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Déclaration de guerre de Paul Biya: Venant Mboua: Moi, je ne suis pas d’accord.

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L’État du Cameroun, par la voix du président de la République, a déclaré la guerre – et la mène déjà – à ses propres ressortissants dans le nord-ouest et le sud-ouest, au prétexte de combattre des terroristes séparatistes. Moi, citoyen camerounais, je ne suis pas d’accord.

Je suis né au coeur des années 60, alors que mon père était en prison (pour la sixième fois, je pense). Je suis né et j’ai passé une bonne partie de ma vie, jusqu’à mon adolescence, en territoire de la Sanaga-Maritime. J’ai vu, de mes yeux d’enfant terrorisé, des soldats bastonner et humilier nos parents. Prises en tenaille par les maquisards (dans la plupart des cas de vulgaires bandits sans liens avec la politique) et les militaires du régime d’Ahidjo, nos populations étaient soupçonnées de tout par tous: les maquisards les soupçonnaient de collaborer avec les forces répressives et ces dernières les soupçonnaient de complicité avec les maquisards.

Le 15 août 1960, quelques années avant ma naissance, le village où vivaient mes parents, Botko, a fait l’objet d’une attaque armée. Les maquisards (proches de l’Upc, parait-il) ont assassiné le curé de notre paroisse, Jean Courtecuisse, de nationalité française, venu y passer la fête de l’Assomption comme un autre chef colonial, « le chef de la subdivision », venait y passer des vacances.

Dès le lendemain, le village fut envahi par des hordes de militaires qui ont copieusement tabassé le chef du village devant ses administrés avant de s’en prendre à ces derniers, maison après après maison, brutalisant les enfants, violant les femmes. Les populations ont pris le chemin de la brousse. Le village a été incendié par les militaires. Une décision de l’État a déporté les citoyens de Botko vers d’autres villages, pour, disait-on, les sécuriser et combattre les terroristes. Or de mémoire d’enfant de cette localité, aucune histoire racontée ne mentionne un seul fils ou une seule fille de Botko impliqué dans « les maquis », même s’il était reconnu comme l’un des lieux où se réunissaient des soutiens à l’UPC en clandestinité. Aucun fait d’armes de l’armée ne mentionne un affrontement entre « terroristes » et militaires à Botko.

L’assasinat du prêtre fut un acte isolé, l’attaque de ce 15 août n’ayant fait que ce seul mort. On a démoli un village prospère, parce qu’un prêtre français a été assassiné par des voyous. Lui seul sait d’ailleurs pourquoi ces gens lui en voulaient.

Ils ont chassé les populations de leur lieu de vie. Ils appellaient cela pudiquement, le regroupement. Mais ça

n’était rien d’autre que la déportation. On mettait le feu aux cases pour empêcher les familles de revenir. Nos familles ont ainsi passé dix années en déportation, dans la précarité la plus humiliante. Je suis né en déportation. Botko dont le nom signifie « des milliers de personnes », était un village très peuplé, regroupant au moins 4 clans de la desendance Log Malô. Au retour des déportations dès 1970, moins d’un quart de la population est revenu. Ce village qui abritait la plus grande école catholique de la zone (l’une des trois écoles dites pilotes de l’enseignement catholique en pays Babimbi) ne s’en est jamais remis, malgré les efforts de ceux qui ont survécu et sont rentrés.
De 1955 aux années 70, les populations des villages Bassa et Bamiléké ont vécu la brimade et les abus de toute sorte, au nom de la lutte contre les « maquisards ». Il s’agissait en réalité de la défense de l’État colonial qu’incarnait Ahidjo.
En 2017, la guerre que mène l’État du Cameroun dans les régions anglophones a un seul objectif, protéger le pouvoir inique de Paul Biya. À mes yeux, le général Elokobi Njock est le Semengue de notre époque: un fils du pays mis à contribution pour la répression.
Citoyen camerounais, je ne peux soutenir cette guerre qu’on peut éviter en organisant un dialogue national pour régler les différents contentieux de notre société.

Dans cette guerre, ce sont les pauvres populations des villages et villes qui seront terrorisées. Cette guerre est une fosse que nous creusons nous-mêmes, une opportunité que nous offrons aux prédateurs de s’emparer de notre pays. L’ambazonie n’existe pas! Cette guerre est donc une guerre du Cameroun sur des Camerounais. Elle va détruire le Cameroun!
Je ne suis pas d’accord!

 

 Venant Mboua

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