee en politique, il faut tout de suite reconnaitre que l’on n’est plus en démocratie!
De tous les candidats de l’opposition légale connus jusque-là, deux méritent d’etre pris au sérieux et d’etre écoutés.
Il s’agit du Bâtonnier Akere Muna et du Professeur Maurice Kamto.
Akere Muna a un projet et une plate-forme, et surtout une idée, “la nouvelle république “.
Du point de vue des dispositifs, Maurice Kamto a avec lui un parti politique.
Akere sera à Paris le 25 février 2018 au Cineart de 18h à 22h.
Il est parfaitement bilingue. Et donc, pas besoin de traduction.
Ceux d’entre vous qui vivez en France, vous aurez l’occasion de Ecouter en direct. Posez-lui toutes les questions que vous avez. Sondez-le au sujet de sa vision du changement désirable, des conditions pour y parvenir, des moyens de faire du Cameroun un pays a la dimension de notre temps.

Achille MBEMBE 

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